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lundi 24 novembre 2014

« Garder le fil de la merveille »

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« Garder le fil de la merveille » écrivait Christiane Singer.
Les enfants, non encore initiés à la lassitude du monde et de l’éducation, s’émerveillent sans cesse. Tout, dans le quotidien, est prétexte à s’étonner et se réjouir.

En fait, l’émerveillement échappe aux savoirs, aux connaissances, mais il peut aussi les porter, et se faire le moteur enthousiaste de la découverte du monde et de la vie. L’éducation devrait être une suite incessante de découvertes et de surprises, tout au long de la vie ; et dès lors, l’émerveillement serait la clé de voûte de tout apprentissage, en révélant le sens profond.

Une éducation émerveillée signifie pour le parent la capacité à s’« élever » - sens premier d’ « éduquer » - souvent au prix d’un travail de conscience important. Il sera nécessaire de laisser les attentes et demandes – mais aussi les peurs et les culpabilités - que nous projetons sur nos enfants, pour aller à la rencontre de l’enfant, tel qu’il est, et voir qu’il est une merveille. Oui, cet enfant, tel qu’il est, est merveilleux, plein de qualités, de talents, de dons : il est unique. Chaque accompagnement sera forcément unique.

S’émerveiller de son enfant est la base d’une éducation bienveillante et consciente. L’enfant peut être le guide de son éducation, c’est à dire qu’il emmène ses parents vers sa propre autonomie. Pour le parent, éduquer devient alors plus simple et plus instinctif : il s’agit avant tout de se mettre à l’écoute, de manière active, et de répondre aux besoins de son enfant tout en le laissant responsable et intègre.

Le chemin ne ressemblera sans doute pas du tout à ce que vous imaginiez, il paraitra parfois incompréhensible, voire irrationnel, sans repère aucun, sans vérité solide à laquelle s’accrocher, parsemé d’ « erreurs », mais il sera tellement merveilleux. Un constant rappel à l’essentiel. Encore une fois, ce n’est pas le but qui importe, mais le chemin !

L’émerveillement mène donc à la confiance : quelle chance que d’avoir fait confiance à son enfant, de l’avoir respecté dans son être, de l’avoir accompagné avec cette qualité d’être, et de toujours refaire sa connaissance… Et de nous accompagner nous-mêmes de la sorte.

Ce cheminement fait aussi la part belle à la joie, au plaisir et au désir, c’est à dire à « l’accroissement de l’intensité vitale »[1] : c’est la puissance de la vie qui s’exprime ici, dans toute sa splendeur. Imaginez la saveur de la première pomme croquée, la beauté d’un printemps renaissant, le bonheur et l’enrichissement des relations tissées, ou même l’enthousiasme et la satisfaction lorsque l’on parvient à jouer d’un instrument après s’être longuement entrainé, ou la joie d’avoir compris quelque chose !… 
L’émerveillement est une invitation à prendre le temps, à la contemplation – dans ce monde où tout va trop vite, où l’on ne prend plus la peine de regarder, de sentir… Nous sommes ici pour vivre, nous émerveiller, et créer une existence heureuse.

De cette capacité à s’émerveiller dépend rien de moins que la société de demain et l’avenir de notre monde. Car celui qui s’émerveille se sent aussi responsable d’entretenir la beauté, la bonté, la poésie ; d’y participer et de contribuer au réenchantement du monde.  L’émerveillement est en réalité chose sérieuse, choix d’une intelligence lucide.

Je terminerai par cette sentence de Bachelard :
« Il est des heures dans l’enfance où tout enfant est l’être étonnant, l’être qui réalise l’étonnement d’être. »

Et je vous conseillerai le bel ouvrage de Denis Marquet, Nos enfants sont des merveilles: les clés du bonheur d'éduquer (2012, Ed. du Nil).






[1] MARQUET Denis, 2012, Nos enfants sont des merveilles: les clés du bonheur d'éduquer. Ed. du Nil, p.49

lundi 24 décembre 2012

La leçon du papillon



Un homme qui se promenait vit un cocon dans un petit trou. 
Il s’arrêta de longues heures à observer le papillon qui s’efforçait de sortir par ce petit trou. Après un long moment, le papillon semblait avoir abandonné, et on aurait dit qu’il avait fait tout ce qu’il pouvait pour sortir de ce trou, sans succès. 
Alors, l’homme décida d’aider le papillon : il prit un canif et ouvrit le cocon. 
Le papillon sortit aussitôt mais son corps était maigre et engourdit, ses ailes étaient peu développées et bougeaient à peine.L’homme continua à l’observer, pensant que d’un moment à l’autre, les ailes du papillon s’ouvriraient et seraient capables de supporter le corps du papillon pour qu’il puisse prendre son envol. Il n’en fut rien ! 

Et le pauvre papillon passa le reste de son existence à se traîner par terre avec son maigre corps et ses ailes rabougries. Jamais il ne put voler. 
Ce que l’homme, avec son geste de gentillesse et son intention d’aider, ne comprenait pas, c’est que le passage par le trou étroit du cocon était l’effort nécessaire pour que le papillon puisse transmettre le liquide de son corps à ses ailes de manière à pouvoir voler. 
La morale de cette histoire est que, parfois, l’effort est exactement ce dont nous avons besoin dans notre vie. Et qu’avec une âme charitable et des intentions louables, on peut parfois faire plus de mal que de bien…

Ruth Sanford

Ruth Sanford (1906-2001) fut enseignante, chercheur et psychothérapeute. Dès 1972, elle fut activement impliquée dans le travail de Carl Rogers et participa à de nombreux ateliers internationaux en qualité de co-facilitatrice. 

jeudi 8 novembre 2012

Les créatifs culturels


Dans l'émission Ce soir ou jamais (26.01.2011), Patrick Viveret explique le concept des créatifs culturels. 

Voir aussi l'ouvrage de l'Association Biodiversité Culturelle, Créatifs culturels en France. 2006. Ed. Yves Michel. Préface de Jean-Pierre Worms.


Extrait de la préface: 
"L'étude sur les créatifs culturels français s'inscrit dans le cadre de l'enquête sur les créatifs culturels en Europe lancée par le club de Budapest en 2003, à la suite de l'étude américaine de Paul H. Ray et Sherry Anderson publiée à New-York en 2000, après plusieurs années d'investigations de terrain et d'enquêtes d'opinion. Cet enchaînement est, en soi, un fait majeur. Non seulement, parties des USA, les recherches sur les créatifs culturels se diffusent exceptionnellement rapidement en Europe, au Japon et bientôt, sans doute, sur les autres continents, mais les termes mêmes de «créatifs culturels» sont désormais utilisés bien au-delà des cercles restreints de la sociologie, malgré l'étrangeté de cet accouplement terminologique et la nouveauté du concept qu'il véhicule.
Cette rapidité de diffusion de la terminologie, du concept et des recherches correspondantes est la marque d'un véritable renversement de perspective quant à la place accordée aux faits culturels dans la production, dans le développement et dans le changement des sociétés. "

Dans la presse, les Créatifs culturels sont présents :  "Grâce à une sensibilité nouvelle, ces "créateurs d'une nouvelle culture" revendiquent des valeurs liées à l'écologie, à la vision féminine des relations, au développement personnel et spirituel, à l'ouverture multi-culturelle, et à l'implication solidaire dans la société (...) Si vous êtes un créatif culturel, votre évolution vous mène vers une vie plus authentique, une lucidité face aux médias et aux institutions, une distance avec la société de consommation du paraître et de l'avoir, une reconquête de votre autonomie, et une propension à l'action au sein de la société civile plutôt qu'un recours aux idéologies. Une "anti pensée unique" qui n'a d'ailleurs pas manqué d'être portée de manière massive par les réseaux sociaux internet... Cette nouvelle conscience mondiale serait selon les auteurs "la manifestation d'une lente convergence de mouvements et de courants jusqu'alors distincts vers une profonde modification de notre société (…)"
Christophe Chenebault, Les créatifs culturels vont-ils faire basculer l'élection de 2012? 28.11.11, L'Express.


Il existe aujourd'hui un Réseau des Créatifs culturels, Demain Maintenant.

jeudi 27 septembre 2012

Une association espace de liberté et de création



L’association Education Joyeuse se veut un support de (co)création. Il s’agit d’offrir à ses membres un espace de liberté, de joie, et de créativité dans lequel chacun peut s’épanouir et se réaliser.

Ainsi, chacun peut initier librement son projet, ses idées, accompagné avec bienveillance par le groupe, porté par les valeurs de l’association.

L’association prend l’allure d’un tremplin ou d’un support confiant, laissant chaque membre responsable et libre. De cette manière chacun pourra rayonner ses qualités et ses couleurs à travers le projet, au lieu de se conformer ou de se conditionner à celui-ci. Le projet s’enrichit de ces différences complémentaires, accueillant chaque personne comme un être magnifique venu co-créer au sein du projet. 

Pour faire un beau collier, il faut des perles de toutes les couleurs ainsi qu'un fil solide. L'association représente ce fil, reliant les perles entre elles. Chaque perle est spéciale et unique, et nécessaire pour créer ce collier.

En parallèle, une attention particulière est portée à la communication et à la gestion des émotions. Régulièrement, des espaces de rencontre seront organisés afin de communiquer autour des émotions et ressentis, de les vivre ensemble, afin que ceux-ci n’entravent pas la bonne évolution du projet, dans la bienveillance et le non-jugement.

Gérées correctement, les émotions sont de formidables outils de connaissance de soi et des autres. Elles sont le sel de la vie. Mais des mémoires émotionnelles ou des transferts psycho-affectifs représentent une menace pour toute entreprise collective, « polluant » et sabotant celui-ci de charges négatives.

Or, nous souhaitons que le projet évolue avec le meilleur de nous – tout en étant respecté dans notre unicité et notre globalité. Il est essentiel d’être conscient de cet aspect pour vivre en harmonie.

mardi 4 septembre 2012

Accompagner le grandir, Yvan Amar (revue Clés)



Confrontés à l'éducation de plus en plus difficile des enfants, comment agir et réagir ? Quelques pistes pour aider à créer des têtes bien faites plutôt que bien pleines. 
Quelle est la base de la relation que l'on développe avec l'enfant ? L'éduquer, est-ce lui donner quelque chose ou est-ce faire grandir quelque chose en lui ? Là peut se trouver la confusion.

Si l'éducateur a comme expérience de vie une relation constamment dépendante de l'avoir, sa tendance va être de privilégier les éléments matériels pour faire face à telle ou telle situation éducative, et il va se trouver confronté à la difficulté de capter l'attention de l'enfant. Car un enfant est-il véritablement intéressé par des objets ou situations autres que ceux censés lui apporter une gratification immédiate ? Il faut se rappeller que le caprice de l'enfant se trouve toujours lié à l'insatisfaction immédiate. D'où l'attrait que peut exercer sur lui toute possibilité d'une telle gratification : le monde des images faciles, télévisuelles, jeux vidéo, etc., entre autres, en est un bon exemple. D'où, aussi, la difficulté que peuvent avoir les professeurs lorsqu'ils ne transmettent pas des éléments de gratification qui s'appliquent au goût ou aux intérêts des enfants auxquels ils s'adressent. Et on a trop tendance à croire que la bonne éducation consiste à satisfaire cette revendication quasi capricieuse de l'enfant.

Une bonne éducation ne consiste pas à transmettre par des stratagèmes des objets satisfaisants et donc captant automatiquement l'attention de l'enfant.
L'autre vision 
Je pense que l'éducation doit, dès le départ, se fonder sur une autre vision dans laquelle il n'est pas uniquement question de donner du savoir qui manque, mais de faire grandir en l'enfant ce qui s'y trouve déjà et ne demande qu'à grandir. Et les objets de savoir, en l'occurrence, ne seront que des prétextes déclencheurs mais en aucun cas vécus comme des substituts aux manques de l'enfant. La seule façon, à ce moment-là, que l'on a de pouvoir susciter l'intérêt ou l'attention, c'est en touchant l'envie de grandir qu'il y a chez tout enfant.

De même un bon instructeur spirituel ne transmet pas des objets de savoir à ses élèves ; il stimule en eux le profond besoin qui existe en chaque être et qui est la présence et le besoin de Dieu ; il stimule ce besoin de vérité qui est en chacun de nous : tout, alors, devient prétexte à faire grandir non pas la connaissance mais la co-naissance spirituelle, par la prise de conscience à l'aide de travaux divers.

Un éducateur, pour moi, c'est quelqu'un qui vient toucher, à un autre niveau, cette dimension de l'être et qui donne à l'enfant envie de grandir, tout en accompagnant cette envie, en la structurant. Et là, chaque éducateur avec ses qualités propres, doit inventer la structure - prétexte qui va permettre de faire évoluer ce grandir. L'éducation profonde est, à mon avis, beaucoup plus une contagion de l'être à l'être plutôt que la transmission par un système de vases communicants, d'un avoir, d'un savoir, avec tout ce que cela suppose de rapports de pouvoir, de crainte, de chantages..., qui peuvent découler de telles situations - que cela soit dans la famille ou à l'école. Sous le prétexte de l'acquisition de connaissances, on entre dans le conflit de pouvoirs auquel un enfant s'avère très sensible et auquel il répond. Face à un détenteur de pouvoir, chaque enfant a sa réaction personnelle, mais toujours présente.
Pourquoi préfère-t-il souvent quitter la relation humaine d'éducation pour aller vers des relations plus passives en face d'objets inertes, mais communicants, tels les ordinateurs ? L'ordinateur ne lui donnera jamais de gifle et l'ordinateur ne se fatiguera jamais de répéter quelque chose tout en le renvoyant constamment à lui même sans rajouter de condamnations, de punitions ou de critiques liées au rejet et au refus. Mais l'ordinateur est capable de tout, sauf d'aimer. Le succès du fameux Macintosh vient aussi du fait qu'il est convivial, même par défaut. Les enfants préfèrent donc avoir un rapport avec un détenteur de connaissance qui exclut le pouvoir, car ils sont sensibles à la racine sur laquelle se fait le passage de la connaissance. La racine, ce doit être le sentiment de dignité dans lequel ils se trouvent face à ceux qui leur transmettront cette connaissance.

Si ces derniers ne les considèrent pas comme un bocal vide qu'il faut remplir mais comme un être vivant et précieux qui doit grandir, que l'on doit accompagner dans sa connaissance, l'enfant ressentira cet amour et cette compassion. Bourrage et remplissage ne sont pas de la vraie éducation : éduquer un être, c'est d'abord lui donner une présence et faire qu'il n'y ait pas de décalage entre son être et ce qu'il sait.
Respecter quelqu'un, c'est aller selon la mesure de cette personne : un enfant ressent toujours très bien ce comportement-là, car ce qui lui pèse, c'est lorsqu'on lui fait violence et qu'on ne respecte pas son rythme, sa mesure, son besoin réel. Et son besoin n'est pas lié à ce que les autres pensent du manque de tel ou tel avoir qu'il faudrait combler ; son besoin, c'est de combler le manque selon son mode de connaissance à lui. Le respect de sa dynamique sera immédiatement ressenti par l'enfant.
La cité, dans l'esprit de Platon, a beaucoup plus besoin d'êtres qui grandissent que de bocaux remplis de définitions et qui sont, en plus, en décalage entre ce qu'ils savent et ce qu'ils sont.

Savoir écouter

Je vais faire une parenthèse, liée à la capacité fondamentale de l'éducateur, qu'il soit parent ou professeur, vis-à-vis de l'être à éduquer : c'est la capacité d'écoute. Je parlais récemment à une personne qui avait des difficultés, et je lui avais demandé si elle priait. Elle m'a répondu que oui, elle parlait et s'adressait beaucoup au Seigneur. Je lui ai demandé alors si elle écoutait, si elle L'écoutait. C'était bien, en effet, de s'adresser à Lui mais, dans toute relation, s'il faut savoir parler, il faut savoir aussi écouter, sinon quelque chose manque. Et il me paraissait évident que, dans la relation, de prière, on pouvait s'adresser à Lui, sous quelque forme qu'on Le vénère, mais qu'il fallait aussi savoir L'écouter. Il y a une façon d'écouter Dieu comme la maman sait écouter l'enfant. Dieu ne nous parle pas nécessairement comme un interlocuteur humain nous parle. Pour écouter l'interlocuteur Dieu, il faut L'écouter tel qu'Il nous parle : avec le vent, avec les arbres, les fleurs, avec le silence, avec le désert...
Il doit y avoir en nous la capacité naturelle d'écouter ce langage de même que la maman a la capacité naturelle d'écouter, de comprendre et deviner son bébé. Il y a l'écoute mère qui entend bébé. Il doit y avoir l'écoute de la créature qui entend son créateur. Et je ferme cette parenthèse en disant que l'on doit aussi savoir développer en nous l'écoute du langage du grand enfant. Cela demande en nous une qualité d'écoute d'une autre dimension que celle du bébé. Celle du bébé est relativement moins difficile car elle est instinctive et ne repose pas sur une opposition ni sur une lutte ou une rivalité due à l'éveil, chez l'enfant, de l'autonomie.
Il est d'ailleurs très intéressant de voir l'évolution parentale au fur et à mesure de l'apparition de l'autonomie, qui commence par ses premiers non. Comment moi, parent, ou éducateur, suis-je capable, au fur et à mesure de la croissance de l'enfant qui témoigne de l'acquisition de son individualité, comment suis-je capable d'accompagner cette autonomisation de l'enfant ? Et comment suis-je capable d'assumer le fait que si nous, parents, voyons grandir nos enfants, nos enfants eux aussi nous voient grandir ? Ce n'est jamais à sens unique.
Un parent n'est pas un objet arrêté face à des enfants qui grandissent. Nous ne sommes pas des êtres parfaits, nous évoluons aussi et nous n'avons pas à nous comporter vis-à-vis d'eux comme si nous étions des représentants de la perfection. Ce que nous pouvons représenter comme totalité tant qu'ils n'ont pas acquis leur autonomie, cela nous le perdons à leurs yeux de plus en plus au fur et à mesure de la croissance de leur individualité. Nous perdons tout le mythe, le pouvoir, la crainte, l'autorité, qui sont rattachés à la fonction parentale. Notre nudité et notre fragilité apparaissent alors face à ces enfants qui grandissent. Notre avoir et notre paraître étant alors détrônés, il ne reste que la qualité de notre être et de notre présence. Et c'est là que les enfants viennent, eux, nous solliciter : que peut-on leur donner à ce niveau-là ?

Le grandir de l'être 


Ce n'est que dans la mesure où je ne dépends pas de ce que j'ai et où je suis en contact avec son être profond que je peux développer une écoute qui répondra aux attentes et aux besoins réels de cet enfant qui s'autonomise et dont j'ai encore la responsabilité. Le croître de mon être doit accompagner le croître de l'être de l'enfant. Si on ne se trouve pas responsabilisés à ce niveau-là, on voit apparaître ce que l'on voit régulièrement : la démission, par défaut, des parents. Le propre d'une éducation juste se trouve dans une conscience aiguë de la nécessité de la croissance de l'être et dans l'immense générosité qui accompagne toute responsabilité véritable de l'individualisation. On ne voit jamais, alors, son enfant comme un objet fini dans l'instant, mais comme un acte de grandir. Un grandir en action.

Et il faut du temps pour que “ l'action homme ” se déploie et exprime véritablement son destin et son sens profond. Toute éducation doit s'enraciner dans cette conscience-là et ce n'est possible que si les parents et professeurs sont eux-mêmes profondément éveillés à la nécessité du destin premier de tout être conscient : le faire grandir pour qu'apparaissent être, conscience et joie. Cette formule est, je le rappelle, le nom que l'on donne traditionnellement à la divinité en Inde : Sat Chit Ananda. Toute l'éducation restante sera confrontée à la difficulté de capter l'intérêt de l'enfant : mais il y a une grande différence entre servir l'intention de la vie qui est le grandir de ces qualités-là et le fait de satisfaire aux intérêts de la gratification personnelle et égoïste centrée sur le plaisir immédiat.

Certes, la recherche du bonheur va structurer l'être pensant. Mais si les alibis du bonheur et du plaisir ont un sens dans l'évolution de la conscience humaine, ils ne peuvent être les domaines ultimes de la dite conscience, car ils sont des objets qui dépendent des circonstances extérieures et sont liés à leurs contraires - la tristesse et la douleur - en une succession continue. Or l'essence même de l'éducation devrait consister à faire accéder l'être à une qualité de conscience qui n'a pas de contraire, ce qui est une bonne définition de la sérénité. Le propre même d'une conscience délivrée est qu'elle vit dans un état d'être qui n'a pas de contraires, et donc qui n'est jamais en danger. Elle sait être sereine.

Revue Clés, Accompagner le Grandir, par Yvan Amar.

lundi 20 août 2012

Le bâton de parole, un bel outil relationnel



Issu de la tradition amérindienne et africaine des palabres, le bâton de parole est un objet (en bois ou autre matériau solide), facile à prendre en main qui servira à représenter plusieurs principes ou règles de base pour rendre la communication plus fluide, à savoir que :
- celui qui le prend a quelque chose à dire et il attend: silence et écoute de la part de ceux à qui il s'adresse ;
- celui qui le demande en second accepte de parler de lui et non sur celui qui vient de parler ;
il est possible d'apprendre à exprimer une demande plutôt que d'accuser ou mettre l'autre en cause (l'emploi de l'accusation et du reproche signifie la plupart du temps que l'on a une demande ou une attente) ;

le bâton de parole qui circule entre les partenaires d'un échange est là pour montrer que chacun peut donner son point de vue, même s'il est différent de celui des autres et qu'il est d'accord pour ne pas l'imposer ou chercher à convaincre à tout prix. Ceux qui écoutent apprennent à se taire et à ne pas interrompre celui qui a la parole.

(Source : Jacques Salomé, pedagopsy.eu)



En résumé,
- il s’inspire de rituels africains et amérindiens,
- il signifie que celui qui le prend à quelque chose à dire et qu’il demande écoute, attention et respect.
- il confirme que la personne ne sera pas interrompue.
- il invite à préparer son intervention, à faire un effort de conscientisation, de clarification.
- il n’autorise pas à parler sur l’autre. Il m’autorise seulement à parler de moi dans le registre du témoignage d’un ressenti, d’un fait, d’un sentiment, d’une croyance,…

(Source : Jacques Salomé, méthode ESPERE)

"Le Bâton de Parole est l'instrument qui nous apprend à honorer le point de vue sacré de chaque créature vivante. Pendant les conseils si nous écoutons la Sagesse et les Enseignements des autres, nous élargissons notre compréhension et permettons de nouvelles relations avec les autres. La grande roue de la vie a beaucoup de rayons et chacun de nous aura à se tenir sur chaque rayon à un moment de la vie. Les leçons que nous apprenons sur chaque rayon nous amènent plus près  de l'unité et de l'harmonie."

La suite de ce beau texte  sur le blog de tikipelt


mardi 22 mai 2012

Les cafés des enfants, lieux de vie et de joie



Le café des enfants est un concept né en 1999 à Paris avec le Cafézoide (19ème).

Depuis ce concept a fait des petits puisqu’il existe à l’heure actuelle une centaine de cafés des enfants en Europe dont plus d’une vingtaine en France : Le Cafézoïde à Paris (le pionnier), A l’abord’âge à Nantes, Les Potes en ciel à Lille, les P’tites mains à Uzès, la Ka fête o môme à Lyon, La boite à Lutins à Toulouse, Zadigozinc à Montpellier, Café la fée à Noisy le Grand… Et dernièrement, Materni’Thé à Thonon-les-Bains.

C’est quoi un café des enfants ?
Un véritable café (sans alcool) mais qui propose pour petits et grands des boissons et des collations à toute heure ainsi que de la petite restauration issue de l’agriculture biologique et du commerce équitable (repas, goûter, collations…).

Outre la restauration, notre café propose aux adhérents : des espaces de jeux, de lecture, d’activités manuelles en “libre-accès”, mais aussi des activités d’expression artistique guidées par des animateurs salariés ou bénévoles de l’association ou par intervenants extérieurs : danse, musique, arts plastiques, sculpture, céramique, mosaïque, chant…

Ce Café des enfants est aussi et surtout un lieu de vie, de retrouvailles, de rencontre et d’écoute, de respect, de jeux, d’expression, d’expositions, de spectacles, de concerts, d’informations…
Un espace où chacun peut s’impliquer, un lieu où tout peut être possible et qui laisse place aussi au rêve et au repos.
Un petit coin “épicerie” où sont proposés à la vente quelques produits (coulis, sirops, miels, jus de fruits…) issus de l’agriculture biologique locale et du commerce équitable.

C’est quoi le but ?
• de favoriser l’épanouissement de l’enfant, le respect de sa personne et de ses droits, dans l’esprit de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant,
• de participer à l’épanouissement des relations parents/enfants, et des relations entre l’enfant et les différents adultes qui l’entourent,
• d’être un lieu de partage et d’échanges intergénérationnels et interculturels, un espace de réflexion autour des valeurs de citoyenneté, de solidarité, de respect de l’environnement, d’ouverture au monde,
• d’être un lieu qui s’inscrit au coeur d’une vie de quartier, donnant la parole aux habitants, faisant vivre au quotidien des liens sociaux de proximité.

Source : La Soupape




vendredi 3 février 2012

Livre: éduquer à la non-violence


Pour une éducation à la non-violence : Activités pour éduquer les 8/12 ans à la paix et à la transformation des conflits

Que faire face à la violence des enfants ? Ce livre propose des outils pédagogiques pour transformer les conflits. Car le conflit ne va ni disparaître, ni être complètement résolu, mais il peut être transformé en une solution à laquelle on n'avait pas encore pensé. L'auteur perçoit le conflit comme une source d'énergie et un facteur de changement. Une démarche qui amène à la confiance en soi, qui permet la confiance en l'autre, puis progressivement en l'inconnu. Elle présente une série d'activités pratiques réalisées avec des enfants entre 8 et 12 ans. Ces activités intègrent la tête, le corps et l'affectif en utilisant des histoires, des jeux, des chants et des moments de partage. Ces exercices sont individuels, ou se jouent à deux, en petits groupes ou tous ensemble. Un outil indispensable pour les parents et les enseignants, mais qui passionnera aussi les éducateurs, les assistants sociaux, les psychologues,...


Jeanne Gerber, Pour une éducation à la non-violence : Activités pour éduquer les 8/12 ans à la paix et à la transformation des conflits. 2006 (2ème édition). Ed. Couleur livres asbl. 18€