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lundi 25 mars 2013

L'école autrement - Une méthode Freinet (vidéo)



En France, chaque enseignant est libre d'appliquer la méthode pédagogique de son choix. "L'école autrement" trace les contours actuels de l'innovation pédagogique en s'intéressant à huit expériences différentes, portées par huit enseignants pour qui l'apprentissage est l'objet d'une recherche constante. Les méthodes expérimentées ont des bases communes : mettre les enfants sur la voie du savoir en les laissant le découvrir par eux-mêmes, inscrire la classe dans la continuité de la vie en l'ouvrant sur l'extérieur, permettre aux enfants d'accéder à leur sensibilité, à leur subjectivité, à leur individualité.

mercredi 13 février 2013

Isabelle Peloux : engagée pour une autre éducation



FemininBio a rencontré Isabelle Peloux qui dirige l'école du Colibris au sein des Amanins, lieu pionnier et autonme dans la drôme. 


Voir aussi: séjour aux Amanins


vendredi 8 février 2013

L’école maternelle ou l’apprentissage de la vie

Source


Comment ça se passe en maternelle dans une école Steiner-Waldorf ? L’école des Capucines (35770 Vern/Seiche) propose cet article sur son blog.

Les enfants sont répartis dans deux groupes d’âges mélangés : un de 2 ans à 3 ans et un autre de 3 ans à 6 ans. Trois objectifs sont visés au travers de l’éducation proposée. Ils se construisent par étapes, répondant à la nature même du développement de l’enfant :
Permettre au futur adulte d’accéder à la liberté dans son corps, dans ses sentiments et dans sa pensée ;
Éduquer à partir de l’égalité, en offrant à chaque enfant la possibilité d’un développement global, suivant son rythme, son individualité, en tenant compte des différences de chacun ;
Éveiller à la fraternité par une vie sociale riche.

1. Les cinq grands axes qui forment nos moyens pédagogiques

a. L’enseignante
Elle est une référence, un soutien solide donnant à l’enfant la possibilité d’une entrée sereine dans la vie sociale et dans le partage. Elle suit les enfants durant ces trois années. À l’écoute du groupe et de l’individu, c’est elle qui guide l’enfant dans ses expériences à travers diverses activités ; ce qui permet l’émergence de deux principes éducatifs : l’imitation et l’émulation des petits par les grands.


b. Le regroupement d’enfants d’âges différents
 
Cela offre les moyens de travailler sur l’égalité (selon les capacités et l’âge de chacun) et faire vivre la fraternité entre eux.

c. La manière de se lier aux activités proposées
Dessin, modelage, peinture, chants, comptines, motricité, rondes, contes (racontés, joués, mimés, mis en musique), donne à l’enfant des bases sûres dans ses repères spatiaux, et un enrichissement conceptuel par l’élargissement du langage oral.

d. Le lieu
L’environnement simple et naturel favorise les expériences sensorielles variées et permet à l’enfant de prendre possession de son corps et d’en exercer les facultés.
 Au centre de la vie de l’école, le jeu libre, à l’intérieur duquel l’enfant expérimente, imagine, recrée ce qu’il accueille en lui par ses sens, est un facteur essentiel et privilégié du développement de l’individualité.

e. Les quatre rythmes fondamentaux
L’enseignante soigne les quatre rythmes fondamentaux (annuel, mensuel, hebdomadaire et journalier), ainsi l’enfant acquiert une sécurité de base qui l’amène à se situer progressivement dans le temps. Le rythme donne la possibilité à chacun de se saisir de ses propres forces et capacités.
Au cours de ces trois années, l’enfant construit, par l’expérience, des bases et des structures solides sur lesquelles viendront prendre appui les acquisitions conceptuelles ultérieures.

2. Moyens mis en œuvre dans chacun de ces axes

a. Une transition entre le milieu familial et l’école
Les enfants restent avec la même enseignante durant une à trois années, suivant leur âge d’entrée à l’école.
Elle est une référence et grâce à ce temps qui lui est donné, un réel climat de confiance peut s’établir entre elle et l’enfant.
Elle est aussi une référence pour les parents. Le dialogue avec les familles est lui aussi facilité grâce au facteur de durée. Un premier entretien a lieu avant l’inscription de l’enfant, avec les parents, l’enfant et l’enseignante pour faire « connaissance ». L’histoire de l’enfant, ses goûts, son tempérament, ses difficultés sont alors évoqués. Une relation de confiance s’établit entre parents et enseignant et de réels échanges peuvent avoir lieu. Des conseils éducatifs peuvent être échangés lors de ces entretiens pour aider les familles.
Les enseignants jouent un rôle important dans la détection des déficiences éventuelles et dans la prévention des handicaps et peuvent évaluer les progrès ou les difficultés dans la durée. Ils peuvent stimuler l’enfant à travers les différentes activités proposées.

b. Les groupes d’âges différents
Les groupes d’âge différents donnent la possibilité d’aider l’enfant sans qu’il subisse de pression trop forte. Les petits sont stimulés par les plus grands, cela permet à ceux qui ont des difficultés d’aller à leur rythme, sans qu’ils soient enfermés par le jugement des autres enfants.

1. La socialisation
L’enseignante est là pour harmoniser la socialisation de l’enfant. Elle stimule les plus petits ou les plus timides, freine les ardeurs de ceux qui envahissent trop facilement les autres.

2. La tolérance
Le groupe d’âges différents développe chez l’enfant la tolérance. Le grand doit accepter que le plus petit soit plus lent et son dessin moins élaboré. Les petits apprennent à attendre le moment juste pour faire certaines activités telle que le tricot.

3. L’égalité
Les enfants vivent l’égalité à travers les capacités de chacun.

Chaque matin l’accueil des enfants est très important, un moment est laissé à chacun pour s’exprimer. Ce temps de parole développe la confiance en soi, l’écoute de l’autre. Chaque enfant attend son tour pour parler. L’enfant élabore des phrases, structure son récit, soigne son langage.
Être écouté et écouter soi-même permet à l’enfant de construire sa personnalité.
L’enseignante doit veiller à ce que tous puissent s’exprimer et une pensée est adressée à ceux qui sont absents. Le groupe reste uni.

c. Les activités proposées

1. Le dessin

Il permet à l’enfant de représenter sa perception du monde et des formes, mais aussi sa perception de lui-même et de son vécu.
Les blocs de cire utilisés lui laissent la possibilité d’aborder la forme par le trait, les aplats et la couleur. L’enseignante laisse généralement la liberté du thème à chacun. Le dessin est en outre pour elle un moyen de connaissance de l’enfant et de son évolution.

2. Le modelage

À travers l’activité (cire, fabrication hebdomadaire de pain), l’enfant exerce sa motricité fine. Par le sens de la chaleur et du toucher qui sont ici cultivés, l’enfant apprend à se percevoir comme un tout, rempli de vie, de chaleur. Il fait l’expérience de sa limite corporelle.

3. La peinture

La technique de l’aquarelle, utilisée sur papier mouillé, permet à l’enfant de manier aisément les couleurs à l’aide de pinceau large. A travers la rencontre des trois couleurs primaires l’enfant est heureux de voir apparaître de nouvelles couleurs, s’étonne de les voir s’éclairer ou s’assombrir. Il vit intérieurement leurs différentes qualités, leurs harmonies.

4. Le chant

Il est pratiqué au quotidien, il cultive le sens musical. Il crée une enveloppe chaleureuse autour de l’enfant, dans un moment de joie partagée.

5. Les comptines et jeux de doigts

Le développement du centre cérébral du langage se fait parallèlement à celui de la motricité fine. Les comptines sont un élément de choix pour y contribuer et en accroître le potentiel, tout en exerçant les différentes sonorités de la langue.

6. La motricité

Les mouvements utilisés sont un langage visible et permettent à l’enfant de se structurer dans son corps tout en acquérant souplesse et mobilité. Sa sensibilité et sa présence au monde s’éveillent. Il apprend à mouvoir ses mains et ses pieds en imitant l’enseignante. Les mouvements sont accompagnés d’une histoire changeant au rythme mensuel.

7. Les rondes

Elles sont pratiquées quotidiennement afin d’amener l’enfant à développer ses perceptions sensorielles et ses capacités psycho-motrices.
À travers cette expérience, il prend conscience de son corps, s’en fait une image géographique intégrant ainsi peu à peu son schéma corporel. L’enfant acquiert une bonne coordination, il apprend à se repérer dans l’espace. La latéralisation se met en place.
En intégrant ainsi les trois dimensions de l’espace, l’enfant construit des bases pour une bonne orientation dans sa propre vie.
8. Les contes racontés

Les contes mettent en scène l’être humain dans sa capacité à se dépasser, à métamorphoser ses impulsions. L’enfant crée ses propres images. Il s’identifie au héros qui développe, au cours des différentes épreuves qu’il traverse, ce qu’il y a de plus humain en lui. Les contes montrent à l’enfant le sens de l’effort, éveillent ses qualités morales potentielles comme la compassion, tout en l’aidant à développer une confiance en l’avenir.
Ces contes peuvent aussi être joués, mimés, mis en musique. Son activité propre s’enrichit alors de perceptions sensorielles et l’enfant devient observateur attentif.

9. Les histoires

Elles sont pleines de vie et font appel aux différents sens de l’enfant qu’elles nourrissent. Elles se déroulent par exemple dans l’ambiance chaleureuse de la ferme. Joie et légèreté en sont les deux maîtres mots. Y sont évoquées des scènes de la vie quotidienne, proches du vécu de l’enfant.
Le temps du conte raconté ou de l’histoire est un moment privilégié pour cultiver l’écoute active, mais aussi pour enrichir et développer le langage chez l’enfant.
d. Les jeux libres et l’environnement de l’école
1. L’importance de l’environnement

Simple et naturel, vivant et chaleureux, à l’extérieur comme à l’intérieur, il favorise des expériences sensorielles variées.
En dehors des tables servant aux activités telles que le dessin, la peinture, le modelage…, les enfants peuvent accéder à une maison de poupée, un coin jeux d’eau, un grand tapis de jeux, un coin cuisine, un coin repos.
Certains éléments du mobilier peuvent être déplacés à l’occasion des jeux pour recréer de nouveaux espaces.
Des tissus de couleurs chaudes telles que l’orangé et le rouge ont été choisis pour rendre l’atmosphère plus chaleureuse.
Le coin cuisine intégré à la classe permet, outre la préparation, de percevoir les bonnes odeurs provoquées par la cuisson d’un pain ou d’une pâtisserie.
Un décor artistique sur table est créé par l’enseignant en fonction des éléments, des couleurs et de la nature de la saison.

2. Le jeu

Nous nous efforçons d’offrir aux enfants des jouets simples mais de qualité et dans des matériaux naturels tels que le bois, la laine, la soie, le coton… Certains éléments de la nature comme les pommes de pins, les marrons, les coquillages disposés dans des paniers permettent aux enfants de mettre en scène des paysages, de les transporter dans des camions, de faire la cuisine... Des jeux traditionnels tels que les jeux de construction (cubes, kapla) sont aussi à la disposition des enfants.
Un matériel de construction « grandeur nature » (échelles, planches, chaises) permet de « construire » un environnement ludique (cabanes, paysages, garages) et d’en être acteur. Ce matériel à destination multiple est propice à la création qui devient de plus en plus élaborée en fonction de l’âge des enfants. Par exemple une planche peut devenir un toboggan, un pont, une maison ; des tissus de couleurs peuvent délimités l’espace d’une cabane ou représenter les voiles d’un bateau.
L’enseignante favorise et valorise les initiatives qu’elle reconnaît en évoluant au milieu des enfants.

3. L’importance de stimuler son imagination dans le jeu libre

Après avoir vu, perçu et accueilli de l’extérieur toutes sortes de situations, l’enfant recrée spontanément à partir de sa capacité personnelle d’imitation. Il laisse libre cours à sa créativité. Il fait vivre des personnages et exprime ainsi toutes sortes d’émotions. Par exemple, il est tour à tour princesse, jardinière, papa, chien, conducteur de train… En s’identifiant à ces personnages, il développe sa personnalité et éveille sa créativité. Son imagination peut aussi rencontrer un simple morceau de bois qui devient téléphone, fer à repasser ou voiture. À travers ses expériences sensorielles, il devient actif dans tout son corps, il expérimente et développe sa pensée dans la mobilité.
L’enseignante n’intervient pas, avec des intentions pédagogiques :
Moins le jeu est déterminé, guidé ou organisé par des idées d’adultes, meilleur il est, car l’enfant est libre d’activer ses propres forces d’imagination avec les choses, et la rencontre avec les autres. Il exerce sa volonté et développe ainsi son individualité profonde.
e. Les quatre rythmes fondamentaux

L’enseignante soigne particulièrement quatre rythmes fondamentaux.
1.    Le rythme annuel

Il sécurise l’enfant en profondeur et donne du sens à son vécu. Il trouve naturellement sa place au travers des saisons, du lieu et de la découverte de la nature (jardinage, observation en milieu naturel, du grain au pain, du mouton à la laine), mais aussi lors de la préparation des fêtes qui s’y rattachent :
Automne, fête des lanternes, fête de l’Avent et Noël, fête des rois, chandeleur et carnaval, Printemps et Pâques, Été. Nous travaillons ici sur la mémoire profonde.

2. Le rythme mensuel

Il s’appuie sur la répétition et l’assimilation. C’est un « fortifiant » pour les forces de mémorisation et de croissance du jeune enfant. Chants, comptines, rondes sont répétés, métamorphosés, pendant trois à quatre semaines.

3. Le rythme hebdomadaire

Il est marqué par l’activité, chaque jour différente, que propose la jardinière (par exemple lundi : peinture, mardi : modelage, jeudi : pain, vendredi : motricité)
L’enfant se lie, grâce à ses repères vivants, au jour qui trouve un caractère propre et régulier. Cette répétition permet un rapport objectif de l’enfant à l’activité et au vécu. Il ne se perd pas dans ses changements d’humeur : je n’ai pas envie, j’ai envie, j’aime, je n’aime pas…

4. Le rythme journalier

Il permet au jeune enfant d’acquérir une sécurité de base. La vie du groupe s’organise dans un rythme de concentration, détente.

Les activités individuelles créent une respiration avec les activités du groupe. Les activités dirigées par l’enseignante alternent avec les activités libres : peinture, ronde, etc. Elles saisissent le groupe dans sa globalité, après la détente des jeux libres et imaginatifs.
Les activités extérieures (jeux d’eau et de sable, promenades, jardinages) succèdent aux activités intérieures :
Les rondes, les histoires mimées demandant l’activité de la parole, du mouvement dans l’espace, alternent avec des séquences d’écoute (histoires, contes, marionnettes) ;
Les comptines, les jeux de doigts, le modelage, développant la motricité fine et la concentration, répondent aux grands jeux de sable, de pétrissage de pâte à pain ou à tarte, etc.

Le repas pris de façon conviviale autour de l’enseignante est suivi de la sieste où le sommeil de chacun est respecté. C’est un moment de repos qui aide à l’intégration du vécu de la matinée.

Ces différents espaces sont ainsi crées pour le bien-être de l’enfant et le respect de son rythme individuel. L’enseignante est à l’écoute des exigences liées au développement de l’enfant. Le rythme de concentration-détente donne la possibilité à l’enfant de trouver un équilibre, de gérer ses forces de volonté et d’activité.
Le rythme journalier lui permet de se saisir de son individualité naissante. Étant acquis, il devient autorité en soi.
Cette sécurité objective qui se développe au travers des différents rythmes permet à l’enfant de se saisir de ses propres forces et capacités. Il acquiert l’autonomie dans le temps, la première étape vers la liberté.

3. Harmonisation de l’éducation des enfants entre parents et professeurs

Sur la base de l’observation phénoménologique de l’enfant, des rencontres individuelles ont lieu entre parents et professeurs au moins 1 fois / an (ou sur simple demande d’une partie concernée)
Une réunion collective (parents/professeurs) se déroule toutes les six semaines environ (une entre chaque vacances) où un thème pédagogique (à préciser avant) et un  « bilan général » des activités pédagogiques en cours sont exposés ; toutes les questions préoccupant les parents peuvent être abordées.
Un bulletin sera remis à la fin de l’année scolaire aux parents dans lequel un « tableau » dépeint le mouvement de l’évolution de l’enfant pendant la vie scolaire écoulée (pas encore mis en place).
Un poème individuel, destiné à l’enfant, fruit de l’observation de l’enfant. Les parents lui lisent l’été. Ce poème reflète des éléments importants pour son développement (1 fois par semaine, l’enfant le récite en classe).
Il est demandé aux parents de prendre connaissance de « la Capucine du Je Dis » qui concerne la vie de l’école (parution le jeudi tous les 15 jours). Elle est envoyée par courriel.
Un livret d’accueil est remis, au tout début de l’année scolaire, aux parents avec le projet d’établissement, le projet pédagogique, le règlement intérieur.

4. Conclusion


Au cours de ces trois années, la richesse des expériences vécues dans le groupe permet à l’enfant de trouver ou de construire la confiance en lui et en ses propres capacités, sous le regard de l’enseignante qui l’accompagne et tisse avec lui une relation pédagogique adaptée à sa situation particulière.
L’enfant apprend à développer une stabilité intérieure, une sûreté. Fort de cette confiance, moteur de la vie sociale, il peut rencontrer les autres et exercer sa créativité.
Il a maintenant une maturité physique et émotionnelle suffisante pour aborder les acquisitions conceptuelles.

mardi 22 janvier 2013

Charles Caouette: des êtres humains autonomes, libres, conscients et engagés, responsables de leur vie



Écrit par: Michel Mougenot - Saint Jérôme (Québec), décembre 2003 -  Source : Harmonie Terre

« Charles Caouette, avant tout grand humaniste, est professeur en psychologie de l'éducation à l'Université de Montréal. Conférencier très recherché, il est reconnu internationalement pour ses travaux et ses positions sur l'enfance inadaptée, le décrochage, l'éducation en milieu défavorisé et, enfin, le mouvement alternatif en éducation. En 1974, il fondait l'école alternative Jonathan, pionnière des écoles publiques alternatives au Québec. »

De plus en plus de parents et d'enseignants se questionnent sur les enjeux et le devenir de l'éducation. En quoi le système éducatif alternatif saura répondre plus adéquatement aux besoins et aux aspirations des familles qui ont choisi cette voie plutôt que le circuit traditionnel ?

C'est sur ce thème qu'est intervenu Charles Caouette à la Fourmilière samedi 26 novembre 2003 en matinée, au cours d'une conférence unanimement appréciée par l'assistance. Avec beaucoup d'humour, il a su captiver son auditoire et a confirmé sa réputation de grand conférencier en s'aidant d'une estrade pour compenser sa modeste taille.

Soulignant d'entrée les besoins de réalisation psychologique de chaque individu : trouver et donner un sens à sa vie, rechercher un sentiment profond et stable d'unité intérieure, se sentir en relation et en harmonie avec les autres hommes, il précise que l'école, loin de répondre à ces besoins de transcendance (ce qui devrait pourtant être sa vocation) les occultent et pousse plutôt les jeunes soit au décrochage, soit à la résignation. Rapports artificiels d'individualisme, de compétition, voire d'intolérance relative, exclusion, marginalisation... Ce manque de vision globale dont l'école fait preuve, traduit une philosophie incohérente et une absence de regard critique sur les bouleversements actuels de la société, ce qui entraîne des réponses inadéquates aux défis auxquels elle est confrontée.

Le Québec détient le triste record des pays développés de suicide chez les jeunes, le taux alarmant de décrochage scolaire (50% d'abandon avant le sec.V, 30% du personnel enseignant frappé de découragement) remettent particulièrement le système pédagogique actuel en cause, car il s'appuie sur l'uniformisation de l'éducation, l'indifférenciation des individus et créé un fort sentiment d'anonymat et de dépersonnalisation chez les jeunes.

Le type d'évaluation actuel des élèves, tel qu'il est appliqué dans les établissements publics traditionnels, entretient l'illusion que le contenu est acquit durablement, alors qu'il est largement reconnu que ces connaissances sont fixées très peu de temps dans la mémoire à court terme des élèves, avant d'être oubliées rapidement en grande partie.

Il faudrait, pour qu'une pédagogie appliquée soit efficace, que les enseignants s'adaptent aux cycles naturels d'apprentissage des enfants et non l'inverse qui consiste actuellement à essayer de programmer, de formater les enfants en leurs imposant une discipline d'apprentissage contraignante, un environnement inadapté à leurs besoins qui étouffe leur créativité et leur spontanéité. Mais, pour les enseignants, c'est peut être déconcertant, voire déstabilisant de remettre leurs pratiques et leurs certitudes en cause, d'accepter d'introduire une part d'improvisation, de lâcher prise pour leur permettre d'observer les enfants plutôt que les diriger, car ce processus ne suit pas forcément la logique linéaire et rigide du programme scolaire établi, ni du mode d'évaluation du système pédagogique classique, c'est une des raisons principales qui font que le statu quo est si durable face aux causes du problème qui sont pourtant clairement identifiées.

Pour le conférencier, la multiplication des réformes ne fait que tranquilliser le législateur sans pour autant s'attaquer à l'essentiel du problème : c'est à l'application de nouvelles valeurs, de nouvelles attitudes que l'école et plus particulièrement le système éducatif doit s'attacher à instaurer et promouvoir.

Se servant de la parabole des dominos, selon laquelle il suffit de mettre la première pièce en mouvement pour que les autres enchaînent l'action, le conférencier estime que les Êtres humains doivent se relever, se tenir debout, chaque effort sera important et nécessaire afin de faire évoluer la situation

La mission de l'éducation devrait être consacrée à la formation d'être humains autonomes, libres, conscients et engagés, responsables de leur vie et non pas seulement orientée vers les seuls besoins immédiats de l'industrie et du marché de l'emploi, comme c'est trop souvent le cas, malheureusement. Et ce désir de vouloir changer la société pour un monde meilleur n'est pas plus du domaine de l'utopie, que la volonté de vouloir conserver celle-ci dans l'état actuel de crainte, d'injustice qui gouverne les relations entre les humains !

Dans le monde, beaucoup de jeunes se cherchent une mission, ce qui peut amener ceux-ci à s'investir dans des causes parfois extrêmes. Les adolescents ressentent avec une intensité particulière ce sentiment et souvent, leurs révoltes constituent l'expression d'un puissant désir de participer à la construction de leur société. Cette manière de s'affirmer témoigne de leur besoin de communiquer coûte que coûte, de prendre la place qui doit leur être réservée. C'est dans un tel contexte de carences d'idéaux, de manque de projets de société, que s'insère le quotidien des jeunes générations actuelles, aggravé par un certain fatalisme cynique ambiant, de plus en plus astreint à la logique implacable de la rentabilité immédiate.

Dans ce domaine, l'école alternative représente la réponse idéale. Elle s'adapte avec beaucoup plus de souplesse au contexte éducatif elle personnalise l'intervention en étant davantage centrée sur l'enfant, elle favorise l'initiative et la créativité, suscite la motivation intrinsèque et l'intégration des savoirs.

Les écoles alternatives favorisent l'autonomie tout en soulignant les responsabilités individuelles et collectives de l'élève au sein de la communauté et le prépare à la nécessité de cohérence et de planification qui doit caractériser ses actions. Le but ultime de leur mandat n'est pas seulement de faire de nos enfants des consommateurs satisfaits et quelques peu silencieux du système dans un proche avenir, mais au contraire de devenir les bâtisseurs d'une nouvelle société, celle-là même qui saura s'approprier le pouvoir collectif qu'il est urgent d'exercer ici et maintenant, sans plus attendre.

Les écoles alternatives qui sont intégrées au système public d'éducation ne doivent pas se fondre dans l'ensemble, mais au contraire cultiver leurs différences : en entretenant leur caractère spécifique elles se doivent, au contraire, d'être dérangeantes afin de susciter le questionnement et la prise de conscience à tous les niveaux du système pédagogique.

Il est sans doute pertinent de se questionner sur la nature de nos relations avec nos enfants et sur les priorités des besoins communs favorables à une croissance harmonieuse : l'absence de relations significatives entre jeunes et adultes et entre adultes eux-mêmes, la poursuite effrénée du bien être matériel responsable de l'éclatement d'une certaine stabilité de la cellule familiale n'a t'elle pas lentement provoqué une carence de communication et une dangereuse perte de contact affectif ?

Il est de l'intérêt des adultes de prendre en charge leur destinée et de ne plus laisser les autres individus prendre les décisions à leur place (M. Caouette a cité les taux préoccupants de participation aux dernières élections scolaires) il est d'autant plus urgent pour les parents responsables de montrer l'exemple d'adultes cohérents, critiques, attentifs et toujours prêts à s'investir pour une bonne cause dans la société, dans le domaine communautaire ou humanitaire.

En résumé, pour responsabiliser un enfant, il faut lui laisser une réelle autonomie, en lui permettant d'expérimenter et de maîtriser les responsabilités, les droits et les devoirs qu'implique cette autonomie. L'ouverture aux autres cultures et société, l'implication pour la solidarité la justice et la paix dans le monde sont des idéaux que devrait soutenir l'école, et à plus forte raison les établissements alternatifs qui se doivent d'être les pionniers de toutes initiatives dans ce domaine... Nous avons, nous adultes, la responsabilité d'engagement et d'exemple à suivre !

Comme le dit Charles Caouette, ne nous privons pas d'un geste en pensant qu'il sera trop dérisoire pour être significatif ; pensons au domino et rêvons d'être ceux par qui viendra le changement.

Charles Caouette est l'auteur de « Si on parlait d'éducation. Pour un nouveau projet de société» (Montréal, VLB Éditeur, 1992.), et « Éduquer pour la vie !» Montréal, Éditions Écosociété, 1997, 171p.

mardi 15 janvier 2013

La ferme école du village des Plateaux



Le Village des Plateaux est une structure d’accueil d’enfants en difficulté scolaire. Sa fondatrice, Christine Paturel, était auparavant enseignante et directrice d’école dans l’Enseignement catholique. Elle a décidé, à l’âge de la retraite, d’accueillir avec son mari des enfants en difficulté scolaire. Depuis 2001, elle a fait de leur domicile une maison d’accueil. C’est une école hors contrat, sous forme associative, qui fonctionne grâce à une quarantaine de personnes bénévoles. L’objectif est de permettre à des enfants, perturbés psychologiquement et affectivement, de trouver un équilibre qui leur permette de réintégrer un cursus scolaire normal. Cette école accueille actuellement 24 enfants : 10 en primaire, 12 en collège et 2 en terminale. Depuis sa création, cette école a ainsi assuré la réinsertion de plus de 90 enfants.
Une interview de Christine Paturel, fondatrice de cette ferme école pour le blog de la Liberté Scolaire.

Le blog de la liberté scolaire : Voilà 10 ans que vous avez fondé le village des plateaux. Quel était votre souhait alors que vous quittiez une vie professionnelle de directrice d’école de l’Enseignement catholique sous contrat ?
Christine Paturel : J’ai tellement vu dans ma carrière de jeunes ayant des capacités intellectuelles, mis à l’écart ou orientés dans des institutions spécialisées, telles que les IME ou IMP, tout simplement parce que le système scolaire qui leur était proposé ne leur convenait pas ! L’on a vite fait de poser des jugements ou de mettre des étiquettes sur des enfants en échec scolaire qui ne correspondent pas à la norme ou ne sont pas sur des rails. J’ai tellement souffert de cet état que j’avais dit que lorsque je serais à la retraite, je monterai une structure qui permettrait à des jeunes de reprendre confiance en eux et en m’adaptant à eux et non eux à moi. Et c’est ce que nous avons fait avec mon mari en ouvrant notre maison et en accueillant des jeunes en échec scolaire. Depuis 10 ans, 94 jeunes sont repartis vers un avenir serein. Nous avons surtout accueilli des jeunes de familles peu aisées et qui ne savaient pas ce que voulait dire « aimer ».

Vous avez su mobiliser de nombreux bénévoles autour de vous. Beaucoup d’entre eux apportent non seulement leur bonne volonté mais aussi des compétences éducatives. Comment avez-vous constitué cette équipe éducative ?
Je crois que pour motiver des personnes à venir partager un projet comme le nôtre, il faut rester soi-même, être simple, et surtout être authentique. Il faut croire à ce que l’on fait et aimer partager. Avoir beaucoup d’enthousiasme, être avec les personnes, montrer l’exemple, dynamiser son équipe, leur faire confiance, leur dire et leur montrer qu’on a besoin d’eux. Les gens ne se trompent pas sur les intentions de celui qui demande. On est heureux quand on vient vous demander quelque chose, on est heureux que l’on ait besoin de nous, c’est valorisant. Ainsi, petit à petit, nous avons eu beaucoup de bénévoles et pu constituer une équipe.

Vous « remettez sur les rails » les enfants qui vous sont confiés. Sur quelle pédagogie originale vous appuyez-vous ?
Nous n’avons pas une pédagogie très originale mais nous essayons surtout de connaître chacun et de nous adapter à lui. Nous pratiquons beaucoup la « pédagogie de la réussite, encourageant le jeune dans tout ce qu’il fait, en lui donnant la possibilité de se tromper, en croyant en lui, en valorisant ses réussites, en créant un climat de confiance, de chaleur, de joie, de patience, en reconnaissant l’enfant tel qu’il est, en favorisant sa créativité, en s’adaptant à son rythme, en pratiquant des activités transversales : musique, théâtre, jardinage, élevage, peinture, cuisine, couture, sport.
En réalité, pour aider les jeunes à sortir de leur échec, nous n’avons pas de recette mais nous avons une clé, la seule capable d’ouvrir toutes les portes, c’est la clé de l’Amour, non l’amour qui vient de nous mais l’Amour qui coule en nous, l’Amour par lequel nous existons. C’est la seule clé qui permet de dépasser leurs peurs et leurs échecs. Les programmes pédagogiques sont les mêmes que ceux de l’Education Nationale mais ils sont transversaux et investissent les jeunes dans la découverte des cycles du vivant. Ils leur enseignent que tout est relié. Nous nous inspirons de Freinet, Montessori, Lagaranderie mais tout est personnalisé en fonction de chacun.

Vous venez d’inaugurer la « ferme école du Village des plateaux ». Pourquoi cette dénomination ?
Avant tout, le village des Plateaux voudrait être un village solidaire où jeunes et ainés se côtoient et s’apportent mutuellement. Et pour poursuivre le projet, ça serait un quartier pour les ainés, un quartier pour les adultes eux aussi blessés par la vie.
Pourquoi la « ferme école » ? Nous pensons que la ferme est un lieu d’ancrage privilégié avec la réalité. Replacer au cœur d’un lieu vivant les apprentissages théoriques et pratiques offre aux jeunes de s’épanouir pleinement. La ferme propose le développement en parallèle « de la tête, des mains et du cœur ». Des ateliers quotidiens permettent l’acquisition de compétences manuelles et artisanales qui contribuent efficacement au développement du cerveau. Puis, c’est dans la participation à un projet que le jeune apprend à être responsable. Et, investir le jeune de responsabilités est le seul moyen de lui redonner le sens de l’effort. Outre la confiance en soi, la présence d’animaux apprend aux jeunes à gérer ses émotions. L’animal est le point d’appui idéal pour établir un nouveau mode de relation avec l’adulte.
A travers une pédagogie active fondée sur la confiance en lien avec la nature, les jeunes se reconstruisent. Et c’est bien l’école de la vie, une vie d’école au sein d’une ferme.

Le site de la ferme école : http://villagedesplateaux.voila.net

Le jardin potager du Village des Plateaux

lundi 7 janvier 2013

Séminaire créateurs d'école Steiner: 01-02 février, Chatou



Les intentions de créations d’écoles Steiner-Waldorf  sont de plus en plus nombreuses et vous êtes près de 10 initiatives à avoir démarré ou à vouloir réellement concrétiser un projet.

De ce fait, le séminaire Créateurs d’écoles prend une nouvelle forme : il s’adresse avant tout directement aux porteurs de ces 10 initiatives pour les aider à concrétiser à court terme leur impulsion.

Nous placerons au cœur de nos échanges et dans le cadre d’ateliers pratiques, les préoccupations particulières de ces initiatives. Nous avons par ailleurs invité un responsable de la Fondation pour l’école pour évoquer les conditions juridiques, administratives et financières associées à toute création d’école.

Le séminaire Créateurs d’écoles 2013 reste naturellement ouvert à toute personne envisageant une création d’école sans en avoir défini encore les contours ; l’étude de situations concrètes est toujours profitable  et peut contribuer à nourrir un projet encore au stade de la réflexion.

Lieu :
École Perceval
5, avenue d’Éprémesnil
78400 Chatou

Horaires :
Du vendredi 01 février à 18h30 au samedi 02 février à 18h

federation@steiner-waldorf.org
www.steiner-waldorf.org

samedi 5 janvier 2013

Célestin Freinet: Pédagogie et émancipation (livre)



"Lorsqu'on nous demande : Quelle est la ligne de notre Mouvement ?, nous devrions sans doute répondre : nous sommes le mouvement qui déplace les lignes." Formule de Freinet longtemps en exergue de la revue L'Éducateur.

Henri Peyronie, Célestin Freinet: Pédagogie et émancipation. 1999. Ed. Hachette 


Lorsqu'on parle de pédagogie coopérative, c'est Célestin Freinet qu'on présente comme figure de proue. Freinet, gravement blessé aux poumons lors de guerre de 1914-1918, a donné les raisons qui l'ont à l'origine poussé à une pratique dans laquelle, l'enseignant ne tient pas la première place dans la relation pédagogique, mais remplit le rôle du facilitateur, du médiateur, de celui qui organise les conditions favorables à l'apprentissage. Dans cette démarche, c'est l'apprenant qui devient le centre du processus d'apprentissage.

Freinet raconte :
"Quand je suis revenu de la guerre 14-18, j'avais été assez sérieusement blessé et, notamment, je ne pouvais pas parler longtemps, surtout pas dans une salle de classe. Lorsque vous êtes en train d'expliquer quelque chose : "Tu vois, mon petit, ça c'est…", un gosse laisse tomber un crayon, donc il vous interrompt. Vous reprenez le fil et puis il y en a un autre qui fait taper sa table. "Ah ! tu n'as pas fini de nous embêter ?" Alors on reprend et c'est un autre encore (...) Bien souvent, ils le font même exprès de trouver une occasion pour un peu se dégourdir les jambes et les bras. Lorsque j'avais parlé pendant dix minutes, un quart d'heure, comme cela je n'en pouvais plus. Et alors, j'ai cherché des solutions : ou bien je quittais l'enseignement à ce moment-là, ou bien je trouvais d'autres techniques de travail qui m'auraient permis de faire ma classe de façon intelligente, efficiente aussi, de m'intéresser à ma classe mais que je puisse tenir le coup. Alors j'ai cherché."

À ces raisons pratiques s'ajoute un engagement militant. En 1944, Freinet fonde l'École Moderne française. Ses innovations pédagogiques ne sont acceptées qu'à la marge, le système éducatif français les rejette et empêche leur diffusion. Freinet va donc, d'une part, ouvrir une école privée, d'autre part, constituer un mouvement pédagogique, connu sous le nom d'Institut Coopératif d'École Moderne (I.C.E.M) qui est intégré dans la Fédération Internationale des Mouvements de l'École Moderne (F.I.M.E.M). Une vaste littérature couvre les avancées, les techniques et la vie de ce mouvement pédagogique. Il faut ajouter que les pratiques Freinet ne font pas seulement partie de l'histoire des idées et des pratiques pédagogiques. Actuellement, de nombreux enseignants et un certains nombre d'établissements se réclament de Freinet ou de l'École Moderne. Les sites Internet de ces écoles donnent une nouvelle diffusion à leurs idées.

Freinet a développé toute une série de techniques que les adhérents du mouvement pratiquent de façon cohérente et intégrée, mais que l'on peut observer, parfois détachées de leurs fondements philosophiques et politiques, dans les classes ou des écoles, qui ne prétendent pas pratiques une pédagogie Freinet et parfois ne savent même pas d'où viennent ces techniques. On peut évoquer le conseil de classe (au début nommé " conseil de coopérative", le " Quoi de neuf ? " ou la causette (moment de parole), un fonctionnement par ateliers, un " plan de travail " ou " contrat de semaine", la fabrication du journal, l'imprimerie, la radio à l'école, la correspondance scolaire.

Chez Freinet, toutes ces techniques sont reliées les unes aux autres dans une organisation globale cohérente de la classe. Le développement de cette pédagogie est fortement marqué par le contexte historique et supporté par une idéologie empreinte d'une vision du travail non aliénant ou robotisant mais vivant et émancipateur, fortement inspirée par le courant marxiste. "C'est la pédagogie d'en bas" dit Freinet. C'est une pédagogie centrée sur l'enfant comme membre d'une communauté éducative.

dimanche 30 décembre 2012

L'école Jonathan



En 1974, Charles Caouette fonde l’école alternative Jonathan, pionnière des écoles publiques alternatives au Québec.

« L’école alternative Jonathan est une école primaire publique qui a été fondée en 1974. Dans les trois ou quatre groupes-classes d’une vingtaine d’enfants, les enfants ont de 5 à 12 ans. Parmi eux se retrouvent aussi des enfants qui, dans d’autres écoles, seraient placés dans des classes spéciales ou nécessiteraient des mesures d’orthopédagogie. Les enfants ne sont pas assujettis aux programmes standard d’enseignement. Ils apprennent à leur rythme, à leur manière, ils apprennent surtout par projets et ateliers ; le problème de l’intégration du savoir se pose beaucoup moins qu’ailleurs, puisque les connaissances ne sont pas présentées par disciplines cloisonnées. De plus, l’enfant apprend très tôt à développer sa propre manière d’apprendre, à améliorer ses stratégies cognitives et à en corriger les déficiences (…)
Par ailleurs, il importe peut-être de rappeler une autre dimension essentielle du projet Jonathan. Dès sa conception, en effet, l’école Jonathan a voulu être une école communautaire, c’est à dire définie, gérée et évaluée par l’ensemble de la collectivité. Les parents ont donc toujours été sollicités et aidés à réfléchir ensemble sur leurs propres valeurs et attitudes éducatives et sur leur responsabilité de contribuer activement au changement de l’éducation et de la société (…)
Elle doit demeure une utopie bien vivante et en évolution. »

Charles Caouette, Eduquer. Pour la vie ! 1997. Ed. Ecosociété.


vendredi 21 décembre 2012

RECREES, Réseau d’Enfants CREatifs et Ecologiquement Solidaires



L'établissement scolaire RECREES (Réseau d’Enfants CREatifs et Ecologiquement Solidaires) existe depuis septembre 2005, à Grambois (Vaucluse). L’Ecole a un effectif actuel de 25 enfants, réparti en 2 classes multi-niveaux : une Maternelle et une Primaire. Depuis Septembre 2010, l'établissement compte une classe de niveau Collège de 10 adolescents.

Il s’agit d’un lieu où les enfants puissent développer leur confiance en eux et en l’adulte, un lieu qui donne du sens aux apprentissages et qui soit accessible au plus grand nombre, une école en lien avec les familles, à l'écoute des besoins et des envies de tous, petits et grands.

Dans ce cadre, ont été définis les objectifs du projet. Il s’agit de proposer :
  • un environnement pédagogique à taille humaine en zone rurale 
  • un cadre naturel, source d’autonomie et de responsabilisation
  • une pédagogie inspirée des courants Montessori et Freinet permettant de respecter le rythme de chaque enfant et de développer la coopération ;
  • un accueil et une intégration de tous les enfants, qu’ils soient particulièrement éveillés, en grande difficulté ou n’ayant pas pu trouver leur place par ailleurs
  • une éducation citoyenne et coopérative
  • une éducation à la communication non-violente
  • une éducation à l’environnement avec sorties pédestres et découverte des milieux naturels
  • une intégration à part entière des activités corporelles et de celles développant la créativité 
  • une ouverture culturelle et artistique sur la région
  • un fonctionnement solidaire, pour être accessible financièrement au plus grand nombre
  • une école associative regroupant enfants, parents et partenaires, et dans laquelle chacun s’implique 
  • un lieu d’échanges innovant sur les pratiques respectueuses du développement de l’enfant 
  • un cadre favorisant le respect, l’autonomie, la coopération, la solidarité, le partage et l’ouverture.


Ce projet est porté par l'Association RECREES, gérée par un collectif composé des parents et des pédagogues. Ce choix assure la cohérence entre le fonctionnement coopératif de la structure et le  projet pédagogique. 

Contact :
ECOLE RECRÉÉS
Domaine de St Léger
84240 Grambois
Tél : 04 90 77 48 19

samedi 15 décembre 2012

Lycée autogéré, école de demain ?




Le Lycée autogéré de Paris n'est pas un établissement scolaire comme les autres. Là-bas, suivre des cours n'est pas l'unique objectif : les élèves peuvent voter et participer activement aux décisions qui concernent le fonctionnement du lieu. Elèves et professeurs, qui se tutoient, assurent ensemble la gestion du lycée au quotidien. Une manière d'instaurer un dialogue constant et de responsabiliser les adolescents.

Un lycée sans proviseur ni surveillant, géré par les élèves et les professeurs : une utopie en France ? Non, ce concept est bien réel. Le Lycée autogéré de Paris (LAP) fait partie des quatre lycées expérimentaux1 lancés dans les années 80 par le ministère de l'Education Nationale. Le LAP ouvre ses portes, rue Vaugirard (XVe arrondissement), en septembre 1982.

Oubliez le fonctionnement traditionnel des lycées français et plus généralement du système scolaire hexagonal ; au LAP, le rapport élève/professeur est cassé, on place l'élève au centre de l'apprentissage. Le lycéen décide seul d'assister aux cours – ils ne sont pas obligatoires - les enseignants ne se contentent plus de transmettre leur matière. Ils accompagnent et soutiennent des jeunes (âgés de 15 à 22 ans) qui ont choisi eux-mêmes de suivre cette scolarité... différente. Et contrairement à une idée répandue, l’établissement n’accueille pas uniquement des adolescents en situation d’échec scolaire.

Pédagogie différente, gestion originale. Au Lycée autogéré de Paris, tout repose sur la participation et le volontariat des élèves. Les actions et décisions qui concernent la vie de l'établissement sont prises après consultation et vote des lycéens. De même, dans ce lycée atypique, pas de personnel pour faire le ménage : une fois les cours, réunions et ateliers terminés, ce sont les lycéens et les professeurs qui passent le balai dans les salles, les couloirs, la cafétéria.

Eduquer autrement, responsabiliser, réfléchir et discuter ensemble plutôt qu'imposer et punir. C'est la philosophie du LAP qui compte 220 élèves et 25 professeurs. 

vendredi 14 décembre 2012

La pédagogie de l'autonomie



Extrait d'un texte de René Barbier, La philosophie, école de vie et d'amour, publié sur son site, le 11/07/2011. Texte intégral disponible sur le site.

Réfléchir et se démarquer de ses conditionnements familiaux, sociaux, culturels, imposent une certaine souffrance et une lucidité sur les limites d'une telle entreprise. L'être de la conscience tragique en connaît le prix et la pédagogie qui le mène, s'en ressent. Porté par la dynamique de l'existence, il en connaît toutes les ambivalences, les équivocités, la complexité. Mais il soutient également la nécessité de choisir et de décider, dans une discussion permanente avec autrui. L'autonomie - la création de ses propres normes - ne va pas sans la confrontation avec le monde et sans une conscience supérieure qui régularise les instincts trop personnels. Le tragique survient lorsque nous pressentons que nous ne pouvons faire autrement que de suivre une certaine conduite.

La pédagogie de l'autonomie s'appuie sur quelques principes simples: 
  • Le respect et la confiance a priori de l'élève dans sa singularité.
  • La possibilité de croissance intellectuelle et morale de l'élève (Rogers).
  • Une organisation souple des études. Les programmes doivent tenir compte de la personnalité et du rythme de chaque élève et de chaque équipe de travail.
  • L'enseignant est, avant tout, un facilitateur d'apprentissage. Ses qualités d'animateur de groupe n'excluent pas pour autant ses capacités à donner de l'information, des éclairages, des conseils, des expertises.
  • Le travail des élèves privilégie l'équipe, la coopération, l'entraide.
  • L'évaluation (sur le sens et le processus de l'apprentissage) est préférée au contrôle (sur ce qui est retenu en fonction d'une référence immuable).
  • L'intérêt du savoir se déplace de la classe, au monde social (par des échanges scolaires dans la pédagogie Freinet, des visites sur le terrain, des intervenants issus du milieu économique, intellectuel, culturel).

dimanche 9 décembre 2012

L'enfant en mouvement (livre)



L'eurythmie est un art du mouvement qui transforme en geste les sonorités du langage et de la musique. Elle rend visible l'invisible, c'est-à-dire qu'à chaque voyelle, à chaque consonne, ainsi qu'à chaque mouvement d'âme et même couleur, correspond un geste qui est le reflet de ce qui se produit à l'intérieur de nous.
L'eurythmie est une activité qui exige l'engagement de l'être tout entier, c'est "une éducation corporelle imprégnée d'âme" disait R. Steiner. Il ajoutait encore: "travailler l'eurythmie produit une volonté qui dure tout au long de l'existence. Elle donne à ceux qui l'exercent des forces de vie inépuisables".


L’eurythmie est une matière spécifique aux écoles Steiner.Elle réunit en un ensemble rythmé la musique, les sonorités du langage, les couleurs et les mouvements dans l’espace.
Grâce à la présentation qu’en fait Sylvia Bardt il devient clair que la pratique de cet art du mouvement peut aider l’enfant à se trouver lui-même et à rencontrer le monde. Cette approche de l’eurythmie permet aussi de comprendre en profondeur le développement de l’enfant.

Sommaire
Introduction à l’eurythmie
Le mouvement 
 Impulsions artistiques novatrices au début du XXe siècle 
 Naissance d’un nouvel art du mouvement 
 Les trois formes d’eurythmie. 
 Création eurythmique et connaissance de l’eurythmie 
 Incarnation de l’esprit et spiritualisation du corps 
 La préparation du professeur 
 Des exercices conçus pour répondre aux besoins des enfants en fonction de leur âge 
 La sonorité et le mot 42
L’eurythmie pour les enfants d’âge préscolaire
Le plan scolaire – un chef-d’œuvre 
 Correspondances entre les classes telles qu’on peut les vivre à travers l’eurythmie 
 De la première à la douzième classe
La sphère et le cercle, archétypes du mouvement 
 Effets de l’eurythmie sur l’organisation du mouvement entre douze et quatorze ans 
 Réflexions sur le cours d’eurythmie dans les grandes classes 
 Qu’est-ce qu’un professeur d’eurythmie ? 
 Profil professionnel

Préface
Cet ouvrage résulte de la recherche effectuée par son auteur au cours des années d’eurythmie pédagogique qu’elle a pratiquée avec des enfants de tous âges. D’une facture claire et ordonnée, il permet également de satisfaire au souhait d’une introduction à ce nouvel art du mouvement aussi connu aujourd’hui dans le monde que la pédagogie Steiner (Waldorf). 
L’une des caractéristiques du vingtième siècle, c’est que dans les parties dites civilisées du monde, l’homme soit de plus en plus obligé de céder à des mécanismes et à des machines une part croissante du plaisir lié au mouvement. Tout en appréciant certains aspects du progrès technique, beaucoup de gens se demandent quels seront les effets de cet appauvrissement sur les générations à venir. Comme une sorte de réponse à ce qui allait être la situation de l’humanité à la fin de notre siècle, Rudolf et Marie Steiner, dès son début, ont transmis l’eurythmie à l’humanité. Une condition indispensable, il est vrai, à l’exercice de ce nouvel art, c’est « de reconnaître et même de vivre avec la conviction que l’homme est constitué d’un corps, d’une âme et d’un esprit ». Il est de toute urgence aujourd’hui que l’homme non seulement comprenne, mais aussi qu’il vive et exerce cette tripartition innée afin de sauvegarder son étincelle humaine primordiale. Si le plan scolaire des écoles Steiner est déjà entièrement construit sur la base de cette tripartition de l’homme en corps, âme et esprit, l’eurythmie offre des possibilités plus spécifiques encore de vivre cette ordonnance jusque dans ses aspects les plus subtils. C’est inspirée par cette idée fondamentale que Sylvia Bardt façonne l’enseignement qu’elle présente dans cet ouvrage. Elle montre très concrètement comment les enfants et les adolescents peuvent se trouver eux-mêmes et rencontrer le monde à travers l’eurythmie. Sa description des correspondances entre les classes telles qu’on peut les vivre à travers l’eurythmie est particulièrement réussie. Le lecteur est ainsi convié à se rendre compte lui-même de ce que représente, dans une biographie humaine, le fait d’arriver à « conclure douze années de travail eurythmique sous le signe du cercle, du soleil qui rend possible notre vie sur terre ». 
C’est tout particulièrement à travers l’eurythmie en tant que « langage visible » ou « musique visible » que le jeune être humain prend conscience de sa nature universelle qui le lie en tant qu’homme avec ses semblables et avec l’esprit de l’humanité entière. Beaucoup d’enfants puissent-ils encore être accompagnés sur le chemin de la vie par les cours et les représentations d’eurythmie ! Me faisant le porte-parole de bien d’autres admirateurs de l’eurythmie, je tiens ici à remercier l’auteur pour l’accès à cet art qu’elle offre par son livre au lecteur intéressé.

Sylvia Bardt, L’enfant en mouvement.Pratique de l’eurythmie dans les écoles Steiner. 2011. Ed. Triades.