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jeudi 30 avril 2015

La non-violence est une force


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En cette journée de la non-violence éducative, il est bon de rappeler que la non-violence n’est pas une alternative philosophique, mais bien une exigence éthique : et définitivement, l’unique moyen de créer des relations respectueuses, bienveillantes et responsables.

C’est avant tout un travail sur soi, une prise de conscience, qui oblige bien souvent à remettre en question son héritage, et à (se) pardonner. C’est une voie qui permet alors de s’accueillir, et d’accueillir l’autre sans jugement, dans son intégrité, tel qu’il est.

Apparaît alors une responsabilité nouvelle, qui nous fait refuser catégoriquement le cercle habituel et banalisé de la violence et de l’injustice, sous quelque forme que ce soit. Cette même violence qui a pour conséquences de mettre en péril la qualité des relations que nous entretenons avec quiconque et surtout avec nos enfants. Celle-la même, physique ou psychologique, qui ruine la confiance, qui engendre stress, colère, souffrance, honte, culpabilité... Celle-la même qui apprend à l’enfant à obéir, à se soumettre, et non à se respecter et se responsabiliser.

La non-violence possède toute une palette d’outils : la gentillesse, la bienveillance, le dialogue, l’endurance et la patience, mais aussi la communication non-violente, la présence et l’écoute active sans jugement, l’empathie, l’accompagnement des émotions,… 
Tant d’outils qui n’aboutiront pas forcément à la réconciliation et à la paix, car fondamentalement, l’autre est libre de refuser. D’ailleurs, ce n’est pas tant la paix qui est visée par la non-violence, mais bien plutôt le respect de soi et de l’autre dans son intégrité et dans sa liberté.
Et forcément, lorsque nous entretenons une relation respectueuse et bienveillante, il y a  moins de conflits à gérer. D’ailleurs, les conflits ne sont plus des problèmes, mais des expériences qui nous amènent parfois à trouver des solutions originales.


C’est ainsi, en nous-mêmes, et au sein de nos familles, avec nos enfants, que nous pourrons poser les fondations d’une société de citoyens éclairés et  responsables. Une société bienveillante, confiante, créative, libre, heureuse, joyeuse… Une société qui n’aurait plus à guérir de son enfance ;  l'enfance qui serait un formidable terreau d’amour inconditionnel et de joie dans lequel elle serait enracinée, pour mieux s’élever vers ses rêves.

vendredi 9 janvier 2015

Etre confronté à la violence, et choisir la paix et l’amour

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Accompagner dans la compréhension

Face aux événements de ces derniers jours, comment aborder la violence avec ses enfants ?

Pour les tout petits, il sera préférable de les protéger au maximum de ces événements et de ne pas les exposer aux images des écrans. Ils n’ont pas la possibilité de traiter rationnellement ces informations, et cela peut engendrer un traumatisme. Mais s’ils posent des questions, il sera préférable et plus sain d’en parler plutôt que d’en faire un sujet tabou – à partir duquel l’enfant pourrait fantasmer et imaginer tout et n’importe quoi.
Pour les plus grands, qui auront accès d’une manière ou d’une autre à des informations, expliquer clairement et simplement les événements, et insister également sur leur caractère exceptionnel.

Il ne suffira pas de raconter les événements, ils voudront comprendre, donner du sens à ceux-ci, et poseront des questions, auxquelles il faudra répondre avec grande attention. Et là, le danger serait de donner dans une version manichéenne de la situation - il y a des gentils et des méchants - ou de stigmatiser les représentants d’une religion, etc. Prenons garde à l’instrumentalisation de la situation par des médias ou des politiques.
Prenons le temps d’expliquer que personne ne nait violent, mais que bien souvent, les personnes qui commettent de tels actes ont manqué d’amour, de reconnaissance, de tendresse. Ce sont des personnes blessées, qui n’ont trouvé une raison d’exister qu’à travers la violence. Il sera aussi évident de condamner fermement la violence : en aucun cas elle n’est acceptable, en aucun cas elle ne peut être une réponse.

Notre rôle de parent n’est pas de préparer nos enfants à la violence de ce monde, mais bien au contraire, de leur permettre de vivre leurs émotions, de les accompagner dans l’autonomie afin qu’ils soient des adultes épanouis et heureux, qui changeront le monde.


Accompagner dans les émotions

Comme le disait François Héritier, la confiance et la sécurité font partie des besoins vitaux de l’homme ; ces besoins sont ébranlés, lorsque nous prenons conscience que la violence et le mal existent, et pourraient se reproduire plus près encore de chez nous, ou même au sein de notre foyer.
Alors, l’écoute et le dialogue sont primordiaux : un enfant insécurisé aura sans doute besoin d’en parler à de nombreuses reprises, il posera des questions. Il aura besoin d’être rassuré, câliné. Soyons attentifs à cela durant quelques temps.
Gardons aussi à l’esprit que de toute évidence, même protégés, les enfants seront sensibles au climat d’insécurité, de tristesse, de peur. Il est possible dès lors qu’ils se déchargent à partir de petits événements paraissant insignifiants de prime abord.
Il ne s’agit en aucun cas, sous le choc de nos propres émotions, de leur transmettre nos peurs – un travail sur celles-ci sera d’abord nécessaire, avant d’aborder la situation. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas montrer ses émotions, mais de manière responsable et saine.


Accompagner dans une éducation à la paix

Ces événements violents, qu’ils soient ici ou ailleurs, sont toujours un rappel de l’importance de semer des graines de paix dans l’éducation : que celle-ci ne soit pas un vœu pieux, mais une réalité concrète. L’éducation doit semer, préparer, toujours nourrir la paix. L’éducation doit rassembler dans un vivre-ensemble.

« Aborder le sujet de l’éducation pour la paix à un moment aussi critique que celui-ci, où la société est sous une permanente menace de guerre, peut paraître témoigner de l’idéalisme le plus naïf. Je crois pourtant que poser les fondements de la paix pour l’éducation est la façon la plus efficace et la plus constructive de s’opposer à la guerre. »
Maria Montessori

Et comme toujours, ce travail de longue haleine commence par nous-mêmes : accueillons nos propres émotions de colère et de peur, et choisissons la confiance et la paix. Lorsque nous sommes confrontés à de telles situations, je pense que nous avons une part de responsabilité (et non de culpabilité) : soyons solidaires, de toutes les victimes – ce qui inclut absolument tout le monde, et pas seulement ceux que nous appelons victimes au sens premier du terme. Sans leur dénier la responsabilité de leurs actes criminels, les tueurs sont également victimes de leurs choix et de leur violence.
La situation peut sembler pessimiste, mais en favorisant une éthique de la responsabilité, chacun peut se sentir investi d’un rôle à jouer dans la prévention de la violence.
La vie est précieuse... 

"Je ne vois pas d'autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu'il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu'il n'est déjà."

Etty Hillesum

vendredi 12 décembre 2014

Want to be happy? Be grateful



"Une vie de gratitude, voilà ce qu'il faut. Et comment peut-on vivre avec gratitude ?En vivant, en devenant conscient que chaque instant est un moment donné, comme on dit. C'est un cadeau. Vous ne l'avez pas gagné. Vous ne l'avez provoqué en aucune façon. Vous n'avez aucun moyen de vous assurer qu'un autre moment vous sera donné, et pourtant, c'est la chose la plus précieuse qui puisse jamais vous être donnée, ce moment, avec toutes les opportunités qu'il contient. (...) 

Mais quoi que ce soit, si on saisit cette occasion, on y va, on est créatif, les personnes créatives sont comme ça, et ce petit « S'arrêter, regarder, avancer » est une graine si puissante qu'elle peut révolutionner notre monde. Parce qu'on en a besoin, on est aujourd'hui au milieu d'un changement de conscience, et vous serez surpris si vous -- je suis toujours surpris quand j'entends combien de fois ces mots de « reconnaissance » et de « gratitude » apparaissent. Partout vous le trouvez, une compagnie reconnaissante, un remerciement au restaurant, un remerciement au café, un vin qui est gratitude. Oui, je suis même tombé sur du papier toilette dont la marque est "Merci". (Rires) Il y a une vague de gratitude parce que les gens prennent conscience combien c'est important et comment cela peut changer notre monde. Cela peut changer notre monde de façon extrêmement importante, parce que si vous êtes reconnaissant, vous n'avez pas peur, et si vous n'avez pas peur, vous n'êtes pas violent. Si vous êtes reconnaissant, vous agissez avec le sentiment qu'il y a assez, et pas avec un sentiment de manque, et vous êtes prêt à partager. Si vous êtes reconnaissant, vous appréciez les différences entre les gens, et vous êtes respectueux envers tout le monde, et cela change cette pyramide de pouvoir dans laquelle nous vivons."

mardi 9 décembre 2014

Le regard, rencontre et reconnaissance



Regarder l’autre et se rencontrer

Il y a quelques années, l’artiste serbe Marina Abramovic s’est installée au MoMA pour une performance intitulée The Artist Is Present. Assise à une table, immobile et silencieuse, elle recevait les visiteurs un à un, afin d’échanger un regard. La personne restait le temps qu’elle souhaitait ; pour certains, cela durait quelques secondes, pour d’autres bien plus longtemps, des heures, une journée entière. Et ce qui arriva est intéressant : certains restèrent figés, comme fermés, d’autres sourirent tandis que beaucoup éclatèrent en sanglots. Ce sera d’ailleurs le cas de Marina Abramovic, retrouvant en face d’elle un être cher qu’elle n’avait plus vu depuis 23 ans – elle fut comme prise à son propre jeu, et l’intensité de cet échange est remarquable.

A propos de sa performance, elle dira : « Je suis très réceptive à l’énergie dégagée par les autres, et ce qui m’a profondément bouleversée, c’est de lire autant de souffrance dans ces yeux, livre-t-elle. Vous savez, il est prouvé scientifiquement que le regard qu’une mère porte sur son enfant est primordial. Sinon il dépérit comme ces petits que l’on voit dans des orphelinats. À regarder ces personnes, en leur accordant toute mon intention, j’ai eu la sensation de faire sauter un bouchon de champagne : toutes les émotions sortaient. »

La performance est émouvante. Et pourtant, l’idée est simple : échanger un regard, faire de l’art avec un regard, car pour Marina Abramovic, « l’art est une question d'énergie et l'énergie est invisible

Que se passe t’il durant cet échange ? On sait combien le premier regard échangé entre une mère et son nouveau-né est essentiel ; celui-ci sera le premier repère, le premier lieu d’accueil et d’amour. Après tout, 55% de notre communication passerait par l’expression visuelle. Un contact visuel dure en moyenne 3 secondes ; cela permet d’entrer en relation, et même de façon très intime quand le regard est soutenu. En regardant l’autre, je lui donne existence et je me reconnais aussi ; il y a donc reconnaissance mutuelle. Pour Sartre, le regard touche ainsi à la conscience de soi. A l’inverse, ne pas accorder son regard ou offrir un regard indifférent, vide et furtif, revient à refuser à l’autre le droit à l’existence.

Prendre le temps d’échanger un regard, c’est finalement être dans le moment présent avec l’autre, dans la présence pleine, et disponible. C’est un acte d’amour. Un acte d’engagement et de résistance, dans une société souvent indifférente et anesthésiée. Aussi, prenons le temps d’échanger un regard de bienveillance et d’empathie, chaque jour, avec nous-mêmes dans le miroir, avec les êtres que nous aimons, avec nos enfants, et avec ceux que nous ne connaissons pas et que nous ne faisons que croiser.


Quand le regard ouvre sur la contemplation

Le regard ouvre aussi des perspectives méditatives, lorsqu’il s’agit de s’attacher à regarder quelque chose de beau, de vrai : un paysage, un arbre, ou encore une œuvre d’art, un objet du quotidien. Chez les Grecs anciens, il s’agissait d’observer le ciel étoilé. Là aussi, il y a rencontre et reconnaissance.   

Emile Bernard (Propos sur l’art) distingue « Trois opérations : Voir, opération de l'œil. Observer, opération de l'esprit. Contempler, opération de l'âme. Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l'art. »

De nombreux penseurs et sages, de tout temps, ont pratiqué cet exercice pour diverses raisons : se libérer d’émotions négatives, calmer l’intellect, faire le vide en soi, se  (re)trouver,… Accueillir ce qui est, sans jugement et sans attentes. Expérience sensorielle, émotionnelle, mentale et spirituelle à la fois, elle s’avère une voie puissante pour retrouver la joie profonde, l’émerveillement, la gratitude, la paix ; pour se sentir vivant au moment présent (et à la fois hors du temps) ainsi relié à tout. Le dit Deleuze : « C'est-à-dire que la joie c'est la contemplation remplie (…) Nous sommes des petites joies. »


« Aussi vaste que l'espace qu'embrasse notre regard est cet espace à l'intérieur de nous. »
Rig Veda



lundi 8 décembre 2014

Un accompagnement de l’être vers la sagesse


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Gnthi seautόn, « Connais-toi toi-même », est une inscription présente sur le frontispice du Temple de Delphes. Si l’évidence antique de la philosophie comme manière de vivre n’est plus d’actualité, nous gagnerions pourtant à nous en inspirer.

Pour les philosophes de l’Antiquité, le souci de soi était une nécessité, assortie de la pratique d’exercices spirituels (askésis). Celui qui ne pratique pas, celui dont la manière de vivre n’est pas alignée sur son discours, n’est qu’un sophiste, un imposteur. Le premier à poser la question est sans doute Socrate, à l’aide du questionnement et du dialogue, avec lesquels il amène le disciple à prendre conscience de son ignorance et de la nécessité de se connaître soi-même, à s’accoucher lui-même (maïeutique). Dans L’Alcibiade, Socrate invite ce dernier à se soucier de soi : Alcibiade se rend alors compte qu’il n’a pas souci de lui, qu’il s’ignore lui-même. Comment pourrait-il dès lors être à la hauteur d’une fonction politique ?

A partir du moment où la question est posée, celle-ci ouvre sur un grand mystère. Elle ouvre sur la sagesse, qui fait lien avec l’épanouissement de soi. Il s’agit de quitter une conscience ou plutôt une inconscience de soi, de dépasser son égoïsme et son égocentrisme pour atteindre un rapport à soi plus authentique. De quitter l’état du stultus, d’esclave, dont parle Sénèque[1], pour s’élever vers la figure du sage, du philosophe. Entre ces différents états, une transition, une prise de conscience ou un éventuel «flash existentiel » illumine la pensée et l’être ou, plus simplement, le travail sur soi et la volonté modèlent progressivement le sujet vers ses émancipations et métamorphoses, ouvrant à de nouvelles formes de conscience.

Vivre signifie alors actualiser notre potentiel, notre essence, réaliser notre nature (« Se réaliser, c’est, pour l’essentiel, devenir ce que l’on est depuis toujours » selon le mot de Jankélévitch[2]), faire l’effort d’être soi (et le devoir et l’effort de faire son éducation, selon la formule de Nietzsche) dans un mouvement d’extension.
Pour Thoreau, « (…) il n’en est sur un million qu’un seul de suffisamment éveillé pour l’effort intellectuel efficace, et sur cent millions qu’un seul à une vie poétique ou divine. Être éveillé, c’est être vivant.[3] »




[1] SÉNÈQUE, La tranquillité de l’âme, II, 6-15, in STOÏCIENS (Les), tome II, sous la direction de Pierre-Maxime Schuhl, Gallimard Tel, 1997, p.664-666
[2] JANKELEVITCH Vladimir, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, tome 2 : La Méconnaissance - Le Malentendu, Seuil, 1981, p.157
[3] THOREAU Henry David, Walden, ou la vie dans les bois, Trad. Louis Fabulet, Ed. du groupe des e-books libres, 2011, p.95

mardi 2 décembre 2014

Vers une culture de la bienveillance et de l'empathie

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Une culture de la responsabilité et de la bienveillance

Depuis l’enfance nous apprenons, lorsqu’un problème survient, non pas à nous orienter vers sa résolution, mais à chercher un coupable que nous voulons absolument punir, exclure, afin qu’il « paie » pour sa « faute », sans chercher à comprendre. On punit les enfants pour des comportements jugés inappropriés. Mais l’enfant puni a t’il seulement compris la raison pour laquelle il l’était ? Cela l’empêchera t’il recommencer ?
Nous jugeons incessamment le comportement de l’autre, de nos enfants, parce qu’il ne correspond pas à notre vision, croyance ou opinion – et nous cherchons souvent à orienter les choix des autres selon notre jugement – quand il s’agit pas de les empêcher. A la rigueur, nous tolérons. Mais rares sont ceux qui acceptent et accueillent avec bienveillance et empathie.
Ainsi, notre quotidien, dans de nombreux domaines alimente cette culture du coupable, de la punition : c’est la faute de ceci, d’untel, ou la mienne. Et l’on ne manque pas d’imagination quant aux punitions : dans les actes ou dans les consciences, les processus de paiement font des ravages.

Dans son œuvre, Nietzsche n’a eu de cesse de mettre en garde contre la culpabilité. Le sentiment de culpabilité, la mauvaise conscience (véhiculées par le biais de la morale et de l’éducation) servent à asservir l’homme : impuissant, il ne peut plus que suivre ce pour quoi il est conditionné, incapable de confiance, incapable de souci de soi. Le philosophe assimile cela a une relation bourreau et victime, ou « créancier et débiteur », basé sur « le sentiment de la faute, de l’obligation personnelle » : ainsi, les relations humaines (et donc la morale, le droit) sont basées sur l’achat ou plutôt le rachat de la faute ou de la dette (et donc du devoir qui s’en suit) – une économie de la faute - et le sentiment de culpabilité.

Attention, il ne s’agit pas de ne pas assumer les conséquences de ses actes quand a lieu un méfait, ni de les cautionner. Au contraire, nous parlons d’une responsabilité et d’un enjeu bien plus importants : il s’agit de s’émanciper d’une culture de la culpabilité et de la violence, de comprendre, de se responsabiliser et de privilégier une culture de la paix et de la bienveillance. Il s’agit de créer ou de trouver un nouveau mode d’entrée en relation : non plus sur le « devoir » ou le pouvoir, mais sur l’égalité, le partage, la co-création. L’autre – partenaire, enfant, relation - ne me doit rien, il n’a pas la responsabilité de mon être ni de ma vie. Moi seul en suis responsable.

C’est en travaillant à s’émanciper de cette vision et à s’accepter tels que nous sommes que nous pourrons nous faire confiance, redécouvrir notre génie (idée présente également chez Rousseau) et aller vers la métamorphose, en nous aidant de structures de confiance. Il s’agira avant tout de travailler sur soi, de suivre sa nature, de s’écouter. Chez Ricœur aussi, la capabilité, sentiment de confiance en soi et en son pouvoir personnel (de dire, de faire), devient le ferment de la responsabilité. La confiance en soi est donc un facteur essentiel de l’émancipation.

Concrètement, nous pouvons favoriser d’autres manières, bien plus intelligentes et bienveillantes, de prévenir et de régler les conflits. Et ainsi, de favoriser une culture plus consciente et plus éthique.  



Des alternatives pour sortir de ce cercle vicieux
  
- Dans les pratiques éducatives 

Dans l’éducation, nous pouvons observer les germes de cette idéologie. Nous pourrions déjà nous en prémunir en mettant en place quelques éléments clés qui favoriseraient une culture de paix et de responsabilité :

- Abandonner les pratiques qui relèvent de la violence éducative ordinaire et de la peur,   en famille et dans les institutions éducatives (crèche, écoles, etc.) telles que : chantage, punitions, menaces, humiliations, culpabilisations, exiger des excuses, entre autres[1]. Tout cela mène l’enfant, dominé, à modifier ses comportements et ses dires pour répondre à la demande de l’adulte : il apprend à se soumettre, à tromper, à mentir.

- Réhabiliter le droit à l’erreur[2] : l’erreur est un processus naturel, elle signifie qu’un apprentissage est en marche ; elle n’est en rien une « faute ». En ne donnant pas le droit à l’erreur à un enfant, sanctionnant en plus d’une note, nous favorisons un sentiment d’échec, de honte et de culpabilité. L’enfant perd confiance en ses capacités. Il perd l’envie d’apprendre. Tout le monde est perdant, de l’enfant à la société.

- Favoriser la réparation au lieu de la punition : dans les cas de conflit mais aussi lorsqu’un enfant commet un impair. Voir ci-dessous les cercles réparateurs. Voir aussi les 20 alternatives à la punition de Aletha Solter[3], celles de Faber et Mazlish[4] ou de Jan Hunt[5].

- Favoriser la CNV, l’empathie – tant du point de vue des éducateurs que de montrer et de pratiquer ces outils avec les enfants.

- Au niveau familial ou collectif 

Nous pouvons mettre en place des cercles réparateurs ou restaurateurs. Il s’agit ici d’une inspiration de la justice réparatrice, qui a pour objectif la réintégration de la personne qui a commis un méfait et la réparation vis-à-vis de la personne qui a subi le méfait (matériellement ou symboliquement).
Il s’agit d’un encadrement global de chacun des acteurs, avec empathie, à l’aide de la CNV et de l’approche centrée sur la personne[6], d’un cheminement collectif, où chacun est co-responsable, afin de comprendre cette expérience et de lui donner sens, de trouver ensemble des solutions créatives, dans la perspective du pardon, de la guérison et de la réconciliation. Une telle expérience peut être transformatrice et chacun en ressort grandi. Cette idée n’est pas neuve, on en attribue la parenté aux populations Indiennes d'Amérique du Nord.


Conclusion

Il est temps de changer de paradigme, plus que temps d’adopter et de créer de nouveaux modes relationnels, qui font sens, qui laissent chacun grandir à son rythme, dans sa joie, libre d’apporter une valeur ajoutée au vivre ensemble et à la société. Il est temps de vivre de manière plus éthique, privilégiant des valeurs de coopération, d’épanouissement personnel et collectif : faisons un pas de plus, chaque jour, vers une civilisation de la reliance et de l’empathie. Car c’est bien de notre survie dont il s’agit.






[1] Voir les travaux d’Olivier Morel, fondateur de l’OVEO (Observatoire de la Violence Educative Ordinaire)
[2] Voir l’article « L’erreur n’est pas une faute » : http://www.education-joyeuse.com/2012/10/lerreur-nest-pas-une-faute.html
[5] Auteur de (« La véritable nature de l'enfant: choisir l'amour pour guide » ou « Natural Child Project ») : https://chloeek.wordpress.com/2012/11/12/22-alternatives-a-la-punition-the-natural-child-project/
[6] Voir l’article « Education et empathie » : http://www.education-joyeuse.com/2014/11/education-et-empathie.html

samedi 29 novembre 2014

La gratitude

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Le mot gratitude vient du latin gracia, « la grâce ». La gratitude est bien une grâce : imprévisible et gratuite, inespérée parfois, joyeuse, et génératrice de reliance.
Pour Spinoza, la gratitude est « le désir ou l’élan d’amour par lequel nous nous efforçons de faire du bien à celui qui nous en a fait par un sentiment d’amour. »
Elle n’est pas la politesse et n’exige pas de rendre la pareille à l’autre, mais emplis de gratitude, nous serons alors les dépositaires de « quelque chose » dont nous avons envie de faire don. Un surcroît de joie, dans le partage, qui rend la vie plus belle encore.

Si Spinoza insiste sur l’amour, c’est bien parce qu’il s’agit là de l’intelligence du cœur, d’ouvrir son cœur, et s’autoriser enfin à recevoir. La gratitude contribue ainsi à la pleine santé émotionnelle, à la guérison des blessures de l'âme et du coeur. 

La gratitude est liée à la reconnaissance : et la reconnaissance, n’est ce pas une manière de refaire la connaissance (naître avec) de soi-même et des autres ? Gratitude d’exister, gratitude d’être. Et de reconnaître l’autre en moi, et moi en l’autre. De voir combien nous sommes liés ? Je prends alors conscience du miracle que cela représente… Gratitude d’exister. N’est ce pas exactement ce que nous ressentons lorsque nous plongeons nos yeux dans ceux d’un nouveau né ?

Nous ne pouvons pas exiger la gratitude, elle ne se commande pas, car alors, nous briserions l’élan même de gratitude. Mais je la découvre en moi, je l’offre, et la reçoit qui le souhaite. Mais même refusée, elle n’est jamais perdue.
De même que la gratitude est un état d’être, il ne peut s’enseigner – tout au plus, nous pouvons inviter notre enfant à partager ce chemin avec nous. Nous lui offrons pourtant  notre gratitude : de nous permettre de grandir à ses côtés, d’apprendre à l’accepter et à l’aimer tel qu’il est, unique, sans attentes et sans jugement, dans la présence de l'instant.

Plus que jamais, nous avons besoin de gratitude. Il se pourrait même qu’elle change la société et le monde, qu’elle soit un rempart éthique à une économie marchande devenue sauvage. Car ce n’est pas un prix qu’elle fixe, mais une valeur qu’elle ajoute : la valeur de la vie, un surcroit d’amour. Dans le climat actuel de victimisation, souvent morose et plaintif, la gratitude nous permet de retrouver la responsabilisation de notre mieux-être : la possibilité m’est offerte d’être dans la joie et la gratitude, même si…

Alors, oui, la gratitude est une grâce : elle ouvre grandes les portes vers la joie, la confiance, la célébration, la réjouissance, la bénédiction, l’abondance, la jubilation même.  Nous avons tous, chaque jour, des petits bonheurs, de bons moments, des sourires, des cadeaux du ciel, pour lesquels nous pouvons ressentir de la gratitude. Célébrons !


« L’essence de tout bel art est la gratitude. » 
Friedrich Nietzsche


mardi 25 novembre 2014

Du bon sens et de la simplicité...

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Je vous choquerai certainement en vous affirmant que non, l’enfant n’a pas besoin de limites, ni d’autorité, ni d’obéissance, ni de punitions ou de récompenses. Il n’a pas besoin non plus qu’on lui apprenne à apprendre. Ou encore que l’on modifie ses comportements pour notre propre confort.

Tout cela ne lui apprend qu’une chose : à se soumettre à l’autorité et aux lois, et non à respecter ses parents ; à être dépendant de quelqu’un (et donc manipulable) et à ne plus croire en lui, en ses capacités et son potentiel. Il apprend l’humiliation, la peur, et la loi du plus fort.  Il n’est alors plus capable d’écouter ses émotions et ses besoins, mais prend l’habitude de les refouler pour obéir et/ou faire plaisir à l’adulte. Toute intervention non sollicitée met en péril les processus émotionnels et psychiques de l’enfant. Les « problèmes » de toutes sortes que l’on voit apparaître chez les enfants ne sont que les symptômes d’une société malade qui n’écoute pas. Et quel en est le prix ?

A l’inverse, l’enfant qui a appris à respecter ses besoins et à s’écouter, respectera ceux de l’autre. L’enfant qui aura été sécurisé (à l’aide du parentage, du maternage, etc.) et respecté dans son intégrité bénéficiera d’un solide ancrage pour découvrir le monde. L’enfant que l’on aura laissé libre et responsable dès tout petit le sera toujours au cours de son existence, cheminant vers l’épanouissement de son être. L’enfant qui s’accepte tel qu’il et s’aime aimera naturellement les autres. L’enfant que l’on n’aura pas forcé à apprendre sera toujours autonome, enthousiaste et émerveillé dans ses apprentissages. Son éducation durera le temps de sa vie, car il sait qu’apprendre c’est vivre, et vivre c’est apprendre.

Soyons clairs : il ne s’agit pas là de laxisme, mais au contraire, d’un travail éducatif d’une rare exigence, au cours duquel on apprend à faire confiance à son enfant, à ne pas intervenir dans les processus qui lui appartiennent ; mais à le laisser vivre les expériences de la vie afin d’en apprendre les leçons. Respect va de pair avec intégrité. Ce travail consiste pour une grande partie de guérir l’enfant (souvent) brimé que nous avons été, de déconditionner l’adulte que nous sommes devenus.

Il ne s’agit pas d’ajouter de la théorie et de la complexité à l’éducation - il n’existe pas d’outils efficaces infaillibles - mais de déconstruire tout cela, pour (s’) entendre, retrouver le bon sens et la simplicité de l’intelligence du cœur. De reprendre confiance en nous !

Le parent ou l’accompagnant doit apprendre à laisser de côté l’efficacité, les résultats, les performances, les "il faut" (au nom de quoi?). A lâcher prise avec les attentes parfois surréalistes qui parasitent la relation, et sapent la confiance en soi naturelle de l’enfant. Cesser les rapports de force et de domination, et apprendre à vivre la relation de manière consciente.

Et toujours, apprendre à être l’accompagnant bienveillant dont l’enfant a besoin : le parentage, l’écoute active, la communication non violente seront toujours les outils les plus épanouissants que l’on utilisera pour créer cette éducation consciente. Etre présent, dans le moment, disponible, ouvert, sans jugement, avec empathie. S'émerveiller. Un zeste d'humour, des tranches de rire... Et prendre le temps de rire et de jouer… Voilà peut-être tout ce dont nous avons besoin, en tant que parent et accompagnant.

lundi 24 novembre 2014

« Garder le fil de la merveille »

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« Garder le fil de la merveille » écrivait Christiane Singer.
Les enfants, non encore initiés à la lassitude du monde et de l’éducation, s’émerveillent sans cesse. Tout, dans le quotidien, est prétexte à s’étonner et se réjouir.

En fait, l’émerveillement échappe aux savoirs, aux connaissances, mais il peut aussi les porter, et se faire le moteur enthousiaste de la découverte du monde et de la vie. L’éducation devrait être une suite incessante de découvertes et de surprises, tout au long de la vie ; et dès lors, l’émerveillement serait la clé de voûte de tout apprentissage, en révélant le sens profond.

Une éducation émerveillée signifie pour le parent la capacité à s’« élever » - sens premier d’ « éduquer » - souvent au prix d’un travail de conscience important. Il sera nécessaire de laisser les attentes et demandes – mais aussi les peurs et les culpabilités - que nous projetons sur nos enfants, pour aller à la rencontre de l’enfant, tel qu’il est, et voir qu’il est une merveille. Oui, cet enfant, tel qu’il est, est merveilleux, plein de qualités, de talents, de dons : il est unique. Chaque accompagnement sera forcément unique.

S’émerveiller de son enfant est la base d’une éducation bienveillante et consciente. L’enfant peut être le guide de son éducation, c’est à dire qu’il emmène ses parents vers sa propre autonomie. Pour le parent, éduquer devient alors plus simple et plus instinctif : il s’agit avant tout de se mettre à l’écoute, de manière active, et de répondre aux besoins de son enfant tout en le laissant responsable et intègre.

Le chemin ne ressemblera sans doute pas du tout à ce que vous imaginiez, il paraitra parfois incompréhensible, voire irrationnel, sans repère aucun, sans vérité solide à laquelle s’accrocher, parsemé d’ « erreurs », mais il sera tellement merveilleux. Un constant rappel à l’essentiel. Encore une fois, ce n’est pas le but qui importe, mais le chemin !

L’émerveillement mène donc à la confiance : quelle chance que d’avoir fait confiance à son enfant, de l’avoir respecté dans son être, de l’avoir accompagné avec cette qualité d’être, et de toujours refaire sa connaissance… Et de nous accompagner nous-mêmes de la sorte.

Ce cheminement fait aussi la part belle à la joie, au plaisir et au désir, c’est à dire à « l’accroissement de l’intensité vitale »[1] : c’est la puissance de la vie qui s’exprime ici, dans toute sa splendeur. Imaginez la saveur de la première pomme croquée, la beauté d’un printemps renaissant, le bonheur et l’enrichissement des relations tissées, ou même l’enthousiasme et la satisfaction lorsque l’on parvient à jouer d’un instrument après s’être longuement entrainé, ou la joie d’avoir compris quelque chose !… 
L’émerveillement est une invitation à prendre le temps, à la contemplation – dans ce monde où tout va trop vite, où l’on ne prend plus la peine de regarder, de sentir… Nous sommes ici pour vivre, nous émerveiller, et créer une existence heureuse.

De cette capacité à s’émerveiller dépend rien de moins que la société de demain et l’avenir de notre monde. Car celui qui s’émerveille se sent aussi responsable d’entretenir la beauté, la bonté, la poésie ; d’y participer et de contribuer au réenchantement du monde.  L’émerveillement est en réalité chose sérieuse, choix d’une intelligence lucide.

Je terminerai par cette sentence de Bachelard :
« Il est des heures dans l’enfance où tout enfant est l’être étonnant, l’être qui réalise l’étonnement d’être. »

Et je vous conseillerai le bel ouvrage de Denis Marquet, Nos enfants sont des merveilles: les clés du bonheur d'éduquer (2012, Ed. du Nil).






[1] MARQUET Denis, 2012, Nos enfants sont des merveilles: les clés du bonheur d'éduquer. Ed. du Nil, p.49

dimanche 23 novembre 2014

Education et empathie


L’empathie est la capacité que nous avons à nous mettre à la place de quelqu’un et à  comprendre ce qu’il ressent. C’est une qualité précieuse, qui permet de développer des aptitudes sociales, que ce soit en famille ou en société. Elle favoriserait une culture de la paix et de la non-violence ; à ce titre, elle doit donc pleinement être intégrée au cœur de l’éducation bienveillante. Il semble que l’empathie soit liée à plusieurs éléments, tels que le respect, les émotions, le vivre ensemble, la solidarité, etc.
Récemment, les neurosciences se sont également penchées sur l’empathie, révélant l’existence de systèmes cérébraux spécifiques, neurones « miroir » ou « résonnant ». Elle est, semble t’il, un besoin fondamental de tout être humain – et pourtant, elle est souvent oubliée dans notre culture, ignorée par l’éducation, qui a privilégié et survalorisé le mental et l’intellect.

A partir de quel âge l’empathie se manifeste t’elle chez l’enfant ?
Elle apparait naturellement chez le tout-petit, elle est en fait inhérente à l’humanité. Selon Serge Tisseron, l’empathie se développe réellement chez le petit enfant entre l’âge de 8 et 12 mois. Elle est alors avant tout émotionnelle : l’enfant ressent les émotions de l’autre. Il comprend les émotions et désire aussi venir en aide. Vers ses 4 ans et demi, apparait l’empathie cognitive, l’enfant est alors capable de se représenter l’état mental de l’autre.

  •  Empathie, approche centrée sur la personne, CNV


Si le psychologue Carl Rogers a mis l’empathie au cœur de sa théorie de l’approche centrée sur la personne, celle-ci est également le moteur de la CNV (communication non violente). Nous évoquions la possibilité de l’écoute active ci-dessus, et il est également important de « parler juste » : comment vais-je exprimer mes émotions ? Je reçois, par l’écoute, et je donne, par l’expression – j’accueille - et tout cela sans jugement : toute émotion est légitime. La colère ou la peur par exemple, comme toute émotion, comme tout état, est non seulement légitime, mais aussi momentanément utile, nécessaire, voire salutaire. L’émotion est l’état qui me permet de répondre à une situation ; l’état émotionnel est le moment de décharge, de libération – nécessaire de cette (sur)charge émotionnelle.

  • Auto-empathie


Comment pourrais-je respecter les autres et leurs émotions, si je ne me respecte pas moi-même ? Comment pourrais-je vivre en bonne intelligence avec les autres si je n’assume pas mes besoins émotionnels ? La première partie de ce cheminement est consacrée à la relation que l’individu entretient avec lui-même : il s’agit de l’auto-empathie. Apprendre à reconnaître, comprendre et gérer mes émotions et mes besoins – être en lien avec moi-même – et ainsi être conscient de ce que je ressens et expérimente (plutôt que de rester inconscient ou vaguement conscient et de se laisser maîtriser par des processus qui nous échappent, ne nous appartiennent pas forcément et qui ne sont dès lors pas choisis, mais subis). Par ailleurs, et c’est notre thème de recherche via une éducation joyeuse : la joie doit toujours être notre boussole.

  • Empathie et culture émotionnelle


Il est important d’encourager une culture de l’intelligence émotionnelle, avec moi-même, en tant que parent, mais aussi avec mes enfants. Je peux d’abord faire ce travail personnellement ; être clair quant à mes émotions et mes besoins, exprimer mes demandes, et poser des questions à mes enfants : « comment te sens-tu ? » est un début. J’écoute activement : ainsi, je suis relié à moi-même et aux autres, dans le moment présent. Il est tout à fait envisageable de pratiquer cette « hygiène de vie » émotionnelle au quotidien, tout comme nous prenons la peine de nous brosser les dents le soir.
Michel Claeys Bouuaert, qui a consacré plusieurs ouvrages à l’éducation émotionnelle (Ed. Le souffle d’or) propose par ailleurs sur son site un guide pratique pour éducateurs et enseignants comprenant des exercices à mettre en pratique avec les plus jeunes[1].

L’empathie est à mon sens fortement liée à cette activité et valorisation de l’intelligence du cœur. Elle relève d’un savoir-être, c’est à dire d’une qualité d’être en processus qui se « travaille » tout au long de la vie. Et parce que nous ne vivons pas (encore) dans une culture de la paix et de la non-violence, il nous faudra sans doute faire un cheminement pour nous défaire de nos conditionnements non-bienveillants, voire violents.
Je précise qu’il ne s’agit pas non plus d’aller vers un autre extrême ; nous ne devons pas quitter la condition de bourreau pour celle de la victime (ou l’inverse) ; de toute évidence, ces deux polarités étant immanquablement liées, nous allons généralement de l’une à l’autre, comme s’il s’agissait des deux faces d’une même pièce. Il s’agit au contraire de quitter ces états et d’adopter une posture de responsabilité.

L’empathie ne signifie pas non plus prendre la responsabilité des émotions ou des besoins de l’autre : elle se met à l’écoute, mais ne se substitue pas ; elle accompagne, sans intrusion, et laisse l’autre libre de lui-même, et donc pleinement responsable. Là réside le respect : de soi et de l’autre, et donc l’empathie.

  • Empathie et responsabilisation


Concrètement, il apparaît clairement que nos enfants ont tendance à reproduire nos propres schémas non résolus. La manière la plus pertinente d’encourager l’empathie chez un enfant est de la pratiquer soi-même et avec eux, au quotidien – car nous savons qu’un discours, même répété, ne laisse que peu de traces. Par ailleurs, nous pouvons encourager et nourrir des valeurs positives à travers des lectures inspirantes par exemple (voir ci-dessous).

Il est vraisemblable qu’une éducation bienveillante et consciente (parentage) encourage tout naturellement l’empathie et l’intelligence émotionnelle des enfants. A l’inverse, ce sont au contraire les blessures d’enfance qui engendrent manque d’empathie, narcissisme, fausses croyances limitantes et autres conséquences : si je ne suis pas guéri d’un manque ou d’une souffrance que j’ai vécus, je chercherai à le combler d’une manière ou d’une autre, tout au long de mon existence. La vie et ses expériences sont une constante invitation à guérir, apprendre, grandir en conscience ; s'éduquer, c'est se libérer et se responsabiliser. 

  • Lectures conseillées


Lectures pour les parents :
Michel Claeys Bouuaert, Pratique de l'éducation émotionnelle : Une approche ludique, 2004, Ed. Le Souffle d'Or
Jean-Philippe Faure, Céline Girardet, L’empathie, le pouvoir de l’accueil, 2003, Ed. Jouvence
Jean-Philippe Faure, Eduquer sans punitions ni récompenses, 2005, Ed. Jouvence
Isabelle Filliozat, Au coeur des émotions de l'enfant, 2013, Ed. Marabout
- Que se passe t-il en moi ? 2013, Ed. Marabout

Lecture pour les enfants :

Julie Belaval, Carla Manea (illustrations), Le temps des émotions, 2013, Ed. Rue des enfants, à partir de 4 ans.


Gilles Diederichs, Gestion des émotions - 35 activités pour aider votre enfant à mieux vivre les émotions, 2014, Ed. MANGO


Dharmachari Nagaraja, Histoires d'ailleurs : Petits contes de sagesse bouddhiste pour aider votre enfant à vivre dans l'harmonie, 2014, Ed. Le Courrier du Livre


Michel Piquemal, Philippe Lagautrière, Les philo-fables pour vivre ensemble, 2009, Ed. Albin Michel Jeunesse

David Sander, Sophie Schwartz et Clotilde Perrin (illustrations), Au coeur des émotions, 2010, Ed. le Pommier





[1] PDF disponible à l’adresse suivante, exercice d’empathie p .71 : http://www.education-emotionnelle.com/wp-content/uploads/2012/08/education-emotionnelle-jeunes.pdf