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samedi 12 octobre 2013

Comment nos enfants nous éduquent



Bien souvent, lorsque j’ai expérimenté une « difficulté » avec mon enfant, je me suis rendue compte qu’il s’agissait avant tout d’un processus qui mettait en valeur mes propres incohérences, limites ou (fausses) croyances. Mon enfant est un passeur: il tente de faire passer dans ma conscience ce qui ne l'était pas. Et cela se traduit chez moi par les émotions : je ressens alors de la colère, de la tristesse, de la peur, ou encore de la frustration… Bref, je réagis « négativement » à quelque chose.
Les émotions font office de baromètre : je les écoute attentivement, et si elles m’indiquent une émotion négative, je prends le temps de sentir ce qu’il se passe en moi. Il est essentiel d’écouter sa vie intérieure.
Alors, je prends conscience que mon enfant intérieur ou une partie de moi réagit en raison d’une blessure quelconque. En réalité, il y a toujours en moi une facette qui souffre d’un manque d’amour…
Il ne s’agissait donc pas tant de traiter le problème de l’extérieur, de chercher des solutions applicables (ce n'est pas l'enfant qui a un problème), que de travailler sur soi. Bien sûr, il n’y a pas de mal à mettre des choses en place dans la relation, mais cela ne doit pas prendre le pas sur le travail intérieur à effectuer…

Comment avancer, dès lors ?
L’introspection est nécessaire. Il faut prendre un temps pour soi, un temps de recueillement, pour accepter ce qui est. Il n’y a pas à juger, personne ne nous demande d’être parfait, mais nous avons par contre un devoir d’authenticité, d’honnêteté, vis à vis de nous-mêmes. Cette écoute active de cette part de nous va lui donner le droit d’exister. Une séance de méditation peut être très utile par exemple. Et souvent, cela suffit à « guérir », à transformer cette souffrance. Parfois, un travail plus long et plus approfondi sera nécessaire. Dans ce cas, j’encourage vivement à chercher de l’aide, telle que les élixirs floraux (ou autre), un soin énergétique auprès d’un thérapeute, ou encore un moyen d’expression comme le journal (créatif ou non) ou une activité artistique, qui sera orienté sur ce que nous avons à nettoyer en nous… Aujourd’hui, nous disposons de tant de moyens pour nous aider dans notre travail de guérison : à chacun de sentir ce qui lui convient. Et il me semble urgent, pour tous, d’apprendre à gérer différemment le monde (fabuleux) des émotions… Elles nous sont précieuses !
A peine le travail entamé, que les résultats ne tardent pas à se faire ressentir : la relation avec mon enfant s’apaise…
Et moi, j’ai accepté, apaisé, pardonné et transformé une part de moi qui avait besoin de lumière.  

Nos enfants nous apprendront aussi la nécessité du lâcher-prise, qu’aimer n’est pas posséder, qu’être là ne signifie pas être présent, qu’être parfait est une projection de notre ego qui ne peut se concrétiser, que nous ne pouvons pas leur mentir, et toutes sortes de leçons essentielles à une vie heureuse !

Ainsi, nos enfants sont nos guides dans la vie ; même si cela est parfois difficile à accepter pour notre ego et notre mental : qu’un petit être puisse en savoir, sentir, tout autant et parfois plus que nous ! Mais ce petit être est, tout comme nous, une expression de la Vie…
Je suis convaincue que l’éducation réside avant tout en un travail sur soi, un chemin de connaissance de soi. Apprendre à se connaître me semble être l’une des finalités (inachevée) de la vie, peut-être la principale, dont dépend le vivre ensemble (global, car par vivre semble, j’entends vivre avec et dans le vivant). Nos enfants nous guident vers toujours plus d’authenticité, plus de créativité. Plus de Joie. Il nous font Grandir.

dimanche 20 janvier 2013

Pour une écologie relationnelle



Jacques Salomé, dans Psychanalyse Magazine.

La relation inconsciente des adultes et surtout des parents envers les enfants s'est considérablement modifiée au cours du dernier siècle. Autrefois, les enfants étaient vécus comme une richesse. En avoir beaucoup participait à la survie de la famille. Ils contribuaient à l'entretien et à l'agrandissement du patrimoine. Aujourd'hui les enfants coûtent cher, très cher malgré toutes les aides et soutiens divers de l'État. Une enquête récente a montré que de 0 à 18 ans un enfant revient à quelques 103 000 euros. C'est le prix d'une résidence secondaire !

Ce glissement des valeurs entraîne des ambivalences cachées qui s'exprimeront de plusieurs manières : soit un excès d'amour et de soins (dans l'histoire de l'humanité, on n'a jamais autant fait pour l'enfant, en particulier pour les jeunes enfants), avec, en parallèle à ces attentions, des demandes et des exigences accrues de la part des parents. Ceux-ci veulent des résultats et une réussite scolaire brillante, cette exigence de réussite devant compenser les sacrifices réalisés par eux ! Une catégorie nouvelle de parents a vu le jour en quelques vingt-cinq ans : les parents d'élèves qui s'investissent dans l'accompagnement d'une scolarité de plus en plus longue. D'autres éléments vont constituer la base du mouvement profond qui touche à l'évolution des relations parents-enfants. Autrefois, les parents dominaient les enfants et gardaient le sentiment qu'ils pouvaient influencer leur comportement et leur devenir. Aujourd'hui, les enfants font peur aux adultes qui se sentent démunis et sur la défensive.

Répondre aux besoins de l’enfant


Un autre phénomène s'est particulièrement affirmé dans les cinquante dernières années, qui a commencé après la deuxième guerre mondiale. Les parents, ne voulant pas faire vivre à leurs enfants la souffrance et les privations dont ils avaient été l'objet, ont commencé à les élever dans l'ordre du plaisir et avec une surprotection qui tendait à nier les contraintes et les obligations de la dure réalité. Ils ont, d'une certaine façon, déroulé sous leurs pas un tapis rouge pour faciliter, croyaient-ils, leur développement et leur bonheur. Et, ce faisant, ils oubliaient de respecter une des grandes règles nécessaires aux relations parents-enfants, que je pourrais énoncer de façon simple, en rappelant que les parents sont là pour répondre aux besoins des enfants et cela jusqu'à un certain âge et non pour satisfaire tous leurs désirs... Pour la satisfaction des désirs, il y a du temps prévu, des occasions, des rituels, tels la Noël, les anniversaires, des récompenses pour des réussites, des gratifications à l'occasion d'un événement exceptionnel...

Une psychologisation excessive


Le mouvement de Mai 68 a renforcé le processus, avec développement d'un laxisme, d'un laisser-faire, d'une pseudo- compréhension libertaire, entretenant une négation du principe de réalité au profit d'un plaisir exigé comme un dû. Ce changement de mentalité a contribué à entretenir l'illusion d'une toute-puissance infantile du désir, déjà potentielle chez tout enfant. Il y a eu aussi, me semble-t-il, une psychologisation excessive des relations parentales qui laissait croire qu'on risquait de traumatiser ces chères têtes blondes ou brunes, si on les privait. En s'opposant à leurs désirs, en les frustrant dans leurs demandes, ne risquait-on pas de provoquer des troubles dans leur développement ultérieur ? Ainsi sont apparus, en trois décennies, ce que j'appelle les enfants du désir : tout, tout de suite, sans prix à payer ou sans contrepartie. Aujourd'hui, ces enfants, ces adolescents sont très reconnaissables, avec des conduites et des comportements d'une grande inconstance, connaissant un degré élevé de besoins, de recherche de satisfaction qui ne tient compte ni du réel, ni des engagements pris, ni des contraintes élémentaires du quotidien.

- Je sais, maman, que tu m'avais donné mon argent dimanche dernier pour toute la semaine mais nous sommes mercredi, j'ai tout dépensé et j'ai quand même envie d'aller au cinéma avec les copains ; en plus, j'ai besoin de cigarettes, il faut que tu me donnes de l'argent…
ou encore :
- Maman, j'ai besoin d'une paire de baskets...
- D'accord, allons dans une grande surface, où elles seront moins chères...
- Oui, mais je veux des Nike ou des Adidas...
Si les parents avaient appris à se positionner, en se rappelant qu'ils sont là pour répondre aux besoins et non aux plaisirs faciles sans limites, ils auraient répondu :
- Moi, je m'engage pour vingt euros et si la paire que tu souhaites coûte cent euros, tu investiras tes économies pour payer la différence…

Une réalité préoccupante


Mais les choses se passent rarement comme je viens de le décrire. Quel que soit le niveau des ressources de la famille, les parents comblent ce pseudo-désir, répondent aux demandes, anticipant même parfois la demande. Ces enfants consommateurs se sont construits avec un seuil de frustration très bas. Ainsi, toute rencontre avec la réalité est en décalage permanent avec leurs attentes et sera donc vécue, soit comme une agression, soit comme une injustice. Cette réalité qui s'oppose à la satisfaction des désirs pulsionnels et instinctifs sera perçue, par beaucoup, comme une violence injustifiée à laquelle ces jeunes individus répondent par une contre-violence. Voici, en quelques mots, les origines de cette accélération considérable du consumérisme dans lequel baignent la plupart des enfants aujourd'hui et, cela, non seulement dans la relation avec les adultes, parents, enseignants mais également entre eux :
- Ma copine de classe me donne, depuis la rentrée scolaire, des cartouches d'encre pour mon stylo. Maintenant, elle me dit qu'elle en a assez et ne veut plus m'entretenir ! A la sortie, je vais lui casser la figure...
Alexandre, douze ans, à son professeur de français qu'il interpelle :
- Comment ? Vous m'avez mis 9/20 à ma rédaction mais elle méritait au moins 14 ; c'est pas juste ! Vous verrez si vous ne relevez pas ma note…
Certains qui me lisent penseront certainement que j'exagère, que cela ne concerne qu'une catégorie d'enfants et d'adolescents, ceux des banlieues à risques dont parlent les médias... Ils seraient très surpris de découvrir la banalité des éléments déclencheurs, les répétitions et les ravages, dans tous les milieux, d'une violence endémique parfois inouïe allant jusqu'au meurtre.
- Il ne voulait pas me donner son devoir pour que je puisse le recopier ! Je l'ai passé par la fenêtre ! Ce con-là est mort, c'est pas ma faute, il fallait pas me refuser...
Outre le déni de l'altérité, il est donc un autre point sensible, cette sorte d'aveuglement social, d'insensibilité quant au vécu de cet autre...
- J'ai envie de traverser, je traverse. De toute façon, ils font exprès de mettre des feux rouges rien que pour m'emmerder…
- Les autres, j'en ai rien à foutre, ils n'ont qu'à faire comme moi…

Nécessité de travailler en amont…


Pour l'instant, la situation semble bloquée et ne peut qu'empirer. Les solutions apportées en aval sont souvent réactionnelles, circonstancielles, limitées à réparer les conséquences du désarroi des uns et des autres pour tenter de limiter cette violence. Il me semblerait important de pouvoir reprendre certains facteurs en amont. Je crois profondément à la nécessité d'introduire un enseignement de la communication relationnelle à l'école, de créer des Écoles de la Parentalité. Je pense qu'il ne suffit plus de se cantonner à une attitude incantatoire regrettant la perte des valeurs, de mettre en cause la démission des familles ou de se rehausser sur une idéalisation de ces mêmes valeurs, qui seront re-mobilisées à l'occasion de manifestations ponctuelles. Il s'agit de gagner un challenge difficile, pour favoriser une intégration de valeurs citoyennes au quotidien de la vie familiale, école et loisirs, en sachant que ces valeurs seront minoritaires par rapport à celles économiques et culturelles qui dominent actuellement. Il devient primordial d'accepter d'aller à contre-courant d'un mouvement déjà puissamment inscrit dans les structures mentales, en se mobilisant pour retrouver des relations plus vivantes de santé avec nos enfants.

jeudi 10 janvier 2013

Trisomie: aimer un enfant à la marge (presse)


La journaliste américaine Cristina Nehring élève à Paris sa fille trisomique. Et casse quelques idées reçues sur cette maladie.
Un témoignage vrai et bouleversant.


Si on m’avait dit il y a cinq ans que j’étais sur le point de mettre au monde une enfant handicapée et atteinte d’un cancer du sang—pour qui il me faudrait, peut-être pour toujours, abandonner carrière professionnelle et vie amoureuse—j’aurais envisagé le suicide. Ce que j’aurais, en outre, considéré comme une réaction raisonnable: non pas un acte de désespoir, mais un genre d’euthanasie lucide, à la suisse.
J’étais alors une journaliste free-lance pleine d’allant et une indécrottable romantique que les enfants n’intéressaient absolument pas. Je m’étais toujours dit que j’aurais un mari (voire trois) et zéro enfant. Il ne m’était jamais venu à l’esprit que je puisse avoir un enfant et zéro mari.
Ce n’était pas moi, la femme enceinte à la chambre de bébé peinte en douze couleurs quatre mois avant la date du terme. Je n’avais pas de chambre de bébé. Je n’avais même pas de chambre du tout dans le studio bohême que j’occupais à Paris, où je vivotais tant bien que mal en gribouillant pour le monde mal en point des critiques littéraires américains.
Je dois de ne pas avoir interrompu ma grossesse à un geste aussi irresponsable que romantique: c’était mon petit ami grec, pas moi, qui voulait un enfant et m’avait imploré de garder celui-là en dépit de notre relation houleuse et de nos maigres moyens. Presque tout mon entourage tirait la sonnette d’alarme:
«Tu ne peux pas avoir un enfant dans des conditions si précaires!» me disait-on—ce qui ne faisait que renforcer notre détermination. «Je prendrai cette enfant en charge! Je lui donnerai tout ce dont elle aura besoin», jura le père. «Et quand tous les rabat-joie verront cette petite blondinette en pleine santé courir sur les pavés, ils se mordront la langue.»
Il s’avéra que notre enfant n’était pas blonde; elle n’était pas non plus en bonne santé, et la seule personne qui s’est mise à courir, ce fut son père. Quand notre fille eut 16 jours, il déguerpit vers les collines de Crète, changea son numéro de téléphone, supprima son compte mail et ordonna aux membres de sa famille de couper tous les ponts avec moi.
À partir de ce jour-là, nous étions deux filles seules à Paris: le bébé mentalement déficient et la mère d’une ignorance crasse. Un couple voué à l’échec. Ou pas?

Personne ne veut d'un enfant handicapé
«La parentalité nous propulse de façon abrupte dans une relation permanente avec un étranger» écrit Andrew Solomon (…)
Pourquoi, demande-t-il, dans plusieurs centaines d’interviews avec des familles exceptionnelles, «les parents se consacrent-ils à élever des enfants qui n’ont absolument rien de ceux qu’ils s’imaginaient pouvoir aimer?»
Pourquoi lier leur vie à celle d’enfants atteints de trisomie, de nanisme, de surdité, d’autisme, de handicaps multiples, d’infirmités motrices cérébrales et autres caractéristiques qui leur sont «étrangères»?
Et, plus étrange encore, pourquoi parfois «finissent-ils par ressentir de la gratitude d’avoir vécu des expériences qu’ils auraient (avant) fait n’importe quoi pour éviter?»
Notons que beaucoup parviennent à éviter ces expériences: dans son chapitre sur la trisomie, Solomon nous rappelle qu’au moins 70% des Américaines à qui l’on diagnostique un bébé trisomique interrompent leur grossesse (et j’avoue que j’aurais fait partie de cette statistique si on me l’avait diagnostiqué).
Un autre groupe—probablement plus vaste que ce que l’on pense—confient leurs nouveau-nés à des institutions. «J’aimerais pouvoir vous montrer la liste des gens qui m’ont remis leur enfant» a rapporté le responsable d’une agence d’adoption d’enfants trisomiques à Solomon. «Ca se lit comme le Who’s Who in America.»

«Stratégie de la fuite»
Et puis il y a la stratégie de fuite, encore défendue, de façon assez improbable, par un couple de professionnels de l’éthique qui, dans la grande tradition d’Adolf Hitler, continuent de prôner le meurtre d’enfants handicapés vivants.
Les parents qui ne veulent pas de leur enfant handicapé, défend l’universitaire de Princeton Peter Singer, devraient avoir le droit de les tuer jusqu’à l’âge d’un an environ (on a le sentiment qu’il ne serait pas très difficile de le convaincre de prolonger cette période de grâce). La logique derrière cet argument est aussi puérile que sinistre:
«La plupart des femmes qui éliminent un bébé non voulu en produiront un autre, désiré celui-là» revendique Singer, «et la perte en bonheur de celui qui est tué (dont la vie n’aurait pas été satisfaisante) est compensée par le bonheur de l’enfant sain qui le suit.»
Au-delà de la question de savoir s’il est possible de mesurer le bonheur au kilo et, plus dérangeant encore, de comparer le bonheur réel d’un enfant qui existe au bonheur potentiel d’un enfant qui n’existe pas, un cliché de la psychologie du développement veut que les enfants atteints de handicaps comme la trisomie dépassent souvent leurs pairs en termes de joie de vivre.
Quelque chose dans la confiance, la ténacité et la tendresse dont ils font preuve—ainsi que leur implication souvent désinhibée envers les autres—semble leur permettre de vivre des vies qui ne sont pas plus sombres que celles d’intellectuels sensibles mais plus intelligents.

«Ma fille est un mystère depuis toujours»
Paris, automne 2012.
Je suis assise à côté de ma fille aux lèvres cerise et à la peau de porcelaine, qui a aujourd’hui 4 ans. Je sors de la fourgonnette médicale qui nous a ramenées à la maison depuis son école maternelle et je la soulève pour la poser sur le trottoir. Elle glousse et tend deux doigts pour me caresser la joue.
Avant que le chauffeur ait eu le temps de repartir, je la prends sur mon cœur, puis l’éloigne de quelques centimètres, souris émerveillée en réponse à son sourire radieux et me mets à embrasser son visage, ses cheveux et ses tempes tandis que les badauds chargés de courses s’arrêtent pour nous regarder.
Mes balades en ville avec Eurydice sont ponctuées de remakes spontanés du «Baiser» de Doisneau—excepté que les amoureux sont remplacés par une maman et son enfant. Les choses sont loin d’être faciles: avant que nous ayons pu parcourir les 250 mètres qui séparent la portière de la camionnette médicale de notre immeuble, Eurydice se sera précipitée trois fois sous les roues des voitures.
Comme quelques autres enfants trisomiques, elle éprouve l’irrépressible compulsion de partir à l’aventure, ce qui, associé à son absolue témérité, me stresse bien davantage que beaucoup des problèmes mieux connus posés par la trisomie.
Marcher avec mon enfant est comme tenter d’attraper un chaton. Soit vous la tenez par la peau du cou, soit vous la perdez. Un jour, les pompiers me l’ont rendue après qu’elle s’était échappée d’une aire de jeux—j’avais tourné la tête un instant; elle avait parcouru six pâtés de maisons en deux minutes.
Il faut la tenir par la peau du cou, mais pas seulement physiquement: médicalement et mentalement aussi. Après avoir souffert toute sa première année d’infections pulmonaires en série, Eurydice a développé une leucémie fréquemment fatale—autre risque lié à la trisomie, rare mais pas inexistant.
Six mois de transfusions en ambulatoire ont cédé la place à sept mois de chimiothérapie en hospitalisation. Pendant toute cette période, aucune de nous deux n’a pu sortir de la chambre d’isolement de l’hôpital. Plusieurs fois, Eurydice s’est retrouvée au bord de la mort. Elle a perdu ses longues mèches châtain et a vu sa douce poitrine de bébé entaillée pour faire de la place à trois cathéters consécutifs.
Aujourd’hui encore, une grosse cicatrice barre son cœur sur laquelle—obéissant soit à un inconscient sens théâtral, soit en mémoire des infirmières qui appliquaient du désinfectant sur sa blessure—Eurydice aime à étaler du rouge à lèvre rouge sang.
On entend dire parfois—préjugé dont le livre de Solomon se fait souvent l’écho—que l’autisme est mystérieux, et que la trisomie ne l’est pas. Les autistes sont des prodiges, introvertis et incompris; les trisomiques sont juste bêtes et ennuyeux. Et pourtant, à mes yeux Eurydice est un mystère depuis toujours.
Elle ne parle toujours pas—ou plutôt, elle ne parle aucune langue connue. Mais elle a énormément de choses à dire, un sens de l’observation troublant, et une intelligence sociale étonnante.
Dans l’univers franco-anglo-allemand dans lequel elle vit, elle a un inventé un patois bien à elle qui lui sert à tenir des discours solennels si assurés, si bien modulés et précisément ponctués de gesticulations rhétoriques que des inconnus me demandent souvent dans quelle langue elle parle.
Où qu’elle aille, elle réunit les gens—à grands renforts de gestes, elle ordonne aux couples irascibles de s’asseoir côte à côte et pose leurs mains sur la cuisse de l’autre, elle réconcilie des camarades de classe qui se disputent en leur joignant les mains, et charme les adultes allergiques aux enfants avec des sourires enjôleurs et en imitant minutieusement leurs mimiques.
Ses talents sont à l’opposé des miens: là où je suis timide, elle a de l’audace; si je suis douée avec les mots (connus), elle est bonne en théâtre, en danse et en musique; si j’ai peur des groupes de gens, elle les adore, et les enfants de son école maternelle se livrent un combat acharné pour avoir le privilège de s’asseoir à côté d’elle à la cantine, tout comme les infirmières de son hôpital demandaient à être affectées à sa chambre.

«Indécrottable conformisme»
Suis-je en train de «joyeusement généraliser» comme le dit Solomon d’autres parents d’enfants trisomiques, «à partir de quelques rares réussites» de mon enfant? Peut-être. Mais au cours des quatre dernières années, j’ai appris quelque chose qui a peut-être échappé à Solomon: toutes nos réussites sont rares. Toutes nos réussites sont mineures: mes gribouillis, son livre, les meilleurs vers des plus grands poètes.
Nous brodons sur nos minuscules lambeaux d’idées comme si le monde en dépendait, lorsque c’est surtout nous qui en dépendons. Souvent, un chat ou un chien dépourvu de toutes nos capacités si évoluées apportent bien davantage de réconfort à notre voisin que nous (réfléchissez: vous préféreriez vivre avec Shakespeare ou avec un adorable chiot?)
Chacun d’entre nous n’a la capacité de donner qu’un petit peu de joie à ceux qui nous entourent. Je suis prête à parier qu’Eurydice en offre autant que n’importe qui d’autre.
Alors que j’écris ces mots, il ne m’apparaît pas clairement que Solomon ait appris tout ce qu’il aurait pu de ses dix années d’enquête sur les parentalités différentes. Certes, il est arrivé à plusieurs conclusions convaincantes: «L’amour difficile n’est en rien inférieur à l’amour facile» écrit-il, et «La diversité est ce qui nous unit tous.»
Si elles ne prennent pas de risque, ces observations sont bien articulées et abondamment corroborées. J’adhère tout particulièrement à son point de vue sur la lutte: «La fin heureuse des tragédies,» remarque-t-il, «a une dignité qui dépasse la fin heureuse des comédies.»
Guerriers jusqu’au fond du cœur, nous chérissons ce pour quoi nous sommes partis en guerre bien davantage que ce qui nous a été offert sur un plateau d’argent avec une garantie à vie.
C’est quand Solomon passe à sa vie à lui après des centaines de pages consacrées aux vies différentes, handicapées et combatives des autres que son indécrottable conformisme émerge de la façon la plus évidente—ainsi que sa lâcheté. En fin de compte, Solomon veut seulement obtenir un bébé haut de gamme.
Tout en regrettant vite fait bien fait le «privilège économique» nécessaire à la fabrication de sa parfaite progéniture, il devient «extrêmement précautionneux lors de la sélection de l’œuf.»
Ayant préparé le terrain de ses missions reproductrices en épousant son partenaire lors d’un «mariage précipité» dans le domaine ancestral de feu la princesse de Galles Diana, Solomon passe au crible les profils de donneurs, consulte des avocats et fait le tour du monde pour négocier des conditions de parentalité optimales.
Mais quand naît le petit garçon et qu’il lui faut passer un scanner assez courant de cinq minutes, Solomon est prêt à prendre ses jambes à son cou. Non seulement il panique, mais il se retrouve «à essayer de toutes ses forces de ne pas aimer» son nouveau-né et se voit déjà «le confier aux soins» d’une institution. Tout cela pendant les quelques instants d’un doute minuscule sur la perfection de son enfant. Tout cela de la part de l’auteur de Far From the Tree.
L’incident s’avère être une tempête dans un verre d’eau; le fils de Solomon est parfaitement normal et renvoyé fissa dans l’un de ses foyers à Manhattan. Et pourtant, assez curieusement, Solomon se voit comme un survivant de «l’adversité» grâce à cette expérience:
«Je ressentis quelque chose d’extraordinaire et de terrifiant pour mon fils tandis qu’il gisait dans ce scanner digne de Star Trek» écrit-il.
À ses propres yeux, Solomon a gagné sa place aux côtés des héros: à certains moments, admet-il dans la dernière phrase de son livre, il lui était arrivé de douter de la santé mentale des «parents héroïques,» mais à présent il était «prêt à embarquer avec eux dans le même bateau.»
Difficile d’imaginer que les parents d’enfants handicapés et mourants reconnaîtront le «bateau» de Solomon comme le leur. Quoi qu’il en soit, les enfants de Solomon (et il en a aujourd’hui trois de plus grâce à ses dons de sperme ou à ceux de son partenaire) ont encore de nombreuses occasions de lui enseigner ce que ses sujets d’interviews n’ont fait que partiellement lui inculquer.

«Carpe diem chronique»
Moi aussi, j’apprends lentement. Chaque jour, Eurydice a un millier de choses à m’enseigner, et j’en assimile si peu à chaque fois. Une des choses que j’ai comprises ceci dit, c’est que plus j’en fais, plus je suis capable d’en faire. Élever ma fille fait appel à des ressources qui n’existaient pas en moi il y a cinq ans.
Sous de nombreux aspects, c’est encore un bébé—ni continente, ni capable de parler. Certains jours, j’ai peur qu’elle ne passe du statut de bébé à celui d’invalide. Les risques médicaux sont légion avec la trisomie, et ils arrivent vite.
J’ai des raisons de croire que l’avenir pourrait bien être plus difficile—et non plus facile—que le présent. Mais si certains experts (cités maintes fois par Solomon) ont laissé entendre que cela provoquait une «tristesse chronique» chez les parents d’enfants trisomiques, moi je trouve que cela engendre un «carpe diem chronique»—un désir permanent de profiter du jour présent et de tirer le meilleur possible de chaque instant—et de moi-même.
Je sais que je ne pourrai pas «passer le flambeau» à Eurydice comme l’espèrent parfois certains parents avec leurs enfants. Elle ne va pas reprendre mon «affaire» ni épouser ma vocation: si je veux que des écrits adoucissent un peu le monde, je ferais mieux de m’y coller moi-même—au diable les contraintes. Mon enfant n’est pas du genre à porter un flambeau: elle a déjà son propre sceptre.
Je sais aussi qu’il est peu probable qu’elle grandisse complètement: elle ne quittera sans doute pas la maison à 18 ans pour me laisser vaquer à mes propres aventures, alors c’est maintenant que j’essaie de les vivre.
Ma gamine sous le bras, j’accepte tous les déplacements que je peux obtenir d’un rédacteur en chef, je monte dans tous les trains, j’escalade tous les murets, et plonge mon nez avec ferveur dans chaque haute tulipe. C’est probablement un bon modus operandi pour chacun d’entre nous.
La joie qu’Eurydice prend dans chaque détail de la vie est la qualité la plus contagieuse que j’aie jamais connue. Quand elle jette ses bras autour de mon cou comme elle le fait chaque jour, chaque soir, ma peur la plus récurrente n’est plus une récidive du cancer, une démence précoce, une maladie cardiaque ou la surdité—ni même le fait qu’Euridyce grandit trop lentement.
Le fait que mon angoisse la plus récurrente puisse être qu’elle grandit trop vite—qu’un jour elle sera peut-être trop mûre pour m’offrir ces énormes, resplendissantes, intégrales étreintes, est un témoignage de la transformation radicale que cette enfant a provoquée en moi.
Si nous arrivons toutes les deux à éviter cette catastrophe-là, j’ai tendance à penser que nous les éviterons toutes.

Cristina Nehring
Cristina Nehring est journaliste freelance et auteur. Elle écrit actuellement un livre leçon de vie basé sur sa fille.
Traduit par Bérengère Viennot

jeudi 3 janvier 2013

Soin et éducation (article)



Au XIXe siècle les références concernant l’éducation de la petite enfance ont pris deux orientations différentes. L’une donne comme modèle la mère éducatrice. Dans l’autre référence,  l’éducatrice très respectueuse de la dynamique de l’enfant, intervient le moins possible. Deux femmes pédagogues sont représentatives de ces courants :
D’une part, Pauline Kergomard (inspectrice des écoles maternelles, 1838-1925) auteur de « L’éducation maternelle à l’école » présente comme référence « la mère intelligente et dévouée » ;  elle représente plutôt la dimension « soin ». D’autre part, Maria Montessori (pédagogue italienne, 1870-1952) auteur de « La pédagogie scientifique » va peu à peu imposer ses idées basées sur le fait que l’enfant possède les qualités nécessaires pour grandir par lui-même. Nous la considérons comme représentant le concept d’éducation fruit d’une méthode.  Notre propos est de nous servir de l’analyse de ces deux orientations pour dévoiler combien les soins  sont indispensables à la qualité de l’éducation même.

Extraits

Dans son ouvrage sur la philosophie de l’éducation, Olivier Reboul nous dévoile que, contrairement à ce que l’on croit, l’étymologie du terme : éducation vient de éducare, c’est à dire élever les animaux ou les plantes et par extension avoir soin des enfants. Alors qu’on aurait prétendu, toujours d’après lui, qu’éduquer vient de educere : faire sortir, mettre dehors. Nous voici, avec la première interprétation, devant un lien évident entre éducation et avoir soin, prendre soin de. Par contre la seconde compréhension du terme, faire sortir, nous confronte à une dynamique bien différente. Elle évoque une séparation nécessaire pour grandir et « sortir » d’un stade où l’on est pour accéder à un autre. D'où viendrait cette déviation du terme, ou plutôt cette autre orientation? On peut constater que peu d'articles sur l'éducation actuellement, parlent de soin. Il y est plus souvent question de développement, d'apprentissage ou de didactique.

Les soins, le soin et la création d'un environnement de qualité

Prendre le corps de l’enfant en considération est essentiel ! Le toucher, le masser, le contenir, le laver, lui donner des soins qui provoqueront un bien-être immédiat, sont des moments de relation intense qui s’intègrent dans son histoire, qui s’impriment dans son psychisme. Ces gestes liés à une relation positive, joyeuse, attentive de la part de l'adulte qui lui parle à ce moment là, l’aident à se construire, à prendre conscience de son corps et à le connaître. L’hygiène de vie individuelle et collective met l’enfant dans un contexte protégé dont il a besoin, mais aussi l’imprègne de bonnes habitudes qu’il va acquérir peu à peu.

Ces gestes qui s'adressent non seulement aux petits mais aussi aux écoliers, aux adolescents, dans d'autres formes, font-ils partie de l'éducation? Oui dans la mesure où ils signifient à l’enfant que l'on veut qu'il vive et qu'il vive bien. C’est son corps.

Peu à peu il va le connaître, apprendre à s’en servir, à en être le maître, un jour il saura le vêtir, le soigner, le respecter et aussi par conséquent le faire respecter ! Le soin corporel à une place particulière, commençons par cela, on abordera l'éducation à proprement parler après.

Quant à la justification du milieu de qualité, de "l'ambiance" pour reprendre le terme de Maria Montessori, il est vrai que cela peut être interprété comme un lieu protégé et irréaliste, un peu comme un laboratoire. "La vie n'est pas comme cela" peut-on entendre. Alors que font les adultes? Ne sont-ils pas là pour penser à l'enfant, pour lui faire un rythme de vie où il a sa place?

Au moins que l'adulte soit là pour lui présenter ce monde, pour l'aider à le comprendre. Il mettra l'enfant dans des circonstances où celui-ci pourra voir que c'est possible de se faire de bons souvenirs qui lui donneront des fondations positives et que dans les actes simples de la vie, il y a autre chose que le quotidien ennuyeux.

Le soin dans le regard

Ce qui est important dans la façon dont ces deux éducatrices parlent de l'enfant, c'est qu'elles savent le voir. C'est cet enfant là, unique et aussi l'Enfant, qui fait partie de l'humanité, de cette parenté dont parle Max Scheler. Elles le regardent avec soin, avec attention, il est là dans son environnement, son histoire, son futur. Ce n'est pas le regard inquisiteur de celui qui a un objectif à atteindre et qui cherche dans l'enfant ce dont il pourra se servir pour aboutir à ses fins pédagogiques, ou le regard de celui qui cherche à faire coïncider l'attitude de l'enfant avec une grille de développement!

Elles le saisissent, avec sa vulnérabilité et son dynamisme propre. Il y a une création lorsqu'elles décrivent un enfant, elles en acceptent l'inattendu, ce qui n'est pas prévu. Ce n'est pas non plus de la condescendance: elles croient toutes les deux à une vie intérieure de l'enfant, une vie spirituelle, une dignité qui entraîne le respect.

Peut-on parler de soin sans respect?

Elles sont sensibles aux détails, ceux par lesquels un enfant s'exprime, ceux que l'on ne peut voir sans imagination, sans cette démarche de compréhension qui permet de voir l'autre dans son intégrité, dans un tout unique.
Ce regard relève du soin parce qu'il relève de prendre soin à bien voir l'autre. Le regard précède l'éducation, l'empêchant d'être mécanique ou destructrice. C'est tout un art grâce à la création et l'engagement spirituel qu'il implique. Percevoir une situation éducative dans toute sa complexité, décrypter les interactions qui s’y déroulent, comprendre le comportement d’un enfant, prendre la décision adéquate sont autant de compétences qui sont le fruit de ce regard. Savoir voir, savoir reconnaître, avant l’interprétation consiste en un apprentissage toujours renouvelé, celui de la réflexion. Les réajustements sont les dynamiques, qui viennent après la mise en place de l'acte éducatif.

Mais avant tout contemplons l'enfant.

Bernadette Moussy, Entre Pauline Kergomard et Maria Montessori, Le Portique [En ligne], 4-2007 | Soin et éducation (II), mis en ligne le 14 juin 2007, Consulté le 31 décembre 2012. URL : http://leportique.revues.org/index891.html

vendredi 28 décembre 2012

Il faut apprendre aux jeunes...


"Il faut apprendre aux jeunes à vivre, à contempler les fleurs, les arbres, les animaux, les oiseaux, les astres... Et tous ces êtres humains qui les entourent, qui sont comme eux et qui voyagent avec eux. Il faut leur apprendre à s'émerveiller, à méditer, à maîtriser les moyens d'expression et de communication, à développer leurs ressources, à découvrir la culture, leur culture, et à y contribuer. Il faut leur apprendre à danser, à rire, à chanter, à se dire par la poésie et la créativité ; leur apprendre à s'aimer, à se respecter, à réaliser que chacun d'eux et unique et irremplaçable. Il faut leur apprendre à créer entre eux des rapports de respect, de coopération, d'amitié et de tendresse. Il faut, bien sûr, les aider à acquérir et à intégrer le plus de connaissances possible pour mieux comprendre et respecter la beauté, l'équilibre et l'harmonie de l'univers qui les entoure. Et il faut les aider à mettre leur savoir au service d'une vie meilleure."

Charles E. Caouette, Eduquer. Pour la vie! 

mardi 11 décembre 2012

Parler de la mort avec les enfants



Je vois souvent des parents s’interroger sur le fait de parler de la mort aux enfants. Je ne peux m’empêcher de penser que si cette question semble si difficile à aborder, c’est parce que nous-mêmes, ainsi que la société dans son ensemble,  sommes peu à l’aise avec celle-ci.
Il n’y a qu’en Occident, depuis plus d’un siècle, que nous vivons très mal notre rapport à la mort. Autour du monde, les différents peuples apportent des réponses à la mort, notamment à l’aide des rituels et des fêtes, qui ont pour fonction de rétablir l’ordre dans la société après le passage de la mort. Ce temps de deuil est fait pour pleurer, pour honorer la vie qui fut vécue, pour réorganiser le quotidien aussi. Pour la plupart de ces peuples, la mort fait partie de la vie, elle est un passage obligé pour tous.

En Europe, la mort est taboue. Nous ne touchons plus nos morts, nous les confions à des entreprises qui vont le laver, l’embaumer, l’habiller, le maquiller. Il est bien question de cela : maquiller la mort, entretenir l’illusion de vie.
Nous avons peur de la mort, parce que nous n’avons aucune réponse à fournir. Parce que la mort de l’autre nous ramène irrémédiablement à notre propre mort prochaine. Mais nous ne faisons rien pour nous préparer à cela. Nous fuyons. Nous ne savons plus ce qu’il y a après, nous l’avons oublié. Nous avons peur, peur de la mort, peur de manquer, peur de vieillir, peur de vivre – ce qui voudrait dire assumer une liberté nouvelle et la responsabilité qui en découle.

Nous avons peur de la mort parce nous croyons qu’elle signifie la fin de cette vie, la limite ultime. Et l’homme d’aujourd’hui n’aime pas qu’on lui parle de limites. Pourtant, c’est cette limite qui donne sens à la vie, qui lui confère sa préciosité.
Il est temps de retrouver un sens à l’existence, sinon effectivement, mourir n’en a aucun. Il est temps de se réconcilier avec la mort, avec le temps qui passe, avec les cycles de la vie. Accepter la finitude, c’est retrouver confiance en la vie, et humilité devant son mystère.

C’est en étant nous-mêmes à l’aise avec la mort que nous pourrons en parler sereinement avec nos enfants. Nous devons nous préparer à tout laisser un jour, mais nous devons avant cela vivre pleinement, entièrement la vie qui nous est donnée.

Je pense qu’il faut d’abord rassurer les enfants sur la mort, les aider à dépasser leurs angoisses. Répondre très clairement à leurs questions, en adaptant selon l’âge des enfants. Instaurer des rituels qui font sens, autour de la mort. Allumer une bougie pour un mort par exemple. Certains livres peuvent éventuellement accompagner une discussion. Enfin, avoir confiance en eux: les enfants ont d’immenses ressources pour dépasser leurs peurs et difficultés ; c’est cela aussi, l’apprentissage de la vie.

mercredi 28 novembre 2012

Le bébé philosophe (livre)



Ce livre ne contient aucune recette pour aider les parents à endormir leurs enfants ou à les envoyer dans les meilleures écoles... Mais nous espérons qu’il aidera ceux qui ont des enfants, comme ceux qui n en ont pas, à prendre la pleine mesure de la richesse et de l'importance de l'enfance, et à comprendre en quoi nous sommes le résultat de cette époque de notre vie.
Les trente dernières années ont opéré une véritable révolution dans la compréhension scientifique que nous avons des bébés et des jeunes enfants. Psychologues et neuroscientifiques ont découvert que la capacité des bébés non seulement à apprendre, mais encore à imaginer, à compatir et à éprouver le monde, dépasse tout ce que nous avions envisagé.
Cette révolution scientifique a, pour la première fois, conduit les philosophes à prendre les bébés au sérieux. Assis sur des mini chaises au fond des garderies ou des salles de maternelle, eux aussi ont découvert que les enfants ne sont pas des adultes défectueux ou primitifs qui atteignent progressivement la perfection et la complexité de leurs aînés... Mieux, ils se sont rendus compte que des concepts philosophiques tels que la vérité, la conscience, l'identité, l'amour et la moralité... gagnaient-là une nouvelle jeunesse...
Pour ne prendre qu’un exemple, les bébés et les jeunes enfants ne sont pas les créatures amorales que nous pensions jadis. Même de tout petits bébés présentent une étonnante aptitude à l'empathie et à l' altruisme. Les jeunes enfants savent parfaitement qu’il y a des règles à suivre ; ils savent aussi que ces règles peuvent être modifiées. Cette double capacité pour l'amour et pour la loi - être capable de prendre soin des autres et d’obéir aux règles - explique précisément la combinaison de profondeur morale et de flexibilité qui fait le propre de l’être humain...

Alison Gopnick est professeur de psychologie cognitive et professeur de philosophie associé à l’Université de Californie, à Berkeley. Pionnière en psychologie du développement, elle est déjà l'auteur, au Pommier, de Comment pensent les bébés ?, dans lequel elle formule, avec Andrew Meltzoff et Patricia Kuhl, l’hypothèse selon laquelle les enfants apprennent de la même façon que les scientifiques.

Alison Gopnik, Le bébé philosophe. 2012. Ed. Le Pommier.

lundi 19 novembre 2012

Cyrulnik: "le soutien affectif, verbal et culturel"



Dans son nouveau livre "Sauve toi, la vie t'appelle", Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et père de la "résilience", évoque pour la première fois sa propre histoire, bouleversante. Son autobiographie lui a donné l'occasion d'enquêter sur ses souvenirs et les représentations de la mémoire. Entretien autour des étranges constructions mémorielles et de son évocation intime d'une enfance fracassée, où le désir de répondre à l'appel de la vie domine.

Entretien avec Boris Cyrulnik :
"Nous passons tous des petits et des grands arrangements avec notre mémoire" Par Catherine Maillard, octobre 2012, Doctissimo.fr

Doctissimo : Vous venez de publier votre livre le plus intime, sans doute, et vous démarrez ce texte en évoquant votre seconde naissance… En 1944, lors d'une rafle, vous parvenez à vous échapper, à vous cacher. Qu'est-ce qui a motivé cette action ? Aviez-vous quelque chose de différent des autres ?
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre : Je ne suis pas sûr d'être réellement différent… En réalité, c'est plutôt la confiance primitive donnée par ma mère, qui a fait la différence. Les autres enfants se sont rassemblés sur une couverture auprès d'une femme, qui leur donnait du lait concentré sucré. J'ai eu une réaction radicalement différente, je ne me suis pas laissé attirer… vers ma mort certaine. Le profond amour qu'avait ma mère pour moi et cette confiance primitive de sa présence, m'a permis de prendre les bonnes décisions pour rester vivant.
Doctissimo : Pour retracer votre histoire, vous avez enquêté sur vos souvenirs… Vous convoquez votre mémoire, dont vous analysez les ressorts au prisme de la neurobiologie. Qu'avez-vous découvert sur la mémoire et ses représentations ?

Boris Cyrulnik : En réalité, nous passons tous des petits et des grands arrangements avec notre mémoire. J'ai découvert que j'avais arrangé mes souvenirs pour donner une cohérence à ma représentation du passé. J'avais arrangé mes souvenirs pour supporter sans angoisse des événements extrêmement traumatiques.
La mémoire ne repose pas sur un simple retour vers le passé, mais sur un processus de représentation du passé. Nous allons chercher des souvenirs dans notre mémoire, de façon active et intentionnelle. C'est cette intentionnalité "non consciente" qui m'a permis de remanier la représentation des événements passés afin de les rendre supportables, et de ne pas éprouver ces souvenirs comme une condamnation inexorable.
La mémoire est donc un processus intentionnel, très proche de celui de l'imaginaire. Ce sont les mêmes circuits cérébraux qui sont mobilisés dans les deux cas. Ça ne veut pas dire qu'on ment ; toutes les images mises en mémoire sont vraies. C'est la recomposition qui arrange les souvenirs pour en faire une histoire, une représentation cohérente de son passé.

Doctissimo : Vous évoquez les effets d'un traumatisme sur la mémoire. Quels sont-ils ?
Boris Cyrulnik : J'aimerais d'abord préciser que lorsqu'une mémoire est saine, une représentation cohérente et apaisante se construit naturellement en nous. Autour de souvenirs d'une famille harmonieuse, des jeux avec ses amis, et des sensations agréables…À l'inverse une mémoire traumatique ne permet pas cette construction, puisque qu'elle est entachée par un événement traumatisant qui fait revenir à la conscience une image du choc… 
Parmi les traumatisés, certains restent prisonniers de cette mémoire. Comme sidérés par l'événement, ils vont paraître indifférents au monde qui les entoure. Ils ne fixent pas l'information et peuvent présenter des trous de mémoire. Ce qui se définit aussi par l'amnésie post traumatique.
Pour d'autres, la mémoire traumatique entraîne un état d'alerte constante comme chez un enfant blessé : quand il est maltraité, il acquiert une vigilance glacée… Quand il a vécu dans un pays en guerre, il continue à sursauter au moindre bruit, même dans un pays en paix. Il est comme fasciné par l'agression et en garde un souvenir extrêmement précis.
En revanche, tous les éléments extérieurs sont devenus assez flous. C'est dans ce flou que j'ai réussi à réorganiser les événements pour leur donner une cohérence… Par exemple, quand je me suis échappé, je suis entré dans un véhicule, où il y avait une infirmière et une personne mourante, dans ma mémoire c'était une ambulance. J'arrangeais ma mémoire pour la rendre supportable, l'horreur finissait même par devenir belle : le soldat nazi qui me laisse m'enfuir, l'infirmière devenait jolie…Tous les vrais souvenirs joliment arrangés m'aidaient à ne pas souffrir du passé.

Doctissimo : Vous partagez ne pas avoir souffert de ce type de d'effets post-traumatiques. Pour y parvenir, vous évoquez des facteurs de protection. De quoi s'agit-il ?
Boris Cyrulnik : De manière schématique, les facteurs de protection sont mis en place avant l'événement traumatique. Il s'agit de l'acquisition d'un attachement "secure" et d'une aptitude à la verbalisation, deux facteurs qui permettent d'acquérir une sorte de confiance primitive, celle dont je parlais au début de notre entretien. En cas d'événement traumatique, ils permettent de réagir de façon saine et de déclencher un processus de résilience.

Doctissimo : Bien plus que l'histoire poignante de votre enfance, c'est aussi celle de tous les enfants qui subissent des traumatismes aujourd'hui qui résonnent dans votre livre. D'ailleurs, vous travaillez également avec des enfants des rues, des enfants soldats ou qui ont subi la guerre. Comment procédez-vous ?
Boris Cyrulnik : Guerre, violence sexuelle… Aujourd'hui, beaucoup d'enfants subissent des traumatismes. Quand le traumatisme est suivi d'un isolement affectif et sensoriel, les cellules cérébrales ne sont pas stimulées et l'enfant développe une grande fragilité émotionnelle. J'ai vécu cette situation, et au travers de mon expérience, j'ai pu observer qu'un soutien affectif, verbal et culturel, peut "sauver" un enfant. C'est ce que je fais aujourd'hui avec eux !

Sans comparer ce qui ne peut l'être, bien sûr, j'aimerais toutefois attirer l'attention sur l'importance de l'isolement sensoriel et des événements insidieux à valeur "traumatique" pour un enfant aujourd'hui. Dans notre société occidentale, de nombreux enfants ont peu de niches sensorielles. Des emplois du temps surchargés et le stress ont pour effet de rendre les parents moins disponibles… Par ailleurs, l'attraction exercée par les écrans de télé et d'ordinateurs coupe les uns et les autres de rituels relationnels importants. Certes, les écrans ouvrent le champ de la communication informative et non celui de la relation. La communication par écran transmet de l'information sans affect. Dans la relation, le langage sensoriel est primordial, nous sommes affectés par la manière de rire, des hochements de tête, une gestuelle qui participe à la relation affective et apprend à vivre ensemble. Ca va peut-être vous paraître exagéré, néanmoins j'insiste sur l'apparition d'un l'appauvrissement sensoriel et relationnel, qui pourrait représenter un traumatisme insidieux, mais bien réel en Occident. En prendre conscience est primordial. La dimension sensorielle et relationnelle, est fondatrice dans la construction d'une mémoire saine !

jeudi 15 novembre 2012

Comment aimer un enfant, Janus Korczak



Janusz Korczak est mort à Treblinka en 1942 avec les deux cents enfants de l'orphelinat qu'il dirigeait à Varsovie. Toute la vie de Korczak - médecin, écrivain, éducateur - a été dominée par l'amour qu'il portait aux enfants. Ses principaux ouvrages, Comment aimer un enfant et Le Droit de l'enfant au respect, enfin rassemblés dans un même volume, le crient à chaque page. Comment aimer un enfant a été écrit au front, en 1915. L'auteur y parle de la meilleure façon d'élever un tout-petit, d'aider et d'éduquer préadolescents et adolescents. Il expose les innovations - révolutionnaires pour l'époque - qu'il a introduites à la Maison de l'orphelin : le tribunal animé par les enfants eux-mêmes ; La Gazette, aussi rédigée par eux ; les tentatives d'autogestion. Bref, une vraie république enfantine. Quant au Droit de l'enfant au respect, c'est un court texte qui énonce et expose une vérité qui hérisse plus d'un adulte encore aujourd'hui : il ne saurait y avoir de véritable amour de l'enfant sans respect. Le lecteur découvrira ici un homme : bon, passionné, désintéressé, digne d'admiration et de ce même respect que celui qu'il portait à l'enfant.

Korczak, pédagogue visionnaire, est l'auteur de plusieurs ouvrages traduits en vingt-sept langues et plébiscités par les parents et les éducateurs du monde entier.

Janusz Korczak, Comment aimer un enfant suivi de Le droit de l'enfant au respect. 2006. Ed. Laffont.

dimanche 11 novembre 2012

L'école des petits enfants



L'école des petits enfants : un enseignant s'interroge
jeudi 14 juillet 2011, par René BARBIER

Il est des enseignants un peu perdus dans les mirages de l'école et de leur vie. Mais peut-être sont-ils moins aveugles que beaucoup d'autres, plus affirmés, apparemment moins fragiles ? La lettre de P. à sa fille nous propose un chemin vers l'intérieur d'une profonde sensibilité. N'est-ce pas une ouverture vers un clair-joyeux presqu'au bout du regard, mais juste à la place du coeur ? (RB)

Extraits :

Tout cela pour te dire qu'à chaque fois que j'avais une classe, je parlais aux enfants de cette rencontre étonnante avec ce grand chef indien et ensuite leur posais la question :
" Et toi quel est ton animal préféré ? "
Alors toute la classe se mettait à réfléchir, en fermant les yeux et choisissait en son coeur son animal préféré ou plutôt se laissait choisir par lui, car aux dires de l'indien, l'animal préféré est un allié qui choisit un enfant qu'il n'abandonnera jamais aux heures noires de son existence. (…)
Puis, venait le temps où chacun annonçait devant toute la classe son animal préféré, avant de se lancer dans l'écriture d'un texte d'une dizaine de lignes qu'il fallait corriger, mettre en page. Puis réaliser une illustration à partir du texte. Enfin rassembler tout cela pour constituer comme un immense bestiaire broché pour faire un livre, un livre sacré. Sacré, car empli de sensations de monde où chaque enfant inscrivait son nom avec son animal préféré comme un lien de qualité à la « vivante » Terre. (…)
Tu imagines Lou que la classe était en pleine ébullition créatrice et ne voyait pas passer la journée. Je te raconte cela Lou, car cela me paraît si important, si urgent en matière d'éducation de relier l'école à la Terre. (…)

Figure-toi Lou que dans une classe, j'ai travaillé avec un petit Nathan qui a de grosses difficultés pour lire et écrire, il ne voit quasiment pas et c'est terrible pour lui. Si tu le voyais sur son pupitre arcbouté, faisant des efforts incroyables pour calligraphier à peine une phrase en heure, tu serai émue.
Ce petit bonhomme m'a dit : « Tu sais maître Philippe, moi je ne vois rien ou presque rien, je n'aime pas les couleurs, alors je fais tout en noir ou en blanc ! »
Touché en plein coeur, je me suis mis en quête de trouver quelque chose, une parole, un regard, un objet, quelque chose pour le rejoindre, quelque chose qui soit comme un bout d'arc-en-ciel qui lui servirait de passerelle pour sortir du noir. Passer du noir à la couleur, tu comprends, c'est tellement important pour tout le monde et pas simplement en peinture. Emu par Nathan, le regard voilé derrière ses lunettes noires, je lui posais donc la question de son animal préféré.
Et bien, sais-tu ce qu'il m 'a répondu ?
Son animal préféré, c'était le lynx ... « Mais pourquoi le lynx ? » osais-je lui demander même si j'avais compris la profondeur de sa réponse, je souhaitais simplement qu'il puisse me le verbaliser :
« Parce que cet animal voit très loin, parce que cet animal voit très bien ... ».  (…)

Ma crapouille, je voulais aussi te parler de cette petite fille Taha en maternelle qui me semblait bien triste. Je découvrais rapidement que cette enfant avait de lourds handicaps d'audition - elle était appareillé aux deux oreilles - j'ai passé du temps avec elle, en classe et aussi au dortoir, car elle fait la sieste aussi comme toi, en début d'après midi pour au moins deux heures. (…)
En étant en relation avec elle, je me suis rendu compte que si elle était malheureuse, ce n'était pas tellement de ne pas entendre, de ne pas bien parler, mais bien de sentir qu'elle n'était pas comme les autres. Ne pas être comme les autres dès la maternelle, c'est terrible, tu sais mon amour et cela dès la première année. Terrible de violence et d'incompréhension à l'intérieur de soi dans son petit coeur d'oiseau ! « Pourquoi suis-je si différente maître ? Pourquoi je ne me sens pas bien à l'école ? » semblait me demander Taha.
Taha m'ouvrait une piste que j'acceptais de suivre. Il ne s'agissait pas de me poser la question à savoir ce que je pouvais lui apprendre, mais bien plus de ce qu'elle pouvait m'apprendre. Car chaque enfant que j'ai croisé qui était différent, qui ne répondait pas aux sollicitations classiques de l'école m'a transmis un essentiel, lorsque je prenais soin de le comprendre.
Alors on a pris du temps ensemble. Je l'ai regardée, elle m'a regardé, je lui ai posé des questions, elle m'a répondu. Je lui parlais calmement, elle a commencé à articuler de mieux en mieux et puis elle s'est rapprochée de moi, tout contre moi, en posant ses mains sur mes genoux. C'est toujours quelque chose d'unique, quand un enfant vient vers moi, charge de responsabilité et d'émotion. Une visite qui m'enrichit et qui me dit à chaque fois qui je suis, si je suis en résonance ou pas. (…)

Nous avons joué en récréation et puis ce fut le temps de la sieste. Elle a retiré ces appareils avec beaucoup de responsabilité et de minutie ( Quelle maturité si jeune face à son son handicap !) et puis elle s'est allongé à côté de moi tranquillement contre son doudou et s'est s'endormie paisiblement. J'étais heureux de veiller dans le crépuscule du dortoir sur cette enfant miracle qui allait bientôt me révéler un trésor de conscience : il ne peut y avoir d'école sans amour, la faiblesse humaine manifestée dans la petite enfance est l'invitation à la compassion et à la pédagogie de l'esprit. Taha a su faire jaillir des ressources d'amour très enfouies en moi-même que je ne soupçonnais pas. Aussi je pose une question : et si les élèves en grandes difficultés nous faisaient cheminer jusqu'au stade du satori en nous révélant dans leur regard enfin libéré : « merci de m'aimer maître ! » ? ce que nous avons à gagner en tant qu'enseignant est alors immense, n'est-ce pas ?
Le soir - j'avais le désir de rencontrer sa maman - je la croisais finalement naturellement, elle me demanda comment la journée s'était passée et je lui fis part de tous mes encouragements. Elle semblait étonnée devant mon enthousiasme, car personne auparavant ne lui avait parlé de cette manière. Pas même la directrice qui l'avait depuis le début de l'année dans sa classe. Cette maman me demanda si l'on pouvait espérer quelque chose pour sa fille, je fus étonné et quelque peu affecté par son angoisse et lui fis part qu'elle ne devait en rien douter sur l'avenir de sa fille. Sa magnifique sensibilité, son énorme potentiel s'exprimeront dans la seule mesure où elle se sentira autorisée dans des « merci de m'aimer maître ! » (…)

lundi 8 octobre 2012

Marianne Sébastien: Voix libres (vidéo)



Conférence TEDx RepubliqueSquare, avril 2012.

Avec sa fondation et son art (le chant), Marianne Sébastien a redonné la voix et la dignité à plus de 850 000 personnes en Bolivie. Elle explose toutes les conventions et notamment en matière de lutte contre la pauvreté.

Fondatrice de l'ONG Voix Libres International Marianne a aussi été chef d'entreprises, cantatrice et thérapeute par la voix. Son utopie de créer en Bolivie une société solidaire dirigée par des jeunes issus des mines, des rues et des ordures est devenue réalité : en 18 ans, plus de 850.000 bénéficiaires ont su retourner la grande misère en stratégie positive en développant le plein potentiel des talents de chacun et la tendresse entre tous. La violence a diminué de moitié.

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Marianne Sébastien est musicienne, cantatrice, thérapeute par la voix et fondatrice de Voix Libres International, une association humanitaire qui investit dans l’éducation des enfants de Bolivie.

Marianne Sébastien anime des stages de chants, « Le chant… une voie de passage vers l’épanouissement » : Réveillons en nous le feu sacré grâce à la musique qui nous met en résonnance avec nous-mêmes, les autres… et le monde entier.