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dimanche 13 octobre 2013

Chats Nomades (livre-CD)



Voici une découverte poétique et sympathique, parfaite pour un dimanche après-midi…
Pour qui aime les chats !

L’ouvrage possède également son site internet, aux belles illustrations: http://chatsnomades.free.fr/

Description :
Ce disque est dédié à la chatte Alouïn, qui malgré ses douze ans, joue toujours passionnément avec les boules de papier et les fils de laine et court chaque nuit la campagne ; à nous de la suivre et de ne jamais cesser ni de jouer ni de voyager. Il est aussi dédié à Balthus le chat, qui entre le début et la fin de l'histoire, a décidé de quitter les humains. Il se repose peut être, quelque part dans un gros nuage blanc ce qui explique qu'on ne le voit pas, lui dont le poil était si blanc et si doux. Enfin, ce disque est dédié à Alexandre Romanès, et au peuple des promeneurs.

Manuelle Campo, Marie de Gélis, Benjamin Jannemin (illustrations), Chats Nomades. 2007. Ed. Le Chant du Monde. 


lundi 4 mars 2013

L'institut de géopoétique


Une belle initiative à découvrir: l'Institut de géopoétique, dont voici le texte inaugural: 


Ce qui marque cette fin du XXe siècle, au-delà de tous les bavardages et de tous les discours secondaires, c’est le retour du fondamental, c’est-à-dire du poétique. Toute création de l’esprit est, fondamentalement, poétique.

Il s’agit de savoir maintenant où se trouve la poétique la plus nécessaire, la plus fertile, et de l’appliquer.

Si, vers 1978, j’ai commencé à parler de «géopoétique», c’est, d’une part, parce que la terre (la biosphère) était, de toute évidence, de plus en plus menacée, et qu’il fallait s’en préoccuper d’une manière à la fois profonde et efficace, d’autre part, parce qu’il m’était toujours apparu que la poétique la plus riche venait d’un contact avec la terre, d’une plongée dans l’espace biosphérique, d’une tentative pour lire les lignes du monde.

Depuis, le mot a été repris, ici et là, dans des contextes divers. Le moment est venu de concentrer ces courants d’énergie dans un champ unitaire.

C’est pour cela que nous avons fondé l’Institut de géopoétique.

Avec le projet géopoétique, il ne s’agit ni d’une «variété» culturelle de plus, ni d’une école littéraire, ni de la poésie considérée comme un art intime. Il s’agit d’un mouvement majeur qui concerne les fondements mêmes de l’existence de l’homme sur la terre.

Dans le champ géopoétique fondamental, se rencontrent des penseurs et des poètes de tous les temps et de tous les pays. Pour ne citer que quelques exemples, on peut penser, en Occident, à Héraclite («l’homme est séparé de ce qui lui est le plus proche»), à Hölderlin («poétiquement vit l’homme sur la terre»), à Heidegger («topologie de l’être»), à Wallace Stevens («les grands poèmes du ciel et de l’enfer ont été écrits, reste à créer le poème de la terre»). En Orient, il faudrait penser au taoïste Tchouang-Tseu, et à l’homme du vieil étang, Matsuo Bashô, sans oublier la belle méditation du monde que l’on trouve dans le Hwa Yen Sutra.

Mais la géopoétique ne concerne pas que poètes et penseurs. Henry Thoreau était autant ornithologue et météorologue («inspecteur des tempêtes») que poète, ou plutôt, il incluait les sciences dans sa poétique. Les liens de la géopoétique avec la géographie sont évidents, mais ils existent aussi avec la biologie, et avec l’écologie (y compris l’écologie de l’esprit) bien approfondie et bien développée. En fait, la géopoétique offre un terrain de rencontre et de stimulation réciproque, non seulement, et c’est de plus en plus nécessaire, entre poésie, pensée et science, mais entre les disciplines les plus diverses, dès qu’elles sont prêtes à sortir de cadres souvent trop restreints et à entrer dans un espace global (cosmologique, cosmopoétique) en se posant la question fondamentale : qu’en est-il de la vie sur terre, qu’en est-il du monde?

Tout un réseau peut se tisser, un réseau d’énergies, de désirs, de compétences, d’intelligences.

Pour l’Institut de géopoétique
Le 26 avril 1989
Kenneth White
 

samedi 16 février 2013

Grammaire de l'imagination (livre)


Cette Grammaire de l'imagination, unique en son genre par son humour et son intelligence pétillante, constitue un ouvrage essentiel pour tous ceux qui s'intéressent aux processus de l'imagination : enseignants, animateurs, formateurs, parents, mais aussi tout "candidat libre" à une écriture débridée. "Somme du gai savoir de Rodari, livre à la fois de pédagogie et du poétique pour pédagogues et pédagogie pour poètes", comme l'a défini Italo Calvino, cet essai regorge d'idées dynamisantes pour le lecteur. Il est tout à la fois grave et facétieux, rigoureux et brillant, nourri de tradition et subversif, pétri de culture et d'expérience concrète des enfants. Dans le monde, de nombreuses associations pédagogiques et culturelles se réclament de la pensée, de l'action de Gianni Rodari, écrivain (Prix Andersen 1970), journaliste et pédagogie de la créativité.

Gianni Rodari, Grammaire de l'imagination. 2010. Ed. Rue du monde.

mardi 6 novembre 2012

Les enfants, poètes et philosophes



"Le poète est un être qui connaît aussi bien l’enchantement que les plus grandes souffrances ; il s'emporte et se passionne facilement, il ressent très fortement les émotions et les malheurs d'autrui.
Les enfants sont comme lui.

Le philosophe, lui, est un être qui aime réfléchir et qui veut absolument connaître la vérité sur toutes choses.
Et là encore, les enfants sont comme lui.

Il est difficile aux enfants de dire ce qu'ils ressentent et ce qu'ils pensent car il leur faut s'exprimer avec des mots ; et écrire est encore plus difficile.

Mais les enfants sont des poètes et des philosophes."

J. Korczak, Les règles de la vie, 1929.


vendredi 21 septembre 2012

Des papillons et des jardins dans des livres



Lucien est une chenille, bien à l'étroit dans son petit corps malhabile... Il voudrait tant devenir un papillon ! Mais pour cela, il lui faudra d'abord retrouver le chemin intérieur qui le mènera vers sa propre beauté, tellement bien cachée qu'il l'avait presque oubliée. Soyons attentifs, à l’intérieur un être s’éveille ! Elfi Reboulleau nous raconte avec des mots simples l’histoire éternelle de la quête de soi, merveilleusement illustrée par des tableaux en laine cardée de Célia Portail.

Le peuple des papillons, texte de Elfi Reboulleau, illustrations de Célia Portail. Editions Belle Emeraude. 32 pages. 13€


Partagé entre les forces de la lune et celles du soleil, Amile est un petit garçon qui apprend à guérir. Anne-Marie Vaillant est art-thérapeute. Les images à l’aquarelle de cet album poétique font revivre le jardin secret, caché en chacun de nous et que l’on oublie si souvent, et nous invite à nous reconnecter aux forces de la nature qui sont les vraies forces de guérison...

Amile et le secret du jardin oublié, Texte et Illustrations de Anne-Marie VAILLANT. Editions Belle Emeraude. 40 pages. 13€.

jeudi 20 septembre 2012

L'éducation transdisciplinaire (texte de René Barbier)



Existe-t-il une éducation qui n'hésite plus à répondre aux questions sur le sens de la vie que posent les enfants et les adolescents d'aujourd'hui ? Une telle éducation peut-elle accepter de ne plus répondre par une attitude dogmatique de vérité, mais par un nouveau questionnement typiquement socratique ? C'est l'objet de la sagesse transdisciplinaire contemporaine.


La sagesse transpersonnelle aujourd'hui

L'éducation transdisciplinaire est une approche de la complexité d'un rapport aux savoirs, aux savoirs-faire et aux savoirs-être qui n'exclurait plus les dimensions spirituelles, méditatives de l'être humain, tout en acceptant le regard des disciplines scientifiques comme des réflexions philosophiques et artistiques. Elle s'ouvre sur une interrogation vraiment contemporaine au-delà du "désenchantement du monde" promis par Max Weber et de la "fin du religieux" pensée par Marcel Gauchet. Peut-être fallait-il une désoccultation radicale du religieux pour commencer à vivre, authentiquement, sur le plan d'une spiritualité laïque, une sagesse moderne du monde. Loin d'être une conséquence d'une démocratie désabusée et sérielle d'individus sans appartenance ouvrant sur la folie comme le pense Dany-Robert Dufour, l"époque contemporaine inaugurerait, dans ce cas, une chance inouïe pour l'avenir de l'humanité.
Par "sagesses du monde" j'entends toutes les formes d'intelligibilité et de sensibilité que les êtres humains, au sein des différentes cultures, anciennes et modernes, ont inventées pour symboliser et exprimer, souvent d'une façon mythique et poétique, leurs rapports à la connaissance de l'être-au-monde et à son mystère d'exister.

Le qualificatif de "transpersonnelle" renvoie à une approche de plus en plus vive en ce début du XXIe siècle : l'éducation transpersonnelle. La psychologie transpersonnelle est une orientation de la psychologie et une voie de connaissance de l'être humain qui intègre à la fois les dimensions spirituelle, émotionnelle, corporelle, cognitive et créatrice. Elle tient compte des grands courants de pensées de la psychologie contemporaine tel que la psychanalyse, la bioénergie et l'approche cognitivo-comportementale. Elle accepte aussi plusieurs pratiques spirituelles tel la méditation et la prière comme autant de chemins permettant à l'être humain de transcender ses limites.

La psychologie transpersonnelle propose d'appliquer les dernières découvertes de la physique quantique au développement d'une explication scientifique des différents états de conscience. Ainsi, elle tente de comprendre ce qu'est l'être humain en relation avec lui-même et l'univers qui l'entoure.

La psychologie transpersonnelle est une approche intégrative et inclusive qui présente une ouverture suffisante pour considérer toutes les voies utiles à la croissance de l'homme.

Ma conception du "transpersonnel" refuse de se figer dans l'orbite de la pure tradition comme d'un post-modernisme psychédélique de type "Nouvel Age". Elle est proche de la transdisciplinarité de Basarab Nicolescu ou du sens de la complexité d'Edgar Morin et soucieuse de réalisme. Dans mon "approche transversale, l'écoute sensible en sciences humaines" (Barbier, anthropos, 1997), je revendique le droit à l'émotion et à l'affectivité, beaucoup plus du côté des "émotions-sentiments" que des "émotions-chocs" comme le propose aujourd'hui le philosophe Michel Lacroix dans son livre sur "la culture de l'émotion" (Flammarion, 2001). Elle signifie que le sens doit être construit par rapport à un tiers inclus qui dépasse toute singularité personnelle, quoi qu'il l'intègre totalement. Le transpersonnel ne se réduit à aucun dogme, aucune religion, aucun rituel mais il les considère tous avec attention bienveillante et vigilance active. Il sait que tout symbole, tout mythe, porte les germes d'une autreté (Krishnamurti), d'un regard, à la fois ancré et dégagé, sur le monde, inexprimable en dernière instance.

Le transpersonnel nous conduit tout naturellement vers une "poésie verticale" dont parle Roberto Juarroz, ou vers les aphorismes d'Antonio Porchia (Voix), dans le meilleur des cas. Mais également le transpersonnel connaît la force de l'illusion possible enracinée dans la croyance. Il sait nommer le faux mystique, l'idéologue de tous les registres, qui traque le savoir critique pour assurer impunément son autorité illégitime. "Les chercheurs de Dieux. Délivrez-nous des dieux vivants, des pères du peuple et du besoin de croire" proclamait, il y a plus de vingt ans, le poète Claude ROY (Paris, Gallimard 1981). Sa prière nous servira d'avertissement salutaire dans tous les domaines de la vie humaine.

Mais cette prise de position ne nous fera pas tomber, pour autant, dans les nouvelles formes de l'Inquisition soi-disant républicaine qui, dans les discours et les commissions parlementaires, stigmatisent toutes orientations spirituelles non conformistes. Peut-on, en effet, en arriver à penser que les écoles Steiner réputées pour leur qualité pédagogique depuis des lustres ou encore la thérapie ethnopsychiatrique de Tobie Nathan, reflètent des tendances sectaires, comme le proclame le dernier rapport parlementaire sur les sectes sous l'égide d'Alain Vivien (2002) ?

Le transpersonnel nous oblige à travailler sur ce qu'on appelle "la foi". Il reconnaît que la foi ne saurait être approchée uniquement sous l'angle de l'idéologie comme le font les sciences de l'homme et de la société, de la sociologie à la psychnalyse. Certes, il y a dans la foi une part de conditionnements sociaux, psychologiques, culturels, que la science peut tenter de comprendre. Mais il existe également une part inconnue, irréductible à tout savoir, qui anime totalement son élan et qui est vécue d'une façon absolument singulière. Le point de vue de Sirius propre aux sciences sociales ne peut rien en dire de pertinent. Seule l'approche phénoménologique peut avoir des chances de l'éclairer. L'art et la poésie savent parfois fournir une trace lumineuse de son apport. Cette part inconnue anime ce que Raimon Panikkar nomme l'esprit du moine dans son livre sur "l'éloge du simple" et que les phénoménologues des religions qualifient de "sanctum". Mircea Eliade parle de "sacré" pour définir ce qui fait partie de la structure de la conscience et non, simplement, un élément conjoncturel et historique de l'évolution de cette conscience.

La difficulté avec cette part inconnue - ce Chaos, Abîme, Sans-Fond - à la racine de la philosophie de Cornelius Castoriadis, c'est qu'elle est habituellement reprise d'une façon coutumière par les grandes religions. Celles-ci l'inscrivent dans des dogmes intangibles, des rituels incontournables. Elles la figent dans une structure immobile mais rassurante.
Peut-on se dégager des rituels ? Peut-on vivre le sacré sans avoir besoin de grands prêtres, de gourous aux regards flamboyants, d'initiations interminables, d'extases extraordinaires ? C'est l'enjeu de la spiritualité laïque et libertaire de notre temps. Nous allons alors vers une éthique de la perdition dont nous entretient Edgar Morin dans "la terre-patrie", une éthique personnelle qui dépasse toute morale sociale pour l'affiner et la rendre plus efficace. Cette démarche n'est pas sans tragique : une morale du desespoir et de la béatitude à la manière d'André Comte-Sponville réfléchissant sur la sagesse non dualiste de Swami Prajnanpad. Dans ce processus d'approfondissement intérieur, de prise de conscience de l'avénement du phénomène vie, la philosophie devient vraiment un art de vivre comme l'annonce Pierre Hadot, avec les philosophes de l'antiquité grecque.

J'ai beaucoup de respect pour les chamanes Kogis, ces indiens de la Sierra Nevada, du nord de la Colombie. Ils tentent de sauvegarder une culture de haute spiritualité écologique datant de l'ère pré-colombienne. Ils nous interrogent sur les "trous" que nous faisons dans la terre (les tunnels) pour aller toujours plus vite. Mais pourquoi voulez-vous aller plus vite et pour aller où, nous disent-ils ? Pourtant faut-il comme dans leur intitiation traditionnelle devoir passer dix huit ans dans l'obscurité la plus totale pour connaître la réalité intrinsèque de notre monde intérieur ? Quel prix faut-il payer symboliquement pour accéder à la sagesse transpersonnelle qui nous conduit à la pleine conscience de l'unité du vivant, de tout le vivant. Eric Julien qui relate son expérience bouleversante avec les indiens Kogis dans "le chemin des neuf mondes", a entrepris la seule oeuvre que nous puissions accomplir pour ces cultures "autres" qui ont quelque chose d'essentiel à nous dire : racheter les terres ancestrales qui ont été spoliées et les redonner à la communauté indienne pour qu'elle puisse accomplir son destin.

Les sages de tous les pays ont, sans cesse, posé la question du sens. De ce côté, Michel Lacroix se trompe en pensant qu'il y a un paradoxe à vouloir accroître sans cesse, d'un côté le culte du moi et de la réussite sociale, et de l'autre le détachement et l'abolition de l'ego. En vérité, les chercheurs de vérité authentiques n'arrêtent pas de creuser les illusions du moi social au profit de l'éveil de l'intelligence, c'est à dire la pleine réalisation de leur être-au-monde par la voie négative. Leur finalité est précise et leur attention totale. Ils ne sont aucunement dans un paradoxe. C'est pourquoi on ne peut mettre Krishnamurti dans le même sac que tous les adeptes inconstants du New Age, comme le fait Michel Lacroix et d'autres sociologues des religions. A ma connaissance Krishnamurti n'a jamais connu l'angoisse paradoxale décrite par Michel Lacroix. Celle-ci est réservée à ceux qui n'ont pas su faire un choix de vie. lls veulent le beurre et l'argent du beurre, le pouvoir du social et le non-attachement à tout pouvoir qui résulte de la connaissance intime de la réalité ultime.

S'il est vrai, comme le pensent Gilles Deleuze et Félix Guattari que "les philosophes ont entériné la mort du sage" après les pré-socratiques, ils n'ont pas perdu l'aiguillon du questionnement ontologique dans leur quête permanente de la sagesse. Au-delà des grands systèmes philosophiques de plus en plus incertains aujourd'hui, l'homme cherche un homme, comme Diogène dans la cité. Il semble le rencontrer dans des espaces sociaux inhabituels et non académiques, au sein des ces associations humanitaires qui augmentent de jour en jour et dans les expériences de bénévolat. Sur ce point un philosophe comme Luc Ferry, parlant de "l'homme-Dieu et du Sens de la vie", ou un sociologue comme l'Américain Jeremy Rifkin qui analyse "la fin du travail", paraissent se tenir sur une position analogue.

Nous avons à notre disposition une richesse incommensurable pour réfléchir et pour méditer silencieusement : les textes venus du fond des âges écrits ou prononcés par des personnes ayant transcendé le règne de l'égo. Contrairement à d'autres époques, nous trouvons dans les librairies, en livres de poche, la quintescence de la sagesse de l'humanité. Paradoxalement il semble que cette richesse ne passe pas dans nos collèges, nos lycées et nos universités. La sub-culture adolescente cherche des valeurs et trouve les soirées "rave" où la musique "techno" sert répétitivement de rituel de transe. Si la parole devient inexistante, le corps danse frénétiquement au coeur d'une solitude gigantesque et collective. Les jeunes y trouvent leur compte et prétendent comparer leurs réunions extatiques aux rituels africains. Ils oublient simplement que dans les pays de tradition les rituels en question sont portés par une mythologie ancestrale qui soude la communauté depuis des générations. Les "Maîtres-fous" africains de Jean Rouch eux-mêmes, dans leur amalgame défensif de la tradition et du colonialisme moderne, inventent des rituels qui incluent encore l'histoire de leur peuple. Nos enfants, eux, sont de plus en plus sans histoire, sans parole et sans espoir. Il ne leur reste que la violence ou l'apathie.

Pourrons-nous retrouver le sens de la parole et la transmettre à nos enfants dans cette tragique post-modernité culturelle ? Saurons-nous aller puiser dans ce fond commun mondial de la sagesse humaine, religieuse ou laïque, pour retrouver le fil du sens ?
Sa première perspective est de jeter les bases d'un métissage axiologique universel à partir de l'histoire humaine de la pensée et de la méditation, quelles que soient les cultures.

La vie intérieure

Aujourd'hui les valeurs sont en question mais la question de la valeur en sort peut-être fortifiée. L'Éducation se nourrit de valeurs. Elles sont "le contraire de l'indifférence" comme l'écrit le philosophe Olivier Reboul. Elles constituent l'essentiel de ce qui fait sens pour un être humain. C'est la raison pour laquelle le sens ne peut se réduire à l'analyse habituelle en termes sémantique, syntaxique ou pragmatique. Le sens, tissé de valeurs, dépasse toutes les catégories des sciences du langage et même des sciences de l'homme. Il est porté par une expérience singulière enracinée dans un tremblement de l'être qui, souvent, échappe à l'interprétation d'un "autre".

J'enseigne depuis plus de trente ans dans l'enseignement supérieur. J'ai souvent été interpellé, durant mon existence universitaire, par la demande des jeunes et moins jeunes étudiants, concernant les dimensions multiples de cette vie intérieure. J'ai essayé d'y répondre, tant bien que mal, au sein des enseignements que je me suis autorisé à proposer, notamment une approche expérientielle de la philosophie de Krishnamurti depuis une quinzaine d'années. Peu à peu j'ai développé une approche spécifique en sciences humaines, conjuguant aussi bien les disciplines variées que le regard philosophique, la sensibilité esthétique et poétique ou le questionnement ontologique issu des cultures du monde. J'ai nommé cette perspective critique et compréhensive "l'approche transversale". Les différentes interrogations des étudiants et les résultats de mes recherches impliquées sur le terrain m'ont conduit à parler d'"écoute sensible en sciences de l'homme et de la société".
C'est avec ce type d'approche que je veux comprendre aujourd'hui les rapports entre la vie intérieure et l'éducation.

La vie intérieure pose la question permanente : qui suis-je ? Un approfondissement de cette interrogation débouche sur une totale conversion du regard sur soi-même et sur le monde. Les thérapeutes comme les sages orientaux le savent bien. Il s'agit d'une question explosive lorsqu'elle est menée à son terme. "Je est un autre" répond Rimbaud avant de quitter la poésie pour devenir trafiquant d'armes.

Pour les bouddhistes, comme pour les lacaniens, le "je" est un leurre, une illusion d'optique, que la méditation ou l'analyse vont dénouer. Les structuralistes et les partisans de la "mort de l'homme" ne s'intéressent au sujet que pour mieux mettre en lumière son imbrication et sa consistance éphémère dans le jeu structuré des relations sociales. Les existentialistes, les personnalistes, les phénoménologues, les freudiens nord-américains, les interactionnistes, les ethnométhodologues, ne veulent pas abandonner l'importance du "moi" dans l'interprétation du monde et dans l'action sur celui-ci. Dans cette lutte pour l'explication de l'être-au-monde, le sujet, après une période de déclin, revient à la mode en sciences humaines, non sans une interrogation permanente sur "le désenchantement du monde" et une sortie de la société hors toute religion (Marcel Gauchet). On parle du "retour du sujet" (Alain Touraine) en même temps que du "retour du religieux", de la "plénitude de l'univers" (David Bohm) ou du réenchantement du monde par une "nouvelle alliance" et une métamorphose de la science (Ilya Prigogine et Isabelle Stengers).

La bataille fait rage entre les différents courants qui veulent s'approprier la présence ou l'absence du sujet. L'homme, dans tout cela, l'homme de la rue, n'y retrouve pas ses petits et regarde, ahuri, la mitraille des concepts et les exclusions théoriques.
Personne ne sort plus heureux et plus conscient de cette mise en scène de la vie intellectuelle. Les questions cruciales demeurent inchangées :
- Qu'en est-il de la naissance, du développement humain, du travail digne de ce nom, de la souffrance, de la peur, de la liberté, de l'amour, de la vieillesse, de la mort  ?
- Pourquoi sommes-nous sur cette terre, dans quel dessein, avec quelle finalité ?
- Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
- Qu'appelle-t-on "conscience" ? est-ce la "conscience de" quelque chose ou l'être-conscience qui dépasse la singularité biologique et mentale pour devenir transpersonnel ?
- Qu'est-ce que l'"engagement", la responsabilité, l'éthique, dans cette époque de l'extrême barbarie qui a inventé le "génocide" à répétition, la Shoah et la "purification ethnique" ?
- Que pouvons-nous faire, individuellement et collectivement, pour construire ensemble une autre civilisation digne de l'être humain ?
- Sommes-nous condamnés à subir la "géopolitique du chaos" (Ignacio Ramonet), le laminoir de la mondialisation "communicante" avec son cortège d'exclusions et de pollutions ? Les citoyens peuvent-ils être autre chose que des petits robots à voter sous les grandes machineries des producteurs de mirages ?

La vie intérieure est un "travail d'exister" comme dit Max Pagès. Elle articule paradoxalement un sens secret de la totalité et une saisie immédiate de la fragmentation. Le sentiment de la totalité la dirige vers les voies de la Connaissance de soi et du monde nouménal. L'appréhension de la parcellisation l'oblige à vivre dans le miroitement des savoirs dont certains éclairs fulgurants soulèvent cependant des zones d'ombre imprévisibles.

L'éducation est au carrefour, à l'interface des savoirs en actes et de la Connaissance intime. L'éducation est le processus qui exprime la dynamique de la vie intérieure en contact avec le monde extérieur. Elle ne saurait être définie par des "disciplines" scientifiques ou des catégories de pensée instituées. Elle est de l'ordre du devenir improbable pour chaque personne. Elle n'existe pas a priori, mais se fonde dans son mouvement même. Elle n'a pas de but, ni de projet autre que dans l'instant de la réflexion. Chez elle l'existence ne précède pas l'essence et l'essence, l'existence. Être, c'est s'éduquer, toujours avec l'autre, et, par là même fonder ce que nous sommes dans le cours de ce qui advient. Essence et existence coïncident dans l'éducation. La vie intérieure met en acte l'éducation singulière. Elle avance et éclaircit le monde des formes, mentales, culturelles, sociales, matérielles, (l'existentialité de chaque être, comme de chaque groupe) pour, en fin de compte, faire vivre intuitivement ce par quoi ce monde des formes est totalement relié au sein d'une unipluralité indéfinissable. La "reliance" (Marcel Bolle de Bal) ainsi vécue est nommée amour ou compassion, suivant les cultures.

Un éducateur est toujours un être relié. Pour le moins cherche-t-il à l'être. Mais paradoxalement une quête de la reliance est une impasse. La reliance est une donnée immédiate de la conscience sans objet.

Cette reliance conduit le chercheur de sens en éducation vers une nécessaire transdisciplinarité. Basarab Nicolescu définit la transdisciplinarité comme une nouvelle approche scientifique, culturelle, spirituelle et sociale, qui concerne ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les disciplines et au-delà de toute discipline.

Pour ma part, je conçois cette transdisciplinarité comme proprement révolutionnaire sur le plan épistémologique, notamment par l'interférence dialogique entre les domaines des savoirs pluriels sur l'homme et le monde, et de la Connaissance expérientielle de soi ouverte au Sans-Fond de l'être-au-monde que Cornelius Castoriadis nommait également "l'Abîme, Le Chaos". Cette véritable "approche transversale" met en synergie la science, l"art et la poésie, la philosophie et la spiritualité de tous les temps et de toutes les cultures. Elle constitue un nouvel humanisme universel au-delà de toute pensée réductionniste et nationaliste.

mercredi 11 juillet 2012

Je cuisine poétique (livre)



Cooking Attitude est une collection de livres de cuisine destinée aux gourmets. Elle célèbre la cuisine du quotidien, tout en accordant une grande place à l'esthétique, aux lieux et aux ambiances qui accompagnent les repas. Chaque ouvrage, inspiré d'une thématique, s'articule autour de cinq menus et s'inscrit dans l'atmosphère singulière des différents lieux visités. Cooking Attitude propose des recettes de cuisine gourmandes imaginées et mises en pages par des graphistes/blogueuses culinaires, l'ensemble constituant, à travers leur regard et leurs inspirations, autant de voyages culinaires et personnels à partager.
Je cuisine poétique décline cinq menus et atmosphères d’inspiration littéraire, sur les traces d’Alice au pays des merveilles, de Marie-Antoinette ou encore des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust. Raffinement et féminité sont les maîtres-mots de ce livre de recettes tantôt féériques, tantôt nostalgiques, toujours gourmandes. Les roses, les ors et les bleus tendres sont les teintes dominantes de cet ouvrage dédié à l’imagination, au rêve et à la poésie – mais qui n’oublie néanmoins pas le plaisir des nourritures terrestres, dont l’auteure nous propose un éventail de recettes aussi originales que faciles à réaliser.


Emilie Guelpa est directrice artistique. Gourmande et curieuse, elle plonge petit à petit dans l'univers culinaire en déclinant ses passions pour la photographie, la cuisine et le graphisme sur son blog. Toute petite, elle goûtait chaque plat pour en étudier les saveurs. Des années plus tard, elle passe à son tour derrière les fourneaux, avec l'envie de faire une cuisine bien, évidemment goûteuse, mais surtout graphique et colorée. Elle nous fait partager avec cet ouvrage sa passion pour la cuisine.

Emilie Guelpa, Je cuisine poétique. 2011. Ed. Pyramyd. 14,90€


dimanche 3 juin 2012

Le chant du monde : poésie et musique


La collection Jeunesse de Le Chant du Monde s'est construite autour de 2 axes: les grands contes classiques historiques dont l'incontournable "Pierre et le Loup" et les oeuvres d'artistes contemporains en contact permanent, par le biais de leurs spectacles, avec le monde de l'enfance.


  • Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns

Au jardin des plantes, ainsi nommé d’ailleurs, à cause des animaux qu’on y a rassemblés, au Jardin des Plantes, une étrange ardeur semble régner… On décore, on festonne, on cloue, on plante. Le castor construit des tréteaux, la grue porte des fardeaux, le python accroche des tableaux, car ce soir au Jardin des Plantes, c’est la grand’ fête éblouissante : Le Carnaval des animaux ! Tout est prêt, la foule se masse, l’orchestre à pas de loup discrètement se place, l’éléphant prend sa trompe, le cerf son cor de chasse et voici que soudain monte dans le silence, pour le plaisir de nos cinq sens, la musique de Monsieur Saint Saëns.


  • Les Animaux des poètes
Des poèmes de Arthur Rimbaud, Jacques Prévert, Jean de La Fontaine, Paul Fort, Robert Desnos, Léo Ferré, Georges Brassens…. Chantés par Charles Trénet, Henri Salvador, Félix Leclerc, Léo Ferré, Georges Brassens, Steve Waring, François Lemonnier…



  • Les pieds dans l'eau, la tête au soleil

Un abri joli t’attend, une sorte de yourte où une musique cristalline t’accueille : c’est une guitare avec plein de cordes spécialement fabriquée pour tes oreilles « pointues » toutes menues. S'il a plu sur ton chemin et que tes chaussures sont salies, tu les enlèves, s’il te plaît. Installe-toi confortablement sur les coussins. Si tu es un bébé, ton corps remue déjà pour dire : « Je suis prêt », et si tu es plus grand qu’un bébé, peut-être seras-tu silencieux et concentré attendant impatiemment que François joue de tous ses objets. Il t’emmènera dans ses rêves qui s’accorderont sans doute aux tiens. Avec ses comptines et ses danses immobiles, tu feras des pieds et des mains de ton corps et planteras des pommes dans des pots en terre. Si tu as le cœur gros comme un camion, enfant, tu es le bagage chéri de mon grand voyage et, ensemble, nous réveillerons le bois mort et embrasserons les cailloux. La tête au soleil, on garde le souvenir des pieds dans l’eau du ventre de maman et si tous les papas du monde se donnent la main … on sera bien !



mardi 17 avril 2012

L'enfant intérieur, enfant soleil



« C'est un enfant qui prend le jour pour en faire sa cabane de feuillage. Il arrive à l'horizon de la mémoire sans aucun bruit sans aucune page. Il n'a rien à nous dire. Il est la Présence même. Il éclate de tous les rires de la terre. C'est un enfant pareil à la mer et pourtant c'est un enfant soleil. Il fait chanter toutes les colombes. Il adoucit les serpents du rouge vif. Il boit la rage et donne le rêve. Un jour nous le rencontrerons. Entre deux portes coquille de l'instant Il arrêtera notre visage. Il prolongera notre regard dans la surprise du torrent. Nous prendrons le temps du partage. C'est un enfant qui arrondit l'espoir pour le faire rouler et bleuir le monde. Il est la femme et il est l'homme entrelacés. Hélice de toute vie. Avec lui nous devenons plus humains. Avec lui fulgurante l'existence est royauté. »

René Barbier, à propos de l’enfant intérieur 

samedi 7 avril 2012

Au plus profond de soi-même... l'enfance (livre)



Dans un rythme et un style qui lui sont propres, Antonino Mercuri emmène chacun de nous au plus profond de lui-même, au coeur de l'enfant qu'il n'a pas été. 

L'enfant aux sens éteints, l'enfant muselé par le manque d'amour, par l'éducation mais l'enfant toujours là, prêt à éclore, prêt à s'ouvrir à l'autre. Et au-delà de l'enfance, l'auteur nous mène tout simplement vers la vie ! 

Simple, juste et rempli de poésie.


Préface de Yasmina Khadra




« Sommes-nous capables d’aimer nos enfants sans rien attendre ? Les parents devraient lire ce livre pour accompagner leurs enfants sur le chemin de la Vie ! J’ai eu le sentiment que les
textes répondaient à tous les besoins non entendus dans mon enfance. Dans la lignée de Khalil Gibran. »
Nathalie Peretti, relaxologue et auteur du livre Relaxations créatives pour les enfants



« Ce texte dit de façon émouvante ce que nous devrions avoir présent à notre conscience »

Edgar Morin, Sociologue, CNRS



« Si seulement le monde enseignant pouvait savourer cette approche originale d’Antonino Mercuri du monde que nous côtoyons chaque instant sans parfois le fréquenter. »

Yves Ducret, psychothérapeute et Directeur des écoles 



« Quel curieux livre qui ne dit pas comment vivre mieux, ni même autrement, qui dit de vivre tout simplement.»

Noëlle Bréham, animatrice France Inter, TV5



« Pour goûter ces textes, il n’y faut chercher aucune démonstration, mais au contraire, se laisser entraîner par la ritournelle… Ne pas réfléchir, se laisser imprégner, ne pas résister à la transfusion d’images qui s’opère… »

Professeur Patrick Mac Leod, Directeur du laboratoire de neurobiologie sensorielle, EPHE



« Je pense que c’est un grand texte, très touchant et remarquable. Merci pour la joie de cette lecture. » 

Jean-Pascal Debailleul, conteur et thérapeute, auteur du Jeu de la voie des contes



« Il est important de protéger les enfants, de les préserver et surtout de leur permettre de garder leurs sens, les sens humains qui sont les grandes fonctions de la vie » 
Antonino Mercuri

Extrait :
« Tu es né de la vie.
 Tu es né sur terre et tu cherches ton chemin.
 Enfant, si tu cherches ton chemin, c'est que tu n'as pas trouvé de sens à ta vie et pourtant tu n'es qu'un enfant.
 On pourrait croire que tu ne cherches rien parce que tu n'es qu'un enfant, et pourtant toi aussi tu aspires à une vie qui te donne tout le sens à la vie que tu as. »

Antonino Mercuri est écrivain et ostéopathe. Son site officiel.

Antonino Mercuri, Au plus profond de soi-même… l’enfance. Ed. du Souffle d’or. 14,50€.

mercredi 4 avril 2012

Relier les connaissances, Edgar Morin (livre)



Ce livre rassemble les travaux des «journées thématiques» organisées en mars 1998 sous l'égide du ministre de l'Éducation, Claude Allègre. Il s'agissait de montrer qu'il était possible de répondre aux deux grands défis que la connaissance devra affronter de plus en plus au cours du troisième millénaire.

-   Le défi de la globalité, que pose l'inadéquation aggravée entre un savoir fragmenté et compartimenté entre les différentes disciplines d'une part, et des réalités multidimensionnelles, globales, transnationales d'autre part.
-       Le défi de l'accroissement ininterrompu des savoirs qui rend sans cesse plus difficile l'organisation des connaissances autour des problèmes essentiels.


Par ces journées thématiques, on voulait tenter d'intégrer les disciplines dans des cadres de pensée qui correspondent aux grands problèmes que se pose l'esprit : le monde, la terre, la vie, l'humanité; de donner une égale importance à la culture des humanités et à la culture scientifique en les faisant communiquer; de régénérer les vertus cognitives et existentielles de la littérature, de la poésie, des arts.
Venus de toutes disciplines et associant leurs compétences, les participants ont apporté la preuve qu'on pouvait ressusciter une culture et l'enseigner.

Extrait :

« Quels savoirs enseigner dans les lycées? Comment, surtout, établir des liens entre les différentes connaissances ? Je vais essayer de répondre à ces questions en pensant aux élèves et à leurs professeurs tout autant qu'à ceux et celles chargés de concevoir les enseignements du secondaire. Je m'intéresserai en particulier à la relation entre l'approche analytique des savoirs et leur approche systémique.

Traditionnellement, les recherches portent sur les causes premières par le biais de la méthode analytique : le microscope et le télescope sont des outils qui permettent de disséquer la complexité pour la réduire à des éléments simples... Mais on a découvert au cours des dernières années, après avoir mieux évalué les relations des disciplines entre elles, qu'une démarche dite « systémique » permet d'organiser les connaissances d'une manière différente et de comprendre non plus seulement par l'analyse, mais aussi par la synthèse. L'ordinateur peut nous y aider. Il ne s'agit plus uniquement du microscope et du télescope, mais du macroscope. Celui-ci permet de rendre compte de la dynamique, des évolutions, en s'aidant de simulations. Grâce aux ordinateurs, nous sommes en possession, aujourd'hui, de moyens pour mieux comprendre la complexité et mieux agir sur elle. La démarche analytique a conduit à un éparpillement des connaissances, à un émiettement des savoirs. Il nous faut les reconstruire afin de mieux les enseigner.

L'approche analytique et l'approche systémique sont complémentaires. L'une se focalise sur les éléments, tandis que l'autre s'intéresse surtout aux interactions entre ceux-ci. L'approche analytique considère la nature des interactions, tandis que l'approche systémique prend également en compte leurs effets. La précision des détails prime dans la démarche analytique, la perception globale dans la vision systémique. La première est indépendante de la durée, tandis que la seconde l'intègre. » p.397 Joël de Ronay

Edgar Morin, Relier les connaissances. 1999. Ed. du Seuil. 22,20€


mercredi 21 mars 2012

Journée Internationale de la Poésie

Aujourd'hui, 21 mars, Journée Internationale de la Poésie...  Et retour du Printemps!

"D'où l'importance capitale de la culture esthétique qui nourrit ce qui est pour moi la poésie de la vie. La prose, c'est-à-dire l'inévitable et l'obligatoire, sans joie, est ce qui peut nous faire survivre et nous empêche dvivre vraimentVivre vraiment, c'est vivre poétiquement c'est-à-dire dans l'épanouissement de soi, la communauté, l'amour, la participation à autrui et au monde."
Edgar Morin


La nécessité de s'émouvoir, toujours s'émouvoir, de tout et de rien. De l'immensité, et du très bas. Choisir la joie, incarner son bonheur... Accueillir ce qui est, infiniment, profondément... 

lundi 12 mars 2012

Christian Bobin et la contemplation joyeuse



Christian Bobin est le conteur des petites joies. Et pourtant, son œuvre est empreinte d’une spiritualité profonde. Son style est épuré. Il n’y a guère besoin de plus pour aller à l’Essentiel. 
Dans un éclat de rire enfantin, dans une fleur épanouie, il saisit l’intensité de  l’amour divin. Ses mots deviennent Souffle, ses livres Lumière. 

On s’y berce de Silence et de Solitude. On s’y recueille, comme arrivés au terme d’un pèlerinage, dans une petite église de campagne modeste, baignée de lumière et perdue dans les champs. Ce pourrait aussi bien être une clairière, ou une forêt, l’église serait faite de branches, de feuilles et de rayons de soleil qui perceraient le feuillage. Nous étions fatigués, nous nous rafraîchissons à la source de l'eau vive. 

On peut reprendre, à nos moments perdus, l’un ou l’autre de ses ouvrages, déjà lu maintes fois. Tout à coup, en relisant un passage, on retient son souffle, on s’arrête, on ressent la Grâce, figés dans un moment d’infini. 

Il y a des pages où l’on trouvera un instant de clarté ou le sacré d’une joie enfantine. Un moment hors du temps, une éternité. On s’émerveillera d’une fleur et de sa teinte délicate, d’un nuage dans le ciel bleu, de la blondeur d’un blé ou de la pluie dans le jardin. On contemple avec une profonde gratitude envers la magnificence de la vie. 

D’autres pages nous parleront de l’absence et du vide, à la fois doux et arides. Absence de l’autre, et absence de Dieu. Les nuits de l’âme, quand tout nous écorche, tout nous fait mal, que nous sommes à fleur de peau. Dieu ne nous laisse jamais bien longtemps seuls, Il rejaillit tôt ou tard, dans les champs ou dans les arbres, peu importe : Il est insaisissable et si présent. 

Finalement, dans la désespérance la plus âpre, il y a aussi des éclats de joie. Comme après l'orage, quand une éclaircie déchire le ciel sombre et illumine le paysage. Tout nous semble alors plus léger, l’air est respirable. 

L’auteur est épris de liberté : il s’est forgé des ailes de mots pour embraser les cieux. Plus tard, il se cache dans le coeur d'un coquelicot : on ne peut le cueillir, que déjà il se fane. 

« La moindre joie ouvre sur un infini. » 
Bobin, Geai