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samedi 20 avril 2013

La méditation, remède contre les troubles de l'attention ?



Les adeptes de la méditation de pleine conscience posséderaient une plus grande épaisseur corticale dans des régions du cerveau responsables de la régulation de l'attention. Une partie de ces mêmes zones serait plus mince chez les individus souffrant d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Des chercheurs de l'Université de Montréal et de l'Université McGill ont établi ce rapprochement qui fait l'objet d'un article publié dans la revue Biological Psychology.

"Cette recherche donne à penser qu'on aurait peut-être intérêt à procéder à des études cliniques bien contrôlées pour vérifier si des personnes aux prises avec un TDAH pourraient bénéficier des effets de la méditation. D'autant plus que des travaux à l'aide de l'imagerie fonctionnelle ont déjà montré que la méditation pourrait améliorer les capacités d'attention de gens qui ne présentent pas un tel déficit", estime Pierre Rainville, professeur au Département de stomatologie de l'UdeM et directeur du Laboratoire de recherche en neuropsychologie de la douleur.

Les chercheurs ont fait passer différents tests à 18 adeptes de méditation ayant accumulé un minimum de 1000 heures de pratique. Ils ont découvert que ces participants rapportaient une plus grande "capacité d'absorption" que les sujets témoins. Meilleure était la capacité d'absorption, plus grande était l'épaisseur corticale. "On définit la capacité d'absorption comme l'aptitude à s'immerger complètement dans ce qui soutient notre attention. C'est la façon, par exemple, dont un spectateur assis dans un théâtre se voit transporter par l'action qui se passe sur scène au point où il en oublie où il se trouve", explique M. Rainville.

Cette capacité d'absorption rendrait les personnes qui pratiquent la méditation plus habiles à se concentrer sur une source d'information précise, de même qu'à filtrer toute interférence. Des chercheurs américains ont récemment réussi à faire cette démonstration par des tests neuropsychologiques et des mesures d'activité cérébrale, rappelle le professeur Rainville.

Selon lui, ces nouvelles données renforcent la pertinence de poursuivre d'autres recherches pour évaluer les effets de la méditation de pleine conscience sur le contrôle de la douleur. Cela pourrait être particulièrement intéressant chez des personnes âgées en bonne santé ou souffrant de troubles cognitifs légers. "Bien qu'ils perçoivent la douleur avec peut-être davantage d'acuité, les adeptes de méditation n'y réagissent pas avec la même émotion. Des résultats en imagerie cérébrale fonctionnelle illustrent bien que les régions de leur système limbique, qui jouent un rôle important dans les émotions, ne sont pas mobilisées lorsqu'ils ont mal. Certaines recherches semblent indiquer que l'efficacité des systèmes d'autorégulation de la douleur diminuerait au cours du vieillissement normal. Est-ce que la méditation pourrait alors aider les gens âgés à mieux gérer leur douleur ? Cela reste spéculatif mais mérite assurément notre attention", avance celui qui est aussi chercheur à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Si les bienfaits cliniques de la méditation demeurent encore incertains tant pour les individus aux prises avec un TDAH que pour soulager la douleur chez les ainés, il en va autrement pour les personnes souffrant d'anxiété ou des effets délétères du stress. "Ces individus voient souvent leurs pensées ou leurs activités interrompues par des interférences qui proviennent de ruminations ou de l'anticipation d'un danger potentiel, mentionne Pierre Rainville. La méditation de pleine conscience, en nous aidant à recentrer notre attention sur le moment présent, contribuerait à diminuer le retentissement émotionnel négatif de ces pensées. Évidemment, cela pourrait également expliquer au moins en partie les effets bénéfiques que nous avons observés sur la douleur."

Manifestement, ce champ de recherche aux frontières des neurosciences cognitives et des approches parallèles issues des traditions orientales nous réserve encore bien des surprises.

vendredi 25 janvier 2013

Yoga des enfants : la sérénité à leur portée



Leurs journées ne sont pas toujours une partie de plaisir. Sollicités sans relâche par des programmes chargés, les enfants sont souvent surmenés, comme les adultes. Et, comme eux, ils ont besoin de se relaxer. A l’école ou à la maison, le yoga peut les y aider.
Odile Chabrillac, pour Psychologies.com
Entretien avec Micheline Flak
Chercheuse en sciences de l’éducation et formatrice pour l’Education nationale, elle a fondé, en 1978, Recherche sur le yoga dans l’éducation (RYE - T. : 01.47.70.09.29. . Elle a écrit, avec Jacques de Coulon, “Des enfants qui réussissent” (Desclée de Brouwer, 1991).
Site Internet : rye.free.fr

Micheline Flak se bat depuis les années 1970 pour que le yoga franchisse les portes de l’école. Pari gagné aujourd’hui. Dans le cadre des IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres), de plus en plus d’élèves instituteurs bénéficient d’un enseignement du yoga.

Psychologies : Comment peut-on intégrer ces techniques dans la vie scolaire ?
Micheline Flak : Il existe deux manières de le faire. Soit un intervenant extérieur donne un cours (sur le temps scolaire ou à l’heure du déjeuner). Soit l’enseignant, formé au yoga, propose une pratique de quelques minutes avant de commencer la journée ou lorsqu’il sent ses élèves particulièrement tendus.

De quelle manière procède l’enseignant ?
Dans la classe, les enfants sont assis à leur place ou debout près de leur table, selon les exercices. La séance dure de cinq à vingt minutes. Elle se déroule en six étapes toujours identiques qui correspondent au déroulé d’un cours de hatha yoga, même si nous n’utilisons pas les noms sanskrits !

Les enfants réagissent-ils bien ?
Ils adorent ! Plus ils sont petits, plus ils entrent vite dans les exercices, d’autant que ceux-ci ressemblent à des jeux. Les plus grands posent beaucoup de questions. Mais une fois qu’ils ont compris l’intérêt et en ont ressenti les bienfaits, ils sont tellement demandeurs que l’on doit les freiner…

Quels bénéfices en retirent-ils ?
Notre objectif est de développer leur attention. Mais une attention spontanée, naturelle, très différente de celle que l’on exige dans l’enseignement. Il s’agit de les aider à mieux apprendre, dans la détente, le plaisir, et non dans la contrainte. Je pars du principe que l’attention, ça se cultive. Nous sommes là pour leur permettre d’utiliser au mieux leurs potentialités. Parents et professeurs remarquent qu’ils sont plus calmes, parlent moins fort et parviennent mieux à se concentrer.

Les parents peuvent-ils pratiquer avec leurs enfants ?
Il est possible de faire cinq minutes d’exercices le matin. Se dérouiller les articulations, sentir sa respiration sous ses doigts au niveau du diaphragme, faire l’arbre (debout, yeux clos, l’enfant sent ses pieds enracinés dans le sol, puis se balance doucement comme poussé par le vent), visualiser un événement attendu… On peut se relaxer, le soir, quand un apprentissage est difficile. Autant de moyens d’intégrer le yoga au quotidien sans surcharger les enfants.

UNE SEANCE TYPE :
Les séances se déroulent systématiquement en six étapes. Chacune a un objectif précis que les enfants cherchent à atteindre par des mouvements simples, explique Micheline Flak.
1 - Apprendre à être attentif aux autres.
Les enfants accomplissent des gestes en commun et pratiquent des respirations accordées, excellent moyen pour que l’instruction civique soit totalement intégrée.
2 - Eliminer toxines et pensées négatives.
Il s’agit de travailler à débloquer les articulations au niveau des pieds, des épaules, des mains, des doigts, du cou. Equilibrants, ces petits exercices calment autant qu’ils tonifient.
3 - Se mettre en bonne posture, pour prendre conscience de son dos et le fortifier.
Une "petite salutation au travail" a été mise au point, qui n’est pas sans rappeler la salutation au soleil connue des pratiquants du yoga. Puis les enfants apprennent à s’asseoir correctement, tout simplement. Les positions du corps ont un rapport direct avec le développement du cerveau.
4 - Prendre le temps de respirer pour recharger ses batteries.
Faire prendre conscience aux enfants qu’ils respirent est un enjeu essentiel à l’école. Et c’est plus complexe qu’il n’y paraît. En les entraînant à la respiration en triangle – ils alternent inspiration par la narine droite et expiration par la narine gauche, et inversement –, on leur permet de rééquilibrer les hémisphères cérébraux.
5 - Se relaxer pour recentrer son énergie.
Les pauses dans le temps pédagogique sont des moments privilégiés pour optimiser les capacités des élèves à assimiler les apprentissages. Par des exercices respiratoires et de relaxation, ils apprennent à se déconnecter des sollicitations extérieures et à se brancher sur leurs perceptions corporelles.
6 - Rassembler ses forces pour revenir à la réalité.
En l’aidant à se concentrer sur un point ou en pratiquant de petits exercices de visualisation, on stimule la créativité de l’enfant. On l’amène ainsi à un état de vigilance détendue qui lui permettra d’être plus efficace dans ses activités.

A LIRE :
• “Apprenez à relaxer vos enfants” de Denise Chauvel et Christiane Noret (Retz, 1991).
• “Yoga et expression corporelle pour enfants et adolescents” de Jacques Choque (Albin Michel, 2000).

mercredi 9 janvier 2013

Le joyeux anniversaire (livre)



Variation créée par Rosita Mahé sur le thème de l'anniversaire dans les jardins d'enfants Waldorf : une grand-mère raconte à son petit-fils le secret du chemin vers son incarnation terrestre.

De magnifiques aquarelles, un texte en vers, pour un livre hors du commun qui offre aux enfants les belles images dont ils ont besoin. Une façon originale de raconter aux enfants le miracle de la naissance. (L’eurythmiste)


[...] Le petit ange reconnut alors
la belle voix et le tendre murmure !
Mais il sentit qu'on le réveillait.
C'était son grand Ange qui l'appelait :
Venu est le temps
de partir en pays de Terre
aux amis de lumière,
allons dire l'Adieu [...]


[...] Dans la maison,
Maman et Papa se penchaient
sur leur joli nouveau-né [...]
[...] Tous les secrets du ciel
gardes-les bien dans ton coeur;
fais-les fleurir sur terre,
jusqu'à ton retour
en royaume de toute lumière [...]

Regarde petite âme, c'est là que tu iras en pays de Terre
Et voilà ce qu'il contempla.
Dans un paisible jardin, une blanche fleur au coeur d'or
s'épanouissait au bout d'une longue tige; près d'elle, une femme douce chantait
Et là, un homme attentif puisait de l'eau dans une fontaine ...

Rosita Mahé, Le Joyeux Anniversaire. 2000. Éd. La Perle de Rosée. Mis en images par Michèle Pouilly. Dès 8 ans.

lundi 19 novembre 2012

Csikszentmihalyi: the Flow, le secret du bonheur


Le flow, flux en français, est l'état de concentration maximale que peut expérimenter une personne lorsqu'elle est totalement absorbée par ce qu'elle fait. Ce concept vaut tant pour l'éducation, que le sport ou encore la spiritualité. C’est le psychologue hongrois Csikszentmihalyi qui a inventé ce concept, dans le cadre d’une conception humaniste de la créativité.

Dans le souci d'identifier les conditions qui caractérisent les moments décrits par les gens comme étant parmi les meilleurs moments de leur vie, Csikszentmihalyi (1975) a interrogé des alpinistes, des joueurs d’échec, des compositeurs de musique et bien d’autres personnes qui consacrent beaucoup de temps et d’énergie à des activités pour le simple plaisir de les faire sans recherche de gratifications conventionnelles comme l’argent ou la reconnaissance sociale. Les résultats de ces recherches lui ont permis de définir le concept de l’expérience optimale, qu’il appelle "Flow" (Csikszentmihalyi, 1990), et qui réfère à l’état subjectif de se sentir bien (Csikszentmihalyi & Patton, 1997). Le Flow peut être ressenti dans divers domaines tels l’art, l’enseignement, le sport... Le Flow se manifeste souvent quand il y a perception d’un équilibre entre ses compétences personnelles et la demande de la tâche (Csikszentmihalyi, 1975).

« Voilà ce que nous entendons par expérience optimale. C’est ce que ressent le navigateur quand le vent fouette son visage… C’est le sentiment d’un parent au premier sourire de son enfant. Pareilles expériences intenses ne surviennent pas seulement lorsque les conditions externes sont favorables. Des survivants de camp de concentration se rappellent avoir vécu de riches et intenses expériences intérieures en réaction à des évènements aussi simples que le chant d’un oiseau [...]. Ces grands moments de la vie surviennent quand le corps ou l’esprit sont utilisés jusqu’à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d’important. L’expérience optimale est donc quelque chose que l’on peut provoquer... Pour chacun, il y a des milliers de possibilités ou de défis susceptibles de favoriser le développement de soi (par l’expérience optimale). »
(Csikszentmihalyi, 2004, p24).

1
Equilibre entre défi et habilité
2
Concentration sur la tâche
3
Cible claire
4
Rétroaction, feedback clair et précis
5
Absence de distraction
6
Contrôle de l'action
7
Absence de préoccupation à propos du soi – dilatation de l’ego
(mais paradoxalement, le sens de soi se trouve renforcé)
8
Altération de la perception du temps
9
Expérience autotélique – bien être


Le Flow dans l'éducation

Un nombre grandissant de recherches s’intéressent à l’étude du Flow en contexte éducatif, par exemple pour étudier le soutien à l’autonomie et à la motivation intrinsèque dans l’enseignement primaire (Turner, Taylor, Bennett & Fitzgerald, 1998), la motivation des élèves de collèges (Rathunde & Csikszentmihalyi, 2005) ou encore l’impact des pédagogies actives (basées sur des activités collectives) dans des lycées (Peterson & Miller, 2004) ou dans des universités (Shernoff, Csikszentmihalyi, Schneider & Shernoff, 2003). Turner et Meyer (2004) ont notamment étudié l’impact du soutien et de l’étayage des étudiants par les enseignants sur le Flow. Pour notre part, nous avons souvent été très impressionnés d’observer dans des espaces virtuels de formation formels comme informels, des hyperconnectants enthousiastes capables de catalyser une dynamique collective positive (Heutte & Casteignau, 2006) en nous donnant l’impression qu’ils le faisaient sans revendication ou attente de gratification particulière : comme s’il le faisait juste pour le plaisir (Heutte, 2010) ! Nous nous sommes bien souvent interrogés sur ce qui pouvait être le « carburant » de ces personnes, notamment dans le dessein de pouvoir valoriser pédagogiquement cette énergie gratuite dans des dispositifs d’accompagnement et de formation (Heutte, 2009). L’idée que l’envie de vivre des temps forts collectifs pour « apprendre » et « connaître » pouvait être l’une de leurs motivations intrinsèques, nous a progressivement traversé l’esprit et se trouve être en grande partie à la base de nos travaux de recherche (Heutte, 2005).


(Source: jean.heutte.free.fr)