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dimanche 20 décembre 2015

Le Musée de Poche, l'art à portée des enfants


Nous sommes toujours très enthousiastes à propos des lieux d'art dédiés aux enfants. Et le Musée de Poche, qui a récemment déménagé rue de la Fontaine au Roi (à deux pas de République), est un lieu particulièrement accueillant qui se donne pour mission de rendre l'art accessible dès le plus jeune âge.

Le musée propose une offre variée d'ateliers d'art plastique à destination de tous les âges, dans un espace créatif richement doté en matériel, qui donnerait envie à n'importe qui de s'installer et de participer.
Les enfants ont à leur disposition une bibliothèque aux beaux ouvrages de qualité, qui sont aussi proposer à la vente: livres pop-up, livres d'art, kits créatifs, etc. L'espace galerie invite à la découverte d'expositions temporaires de jeunes artistes dont l'univers est bien souvent poétique. 
Sensible aux pédagogies nouvelles, le lieu est à hauteur d'enfant, et ceux-ci ont le droit de toucher, de découvrir, d'expérimenter. La dimension ludique et sensorielle étant privilégiée, les enfants sont joyeusement initiés à l'art et à l'esthétique, en sollicitant leur curiosité, leur créativité, nourrissant leur imaginaire. Autant de qualités, en lien participant à leur bien-être, leur confiance et leur épanouissement.
Enfin, le Musée a aussi pour vocation de familiariser les enfants avec l'histoire de l'art, à travers la découverte de thématiques, de grands mouvements ou noms de l'art lors d'ateliers (Dali, Hokusai, Matisse,...), mais aussi de visites de médiation dans les expositions parisiennes. 

Le Musée de Poche est sans aucun doute l'un de ces lieux parisiens dont on se souvient avec plaisir, porteur d'une véritable personnalité et d'une grande richesse culturelle. On ne peut que féliciter Pauline Lamy pour son audace et son investissement. Souhaitons une longue vie colorée et joyeuse au Musée de Poche! 

Le programme des ateliers étant toujours bien chargé, n'hésitez pas à réserver à l'avance. À voir jusqu'au 30 janvier, l'exposition Le grand avenir, présentant les œuvres textiles poétiques de Géraldine Alibeu, (Les yeux fermés, Actes sud) sur le thème de l'enfance. 

Le Musée de Poche, 41 rue de la Fontaine au Roi, 75011 Paris. Horaires : Du mardi au vendredi de 11h à 19h / Le samedi de 10h à 19h / Ouverture un dimanche par mois de 14h30 à 18h. Possibilité de réserver en ligne. 

mardi 12 mars 2013

Comment sensibiliser les enfants à l'art ?



Françoise Barbe-Gall, enseignante à l'École du Louvre vous donne des conseils pour intéresser vos enfants à l'art sans risquer d'obtenir l'inverse du but recherché...

A partir de quel âge et de quelle manière peut-on sensibiliser les enfants à l'art ?

Dès la petite enfance. D'ailleurs, à la maternelle, les enseignants se servent beaucoup d'images d'art. Les regarder, les manipuler, les copier : tout ceci ouvre des pistes de réflexion aux enfants. Ils comprennent souvent très bien la logique des images et en gardent une bonne mémoire, c'est très surprenant. En fait, ce qui compte c'est qu'ils se familiarisent avec les oeuvres. Il ne faut surtout pas leur présenter l'art sous la forme d'un cours théorique ou de manière trop révérencieuse. Les enfants ont besoin de toucher, de s'approprier les images. Je conseille donc aux parents de mettre à disposition de leurs bambins des livres d'art ou des cartes qui ne soient pas trop précieux afin qu'ils puissent les feuilleter comme ils le souhaitent. Pas question de leur confier un ouvrage coûteux en divulguant mille précautions ("ne pose pas tes doigts sur les images", "attention à ne pas corner les pages", etc.), qui entraveraient la spontanéité de cette découverte. Les parents peuvent aussi dans la vie de tous les jours faire remarquer des gammes de couleurs, les perspectives dans une photo, les formes dans le relief d'un paysage...

Le meilleur moyen de les familiariser avec l'art ne serait-il pas de les laisser pratiquer eux-mêmes ?

Évidemment, la plupart des enfants ont envie de mettre les mains dans la peinture, de découper et de coller. Et il ne faut pas les en empêcher ! C'est important qu'ils apprennent à s'exprimer par l'art plastique. Mais cela ne se substitue pas à un éveil artistique. Savoir faire ne signifie pas savoir sentir. D'ailleurs, nombre de gens sensibles à l'art ne pratiquent pas eux-mêmes. C'est pour cette raison que les livrets, les sites Internet et les DVD spécialisés ou encore les ateliers pour enfant proposés par les musées qui utilisent des oeuvres comme de simples illustrations, des points de départ d'un jeu ou d'un dessin, ne sont, la plupart du temps, pas adaptés. Ils peuvent compléter l'éveil mais sûrement pas le remplacer. Ils servent plutôt à apprendre des techniques qu'à comprendre et/ou apprécier le contenu des oeuvres. En revanche, ils ont l'avantage d'aider les enfants, surtout les plus petits, à se familiariser avec des objets et des lieux, qui pourraient, sans cette approche ludique, leur paraître rébarbatifs. Sans compter qu'ils laissent aux parents le loisir de parcourir les musées sans être "encombrés"...

Je crois qu'il faut tout simplement savoir regarder avec eux et ce, dès l'âge de 7 ans. La tranche de 10 à 12 ans étant la période magique, idéale car les enfants sont très curieux et encore dans une démarche d'imitation de leurs parents. Concrètement, on se plante devant l'oeuvre et on en discute en toute bonne foi, on donne son avis, on pose des questions : "Qu'en penses-tu ? Qu'est ce que tu vois ? Qu'est ce que tu comprends ?" Il faut alors savoir écouter les réponses de l'enfant souvent très perspicaces et parler avec sa propre sensibilité, en toute franchise. Peu importe par où il entre dans l'oeuvre (la couleur, le titre, un détail de l'image), il n'y a pas de recette. Chacun trouve son accès et construit son propre cheminement. Passé ce stade de la "première émotion", les parents peuvent avec l'enfant chercher des explications sur l'oeuvre : l'artiste, l'époque, le courant, le sens, etc. La clé pour réussir à les intéresser, c'est d'accepter de s'éveiller avec eux, de les accompagner... Le livre que j'ai écrit est destiné aux parents et sert parfois aussi à combler les lacunes qu'ils n'osent pas dévoiler... C'est donc aussi le moment pour ceux qui n'ont jamais eu le déclic de s'offrir une seconde chance. Je dis souvent qu'il suffit alors d'avoir quelques pages d'avance sur les enfants pour faire un très bon guide.

Quelles sont les erreurs à ne pas commettre tout au long de cet éveil ?

D'un point de vue pratique, les parents ont intérêt à ne pas présenter le musée ou l'édifice à visiter comme la solution de replis en cas de pluie pendant les vacances ou l'activité obligée du mercredi avant les dessins animés... Je leur conseille aussi de réserver les places à l'avance pour éviter la file d'attente d'une heure à l'entrée, de savoir écourter la balade si l'attention baisse ou la fatigue se fait sentir. Ensuite, il ne faut pas se formaliser si l'enfant ne trouve rien d'exceptionnel à un chef-d'oeuvre. Passez à une autre salle, la rencontre avec un tableau se déroule comme la rencontre avec une personne : ce n'est peut-être pas aujourd'hui le bon moment. Évitez aussi de discourir de manière trop théorique devant un tableau, de sacraliser une oeuvre ou un artiste ou encore de ponctuer la visite de jugements arrêtés du style "voilà, ça c'est vraiment beau" qui risqueraient de donner à l'enfant l'impression qu'il n'est pas digne d'accéder à cette discipline car il manque de culture et de connaissances ou ne possède pas le même avis que vous. Expliquez plutôt pourquoi vous appréciez tel ou tel objet et écoutez les réactions de votre enfant, valorisez son point de vue, donnez lui confiance dans son jugement... En somme, les parents doivent amener les enfants vers l'art sans les y contraindre. Et si les petits ne montrent pas d'intérêt malgré tous ces efforts de votre part, n'insistez pas, apprécier l'art n'est pas une fin en soit et rien n'est jamais définitif. Peut-être s'y mettront-ils avec leurs propres enfants...

Comment parler d'art aux enfants ? Françoise Barbe-Gall. Édition Adam Biro

lundi 4 mars 2013

L'institut de géopoétique


Une belle initiative à découvrir: l'Institut de géopoétique, dont voici le texte inaugural: 


Ce qui marque cette fin du XXe siècle, au-delà de tous les bavardages et de tous les discours secondaires, c’est le retour du fondamental, c’est-à-dire du poétique. Toute création de l’esprit est, fondamentalement, poétique.

Il s’agit de savoir maintenant où se trouve la poétique la plus nécessaire, la plus fertile, et de l’appliquer.

Si, vers 1978, j’ai commencé à parler de «géopoétique», c’est, d’une part, parce que la terre (la biosphère) était, de toute évidence, de plus en plus menacée, et qu’il fallait s’en préoccuper d’une manière à la fois profonde et efficace, d’autre part, parce qu’il m’était toujours apparu que la poétique la plus riche venait d’un contact avec la terre, d’une plongée dans l’espace biosphérique, d’une tentative pour lire les lignes du monde.

Depuis, le mot a été repris, ici et là, dans des contextes divers. Le moment est venu de concentrer ces courants d’énergie dans un champ unitaire.

C’est pour cela que nous avons fondé l’Institut de géopoétique.

Avec le projet géopoétique, il ne s’agit ni d’une «variété» culturelle de plus, ni d’une école littéraire, ni de la poésie considérée comme un art intime. Il s’agit d’un mouvement majeur qui concerne les fondements mêmes de l’existence de l’homme sur la terre.

Dans le champ géopoétique fondamental, se rencontrent des penseurs et des poètes de tous les temps et de tous les pays. Pour ne citer que quelques exemples, on peut penser, en Occident, à Héraclite («l’homme est séparé de ce qui lui est le plus proche»), à Hölderlin («poétiquement vit l’homme sur la terre»), à Heidegger («topologie de l’être»), à Wallace Stevens («les grands poèmes du ciel et de l’enfer ont été écrits, reste à créer le poème de la terre»). En Orient, il faudrait penser au taoïste Tchouang-Tseu, et à l’homme du vieil étang, Matsuo Bashô, sans oublier la belle méditation du monde que l’on trouve dans le Hwa Yen Sutra.

Mais la géopoétique ne concerne pas que poètes et penseurs. Henry Thoreau était autant ornithologue et météorologue («inspecteur des tempêtes») que poète, ou plutôt, il incluait les sciences dans sa poétique. Les liens de la géopoétique avec la géographie sont évidents, mais ils existent aussi avec la biologie, et avec l’écologie (y compris l’écologie de l’esprit) bien approfondie et bien développée. En fait, la géopoétique offre un terrain de rencontre et de stimulation réciproque, non seulement, et c’est de plus en plus nécessaire, entre poésie, pensée et science, mais entre les disciplines les plus diverses, dès qu’elles sont prêtes à sortir de cadres souvent trop restreints et à entrer dans un espace global (cosmologique, cosmopoétique) en se posant la question fondamentale : qu’en est-il de la vie sur terre, qu’en est-il du monde?

Tout un réseau peut se tisser, un réseau d’énergies, de désirs, de compétences, d’intelligences.

Pour l’Institut de géopoétique
Le 26 avril 1989
Kenneth White
 

dimanche 3 mars 2013

Maisons d'ailleurs racontées aux enfants d'ici (livre)



Voici un tour du monde des habitats traditionnels : igloos, tentes touareg, maisons troglodytes, huttes en bouse de vache, yourtes ou encore maisons-bateaux… L’objectif de ce livre est de présenter les différents types de maisons construites encore aujourd’hui selon des techniques et avec des matériaux traditionnels. Et de comprendre les modes de vie qui y sont associés. Dans ces maisons surprenantes, où l'on n'accumule rien, pas d’autre choix que d’utiliser les matériaux à disposition.Caroline Laffon adopte une progression thématique en 6 grands chapitres :– Avec quoi construit-on une maison ? Les matériaux et les techniques utilisés (maison en feuillage huttes en boue, igloo)– Où la construire ? (sur pilotis, à même la falaise, dans le désert, sur une île)– Construire pour se protéger de qui ? Des intrus, animaux ou humains (cabanes dans les arbres pour se protéger des bêtes, villages fortifiés en Afghanistan)– Que fait-on dans les différentes pièces de la maison ? (pièce de naissance, chambre, cuisine, décors, utilité des portes)- Comment célèbre-t-on la maison ? (cérémonies chaman en Asie)– Quelle est la place de chacun dans la maison, comment chacun y vit-il ? (campement bédouin, la place des animaux, plantes d’intérieur)– Peut-on se déplacer avec sa maison ? Quand les maisons deviennent mobiles (campement Nenet, maison-bateau, yourte)L’auteur varie les points de vue, les angles d’attaque : en procédant par focus sur un peuple spécifique, en expliquant la construction et son résultat (avant-après), en donnant à voir des scènes de vie quotidienne, des scènes intérieures ou des vues plus générales, en respectant une alternance géographique pour explorer toutes les régions du globe, en rapprochant si possible les civilisations qui adoptent des habitats similaires. Chine, Sahara, Amazonie, Groenland et Kenya, autant d’horizons et d’habitants qui ont imaginé des moyens pour se protéger de la nature, des dieux et des hommes. Un sujet vaste et passionnant qui entraîne le lecteur dans une exploration ethnologique, culturelle et architecturale. Les maisons d’ailleurs racontées aux enfants d’ici.

Biographie de l'auteur
Caroline Laffon est auteur de films documentaires et de nombreux livres sur les différentes cultures du monde, dont Les Enfants d'ailleurs racontés aux enfants d'ici. Frédéric Malenfer réalise des carnets de voyage. II a illustré Les Fêtes d'Ailleurs et Le Grand Nord raconté aux enfants.

Caroline Laffon, Maisons d'ailleurs : Racontées aux enfants d'ici. 2009. Ed. De La Martinière Jeunesse


jeudi 28 février 2013

Activités artistiques Montessori (livre)


Illustré et pratique, ce guide vous invite à appliquer les principes pédagogiques de Maria Montessori à la maison. Il propose 42 projets créatifs s'inspirant de 24 oeuvres d'artistes majeurs de l'histoire de l'art, comme Le Caravage, Dürer, Matisse ou Cézanne. Ce livre permet à l'enfant de découvrir une oeuvre d'art, mais aussi d'explorer le thème artistique concerné. Ludique, il l'accompagne pas à pas dans la réalisation de collages, de peintures ou de dessins en lien avec l'oeuvre modèle.
Diplômée en pédagogie Montessori, Maja Pitamic enseigne depuis plus de quinze ans à des enfants d'âges et de milieux divers. Aussi diplômée en histoire de l'art, elle a notamment accompagné le développement d'enfants aux besoins éducatifs spécifiques, par le biais de la danse, de la gymnastique, du mouvement et des jeux.

Maja Pitamic, Activités artistiques d'après la pédagogie Montessori: Pour encourager l'éveil artistique de votre enfant de 5 à 12 ans. 2011, Ed. Eyrolles.

mercredi 20 février 2013

Lucile, 10 ans, autiste et artiste



Un article de Fabien Bonnieux pour La Provence

À 10 ans, elle réalise près de 200 dessins par jour. Ils vont être exposés d'ici au printemps à Nantes, Nice, Marseille et Avignon

Elle est assise sur le tapis, entourée de ses dessins par dizaines, tous réalisés au Bic noir. Il faut dire que la pré-ado produit massivement : de 50 à 200 dessins par jour ! Ahurissant, qui plus est quand on pense qu'Edward Hopper réalisa moins de 100 toiles pendant toute sa vie...
Lucile a 10 ans. Voilà six ans, les médecins ont posé officiellement le diagnostic : elle est autiste. "Le dessin, c'est sa façon de communiquer avec elle-même, d'analyser ce que lui renvoie ce monde qu'elle ne comprend pas bien" explique Eugénie, sa maman.

"Sept expositions de prévues"
À l'automne dernier, le théâtre Golovine ouvre grand ses portes à la jeune Avignonnaise, qui expose alors ses oeuvres sous l'intitulé "La tribu de Lulu". Le public découvre son univers visuel, attachant beaucoup, sombre un peu. La presse suit. Et le "buzz" dépasse au fil des semaines les seuls remparts de la cité des papes. À telle enseigne que Lucile crée autour de son travail un vrai consensus.
"D'ici le printemps, grâce au théâtre Golovine, qui lui a donné sa chance en premier, Lucile a sept expositions de prévues, à Nantes, Nice, Marseille, et bien sûr, à Avignon. Parfois dans le cadre des journées sur l'autisme, parfois non", note sa mère, Eugénie, qui poste un dessin chaque jour sur Facebook. Quant au dessinateur Claude Ponti, il a accordé à cette surdouée du trait une pièce entière dans son musée virtuel (sur Internet), le Muz.

Jamais de couleur dans ses dessins
L'expérience est à la fois un soulagement et une fierté pour sa maman. Car au jour d'aujourd'hui, Lucile est déscolarisée. "La dernière fois qu'elle a fait un essai dans une école, elle est revenue en me demandant ce que voulait dire "débile". Actuellement, l'artiste en herbe est suivie dans un service psychiatrique à l'hôpital de Montfavet et passe ses mercredis parmi les enfants dit ordinaires, au centre aéré de Rochefort-du-Gard.

Entre les deux ? Elle dessine. Beaucoup. "Jamais avec des couleurs, c'est comme ça depuis 8 ans." Le figuratif reste son dessin animé. "Mais depuis quelques jours, elle commence aussi à dessiner des maisons. Elle vient d'intégrer l'atelier Marie Laurencin du CHS de Montfavet" (lieu de création pour les patients permettant de dire autrement par la peinture et la sculpture ndlr). "Lucile in the sky with diamond ?" Oui mais définitivement noirs, le ciel et les diamants.



samedi 16 février 2013

Grammaire de l'imagination (livre)


Cette Grammaire de l'imagination, unique en son genre par son humour et son intelligence pétillante, constitue un ouvrage essentiel pour tous ceux qui s'intéressent aux processus de l'imagination : enseignants, animateurs, formateurs, parents, mais aussi tout "candidat libre" à une écriture débridée. "Somme du gai savoir de Rodari, livre à la fois de pédagogie et du poétique pour pédagogues et pédagogie pour poètes", comme l'a défini Italo Calvino, cet essai regorge d'idées dynamisantes pour le lecteur. Il est tout à la fois grave et facétieux, rigoureux et brillant, nourri de tradition et subversif, pétri de culture et d'expérience concrète des enfants. Dans le monde, de nombreuses associations pédagogiques et culturelles se réclament de la pensée, de l'action de Gianni Rodari, écrivain (Prix Andersen 1970), journaliste et pédagogie de la créativité.

Gianni Rodari, Grammaire de l'imagination. 2010. Ed. Rue du monde.

vendredi 15 février 2013

Où va l'éducation (livre)



Ce ne sont pas les matières qu'on leur enseigne que les enfants ne comprennent pas, mais les leçons qu'on leur donne. Là est la cause de la plupart des échecs scolaires. Toute réforme sérieuse de l'enseignement doit donc commencer par l'information des maîtres qui assurent cet enseignement. Ainsi les méthodes dites actives, l'éducation préscolaire, la recherche interdisciplinaire deviendront autre chose que des mythes. En particulier, ce que préconise, ici, Jean Piaget c'est, avant tout, la fin du professeur conférencier. Pour que l'école devienne plus efficace, car comprendre, c'est inventer.

 Jean Piaget, Où va l'éducation. 1988, Ed. Folio.

vendredi 8 février 2013

L’école maternelle ou l’apprentissage de la vie

Source


Comment ça se passe en maternelle dans une école Steiner-Waldorf ? L’école des Capucines (35770 Vern/Seiche) propose cet article sur son blog.

Les enfants sont répartis dans deux groupes d’âges mélangés : un de 2 ans à 3 ans et un autre de 3 ans à 6 ans. Trois objectifs sont visés au travers de l’éducation proposée. Ils se construisent par étapes, répondant à la nature même du développement de l’enfant :
Permettre au futur adulte d’accéder à la liberté dans son corps, dans ses sentiments et dans sa pensée ;
Éduquer à partir de l’égalité, en offrant à chaque enfant la possibilité d’un développement global, suivant son rythme, son individualité, en tenant compte des différences de chacun ;
Éveiller à la fraternité par une vie sociale riche.

1. Les cinq grands axes qui forment nos moyens pédagogiques

a. L’enseignante
Elle est une référence, un soutien solide donnant à l’enfant la possibilité d’une entrée sereine dans la vie sociale et dans le partage. Elle suit les enfants durant ces trois années. À l’écoute du groupe et de l’individu, c’est elle qui guide l’enfant dans ses expériences à travers diverses activités ; ce qui permet l’émergence de deux principes éducatifs : l’imitation et l’émulation des petits par les grands.


b. Le regroupement d’enfants d’âges différents
 
Cela offre les moyens de travailler sur l’égalité (selon les capacités et l’âge de chacun) et faire vivre la fraternité entre eux.

c. La manière de se lier aux activités proposées
Dessin, modelage, peinture, chants, comptines, motricité, rondes, contes (racontés, joués, mimés, mis en musique), donne à l’enfant des bases sûres dans ses repères spatiaux, et un enrichissement conceptuel par l’élargissement du langage oral.

d. Le lieu
L’environnement simple et naturel favorise les expériences sensorielles variées et permet à l’enfant de prendre possession de son corps et d’en exercer les facultés.
 Au centre de la vie de l’école, le jeu libre, à l’intérieur duquel l’enfant expérimente, imagine, recrée ce qu’il accueille en lui par ses sens, est un facteur essentiel et privilégié du développement de l’individualité.

e. Les quatre rythmes fondamentaux
L’enseignante soigne les quatre rythmes fondamentaux (annuel, mensuel, hebdomadaire et journalier), ainsi l’enfant acquiert une sécurité de base qui l’amène à se situer progressivement dans le temps. Le rythme donne la possibilité à chacun de se saisir de ses propres forces et capacités.
Au cours de ces trois années, l’enfant construit, par l’expérience, des bases et des structures solides sur lesquelles viendront prendre appui les acquisitions conceptuelles ultérieures.

2. Moyens mis en œuvre dans chacun de ces axes

a. Une transition entre le milieu familial et l’école
Les enfants restent avec la même enseignante durant une à trois années, suivant leur âge d’entrée à l’école.
Elle est une référence et grâce à ce temps qui lui est donné, un réel climat de confiance peut s’établir entre elle et l’enfant.
Elle est aussi une référence pour les parents. Le dialogue avec les familles est lui aussi facilité grâce au facteur de durée. Un premier entretien a lieu avant l’inscription de l’enfant, avec les parents, l’enfant et l’enseignante pour faire « connaissance ». L’histoire de l’enfant, ses goûts, son tempérament, ses difficultés sont alors évoqués. Une relation de confiance s’établit entre parents et enseignant et de réels échanges peuvent avoir lieu. Des conseils éducatifs peuvent être échangés lors de ces entretiens pour aider les familles.
Les enseignants jouent un rôle important dans la détection des déficiences éventuelles et dans la prévention des handicaps et peuvent évaluer les progrès ou les difficultés dans la durée. Ils peuvent stimuler l’enfant à travers les différentes activités proposées.

b. Les groupes d’âges différents
Les groupes d’âge différents donnent la possibilité d’aider l’enfant sans qu’il subisse de pression trop forte. Les petits sont stimulés par les plus grands, cela permet à ceux qui ont des difficultés d’aller à leur rythme, sans qu’ils soient enfermés par le jugement des autres enfants.

1. La socialisation
L’enseignante est là pour harmoniser la socialisation de l’enfant. Elle stimule les plus petits ou les plus timides, freine les ardeurs de ceux qui envahissent trop facilement les autres.

2. La tolérance
Le groupe d’âges différents développe chez l’enfant la tolérance. Le grand doit accepter que le plus petit soit plus lent et son dessin moins élaboré. Les petits apprennent à attendre le moment juste pour faire certaines activités telle que le tricot.

3. L’égalité
Les enfants vivent l’égalité à travers les capacités de chacun.

Chaque matin l’accueil des enfants est très important, un moment est laissé à chacun pour s’exprimer. Ce temps de parole développe la confiance en soi, l’écoute de l’autre. Chaque enfant attend son tour pour parler. L’enfant élabore des phrases, structure son récit, soigne son langage.
Être écouté et écouter soi-même permet à l’enfant de construire sa personnalité.
L’enseignante doit veiller à ce que tous puissent s’exprimer et une pensée est adressée à ceux qui sont absents. Le groupe reste uni.

c. Les activités proposées

1. Le dessin

Il permet à l’enfant de représenter sa perception du monde et des formes, mais aussi sa perception de lui-même et de son vécu.
Les blocs de cire utilisés lui laissent la possibilité d’aborder la forme par le trait, les aplats et la couleur. L’enseignante laisse généralement la liberté du thème à chacun. Le dessin est en outre pour elle un moyen de connaissance de l’enfant et de son évolution.

2. Le modelage

À travers l’activité (cire, fabrication hebdomadaire de pain), l’enfant exerce sa motricité fine. Par le sens de la chaleur et du toucher qui sont ici cultivés, l’enfant apprend à se percevoir comme un tout, rempli de vie, de chaleur. Il fait l’expérience de sa limite corporelle.

3. La peinture

La technique de l’aquarelle, utilisée sur papier mouillé, permet à l’enfant de manier aisément les couleurs à l’aide de pinceau large. A travers la rencontre des trois couleurs primaires l’enfant est heureux de voir apparaître de nouvelles couleurs, s’étonne de les voir s’éclairer ou s’assombrir. Il vit intérieurement leurs différentes qualités, leurs harmonies.

4. Le chant

Il est pratiqué au quotidien, il cultive le sens musical. Il crée une enveloppe chaleureuse autour de l’enfant, dans un moment de joie partagée.

5. Les comptines et jeux de doigts

Le développement du centre cérébral du langage se fait parallèlement à celui de la motricité fine. Les comptines sont un élément de choix pour y contribuer et en accroître le potentiel, tout en exerçant les différentes sonorités de la langue.

6. La motricité

Les mouvements utilisés sont un langage visible et permettent à l’enfant de se structurer dans son corps tout en acquérant souplesse et mobilité. Sa sensibilité et sa présence au monde s’éveillent. Il apprend à mouvoir ses mains et ses pieds en imitant l’enseignante. Les mouvements sont accompagnés d’une histoire changeant au rythme mensuel.

7. Les rondes

Elles sont pratiquées quotidiennement afin d’amener l’enfant à développer ses perceptions sensorielles et ses capacités psycho-motrices.
À travers cette expérience, il prend conscience de son corps, s’en fait une image géographique intégrant ainsi peu à peu son schéma corporel. L’enfant acquiert une bonne coordination, il apprend à se repérer dans l’espace. La latéralisation se met en place.
En intégrant ainsi les trois dimensions de l’espace, l’enfant construit des bases pour une bonne orientation dans sa propre vie.
8. Les contes racontés

Les contes mettent en scène l’être humain dans sa capacité à se dépasser, à métamorphoser ses impulsions. L’enfant crée ses propres images. Il s’identifie au héros qui développe, au cours des différentes épreuves qu’il traverse, ce qu’il y a de plus humain en lui. Les contes montrent à l’enfant le sens de l’effort, éveillent ses qualités morales potentielles comme la compassion, tout en l’aidant à développer une confiance en l’avenir.
Ces contes peuvent aussi être joués, mimés, mis en musique. Son activité propre s’enrichit alors de perceptions sensorielles et l’enfant devient observateur attentif.

9. Les histoires

Elles sont pleines de vie et font appel aux différents sens de l’enfant qu’elles nourrissent. Elles se déroulent par exemple dans l’ambiance chaleureuse de la ferme. Joie et légèreté en sont les deux maîtres mots. Y sont évoquées des scènes de la vie quotidienne, proches du vécu de l’enfant.
Le temps du conte raconté ou de l’histoire est un moment privilégié pour cultiver l’écoute active, mais aussi pour enrichir et développer le langage chez l’enfant.
d. Les jeux libres et l’environnement de l’école
1. L’importance de l’environnement

Simple et naturel, vivant et chaleureux, à l’extérieur comme à l’intérieur, il favorise des expériences sensorielles variées.
En dehors des tables servant aux activités telles que le dessin, la peinture, le modelage…, les enfants peuvent accéder à une maison de poupée, un coin jeux d’eau, un grand tapis de jeux, un coin cuisine, un coin repos.
Certains éléments du mobilier peuvent être déplacés à l’occasion des jeux pour recréer de nouveaux espaces.
Des tissus de couleurs chaudes telles que l’orangé et le rouge ont été choisis pour rendre l’atmosphère plus chaleureuse.
Le coin cuisine intégré à la classe permet, outre la préparation, de percevoir les bonnes odeurs provoquées par la cuisson d’un pain ou d’une pâtisserie.
Un décor artistique sur table est créé par l’enseignant en fonction des éléments, des couleurs et de la nature de la saison.

2. Le jeu

Nous nous efforçons d’offrir aux enfants des jouets simples mais de qualité et dans des matériaux naturels tels que le bois, la laine, la soie, le coton… Certains éléments de la nature comme les pommes de pins, les marrons, les coquillages disposés dans des paniers permettent aux enfants de mettre en scène des paysages, de les transporter dans des camions, de faire la cuisine... Des jeux traditionnels tels que les jeux de construction (cubes, kapla) sont aussi à la disposition des enfants.
Un matériel de construction « grandeur nature » (échelles, planches, chaises) permet de « construire » un environnement ludique (cabanes, paysages, garages) et d’en être acteur. Ce matériel à destination multiple est propice à la création qui devient de plus en plus élaborée en fonction de l’âge des enfants. Par exemple une planche peut devenir un toboggan, un pont, une maison ; des tissus de couleurs peuvent délimités l’espace d’une cabane ou représenter les voiles d’un bateau.
L’enseignante favorise et valorise les initiatives qu’elle reconnaît en évoluant au milieu des enfants.

3. L’importance de stimuler son imagination dans le jeu libre

Après avoir vu, perçu et accueilli de l’extérieur toutes sortes de situations, l’enfant recrée spontanément à partir de sa capacité personnelle d’imitation. Il laisse libre cours à sa créativité. Il fait vivre des personnages et exprime ainsi toutes sortes d’émotions. Par exemple, il est tour à tour princesse, jardinière, papa, chien, conducteur de train… En s’identifiant à ces personnages, il développe sa personnalité et éveille sa créativité. Son imagination peut aussi rencontrer un simple morceau de bois qui devient téléphone, fer à repasser ou voiture. À travers ses expériences sensorielles, il devient actif dans tout son corps, il expérimente et développe sa pensée dans la mobilité.
L’enseignante n’intervient pas, avec des intentions pédagogiques :
Moins le jeu est déterminé, guidé ou organisé par des idées d’adultes, meilleur il est, car l’enfant est libre d’activer ses propres forces d’imagination avec les choses, et la rencontre avec les autres. Il exerce sa volonté et développe ainsi son individualité profonde.
e. Les quatre rythmes fondamentaux

L’enseignante soigne particulièrement quatre rythmes fondamentaux.
1.    Le rythme annuel

Il sécurise l’enfant en profondeur et donne du sens à son vécu. Il trouve naturellement sa place au travers des saisons, du lieu et de la découverte de la nature (jardinage, observation en milieu naturel, du grain au pain, du mouton à la laine), mais aussi lors de la préparation des fêtes qui s’y rattachent :
Automne, fête des lanternes, fête de l’Avent et Noël, fête des rois, chandeleur et carnaval, Printemps et Pâques, Été. Nous travaillons ici sur la mémoire profonde.

2. Le rythme mensuel

Il s’appuie sur la répétition et l’assimilation. C’est un « fortifiant » pour les forces de mémorisation et de croissance du jeune enfant. Chants, comptines, rondes sont répétés, métamorphosés, pendant trois à quatre semaines.

3. Le rythme hebdomadaire

Il est marqué par l’activité, chaque jour différente, que propose la jardinière (par exemple lundi : peinture, mardi : modelage, jeudi : pain, vendredi : motricité)
L’enfant se lie, grâce à ses repères vivants, au jour qui trouve un caractère propre et régulier. Cette répétition permet un rapport objectif de l’enfant à l’activité et au vécu. Il ne se perd pas dans ses changements d’humeur : je n’ai pas envie, j’ai envie, j’aime, je n’aime pas…

4. Le rythme journalier

Il permet au jeune enfant d’acquérir une sécurité de base. La vie du groupe s’organise dans un rythme de concentration, détente.

Les activités individuelles créent une respiration avec les activités du groupe. Les activités dirigées par l’enseignante alternent avec les activités libres : peinture, ronde, etc. Elles saisissent le groupe dans sa globalité, après la détente des jeux libres et imaginatifs.
Les activités extérieures (jeux d’eau et de sable, promenades, jardinages) succèdent aux activités intérieures :
Les rondes, les histoires mimées demandant l’activité de la parole, du mouvement dans l’espace, alternent avec des séquences d’écoute (histoires, contes, marionnettes) ;
Les comptines, les jeux de doigts, le modelage, développant la motricité fine et la concentration, répondent aux grands jeux de sable, de pétrissage de pâte à pain ou à tarte, etc.

Le repas pris de façon conviviale autour de l’enseignante est suivi de la sieste où le sommeil de chacun est respecté. C’est un moment de repos qui aide à l’intégration du vécu de la matinée.

Ces différents espaces sont ainsi crées pour le bien-être de l’enfant et le respect de son rythme individuel. L’enseignante est à l’écoute des exigences liées au développement de l’enfant. Le rythme de concentration-détente donne la possibilité à l’enfant de trouver un équilibre, de gérer ses forces de volonté et d’activité.
Le rythme journalier lui permet de se saisir de son individualité naissante. Étant acquis, il devient autorité en soi.
Cette sécurité objective qui se développe au travers des différents rythmes permet à l’enfant de se saisir de ses propres forces et capacités. Il acquiert l’autonomie dans le temps, la première étape vers la liberté.

3. Harmonisation de l’éducation des enfants entre parents et professeurs

Sur la base de l’observation phénoménologique de l’enfant, des rencontres individuelles ont lieu entre parents et professeurs au moins 1 fois / an (ou sur simple demande d’une partie concernée)
Une réunion collective (parents/professeurs) se déroule toutes les six semaines environ (une entre chaque vacances) où un thème pédagogique (à préciser avant) et un  « bilan général » des activités pédagogiques en cours sont exposés ; toutes les questions préoccupant les parents peuvent être abordées.
Un bulletin sera remis à la fin de l’année scolaire aux parents dans lequel un « tableau » dépeint le mouvement de l’évolution de l’enfant pendant la vie scolaire écoulée (pas encore mis en place).
Un poème individuel, destiné à l’enfant, fruit de l’observation de l’enfant. Les parents lui lisent l’été. Ce poème reflète des éléments importants pour son développement (1 fois par semaine, l’enfant le récite en classe).
Il est demandé aux parents de prendre connaissance de « la Capucine du Je Dis » qui concerne la vie de l’école (parution le jeudi tous les 15 jours). Elle est envoyée par courriel.
Un livret d’accueil est remis, au tout début de l’année scolaire, aux parents avec le projet d’établissement, le projet pédagogique, le règlement intérieur.

4. Conclusion


Au cours de ces trois années, la richesse des expériences vécues dans le groupe permet à l’enfant de trouver ou de construire la confiance en lui et en ses propres capacités, sous le regard de l’enseignante qui l’accompagne et tisse avec lui une relation pédagogique adaptée à sa situation particulière.
L’enfant apprend à développer une stabilité intérieure, une sûreté. Fort de cette confiance, moteur de la vie sociale, il peut rencontrer les autres et exercer sa créativité.
Il a maintenant une maturité physique et émotionnelle suffisante pour aborder les acquisitions conceptuelles.