Affichage des articles dont le libellé est Unschooling. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Unschooling. Afficher tous les articles

dimanche 7 septembre 2014

Bonne année IEF...


Bonjour à tous!

Je profite de ce message pour vous dire que nous sommes officiellement en IEF. Je ne sais pas si je vais poursuivre ce blog sous cette forme, ou bien le laisser tel quel, avec toutes les idées accumulées au fil des ans, pour que chacun puisse encore en profiter. J'envisage peut être d'ouvrir un nouvel espace dédié à notre aventure non-sco, sans pour autant trop entrer dans notre intimité que je souhaite préserver, mais en vous faisant partager les découvertes et outils d'apprentissages. Quoiqu'il en soit, cette année s'annonce informelle, libre et joyeuse. 

Cette première semaine a été riche et heureuse. 

Bilan : aller à notre rythme ; de longues promenades dans la nature au soleil ; une grande balade à Paris, la visite du Musée national du Moyen Âge de Cluny (le plaisir d’avoir le musée pour nous seuls ou presque) et un petit garçon admiratif devant les tapisseries de la Dame à la licorne, la visite de Notre-Dame - y ramasser le premier marron de l'automne presque arrivé ; l’approvisionnement en bons fruits et légumes bio (choisir, peser, calculer) et cuisiner ensemble (un changement d'alimentation avec encore plus de fruits et  de légumes) ; visionnement de documentaires scientifiques ou animaliers, mais aussi de « la Boite à Musique » de Zygel ; lecture d’un énorme tas de livres rapporté de la bibliothèque ; écouter Mozart, encore et encore ; un peu de relaxation et de yoga ; s’occuper de nos plantes et petites plantations ; un après-midi à se défouler dans un parc de jeux ; des apprentissages informels et autonomes sur l’alphabet, les chiffres, les animaux, la nature, l’espace ; ateliers aquarelle waldorf ; et bien sûr des heures de jeux libres. 
On peut dire que la semaine a été bien remplie !

PS: Je m'excuse platement pour tous les commentaires et les mails restés sans réponse jusqu'à aujourd'hui, je manque de temps! Mais je vous remercie infiniment pour vos commentaires et témoignages. Je rappelle aussi que ma page FB Education Joyeuse est alimentée presque quotidiennement. 

A bientôt dans nos nouvelles aventures!
Aurore

samedi 28 septembre 2013

Eduquer ses enfants ou les accompagner ?



Source

Au début de mon voyage dans le monde de l’éducation, avant de devenir maman, je m’interrogeais quant à la meilleure pédagogie pour élever un enfant. Après avoir étudié nombre de courants éducatifs connus et moins connus, en passant bien entendu par l’option éducation nationale, je me suis ensuite familiarisée avec l’instruction en famille, et enfin, la non-scolarisation ou unschooling en anglais. 

Au départ, bien sûr, lorsque l’on choisit un courant pédagogique, il y a sans doute intervention de facteurs personnels, voire émotionnels. Tel parent sera plus sensible à la pédagogie Montessori qui lui semble logique et concrète, tel autre plutôt à du Steiner-Waldorf pour l’aspect créatif et artistique voire spirituel, ou encore à du Freinet pour l’aspect collectif et collaboratif, etc.
Il y a aussi la volonté de bien faire ; le parent va se former du mieux qu’il peut à la pédagogie choisie, et peut-être, comme c’est souvent le cas, mêler les apports d’autres pédagogies.
Mais comme nous le savons, la réalité n’est pas si simple, et si le fait de s’accrocher à une pédagogie peut être rassurant, nous en percevons bien vite les limites. Les pédagogies nouvelles commencent à dater ; les enfants d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes, ni physiologiquement, ni psychologiquement. Et le monde dans lequel nous vivons a changé, tout comme ses enjeux, ses défis. Il est donc impossible de « plaquer » une pédagogie sur un enfant, et plus encore sur un groupe d’enfants. Nombre de parents auront eu l’intelligence de s’en rendre compte, et de lâcher du lest pour permettre à l’enfant d’être plus acteur de ses choix éducatifs.

Aujourd’hui, je suis persuadée qu’une éducation réelle doit faire le chemin inverse. Observer et écouter un enfant – chaque enfant – et lui laisser la plus grande amplitude possible. L’adulte est alors un accompagnant, qui se limite à répondre à une demande exprimée par l’enfant. Il s’agit d’un renversement total, d’un virage à 180° ; et si en théorie nous sommes nombreux à avoir cerner sa nécessité et à tenter de l’appliquer tant bien que mal, nous percevons vite nos propres limites d’êtres conditionnés par une éducation autre. Les vieux réflexes resurgissent toujours, à un moment ou à un autre, dans un comportement ou encore une phrase, dont nous sentons de suite qu’elle n’est pas « juste » ; mais elle est présente, et nous invite alors à nous penchons sur l’enfant que nous avons été, auquel on a refusé cette part de liberté.

J’en suis arrivée à m’intéresser au courant du unschooling. Et là, les choses m’ont semblées limpides : après tout, vivre, c’est apprendre. Et nous apprenons tout au long de la vie, par nous-mêmes. En observant un enfant, nous voyons clairement que l’apprentissage de ses connaissances ou de ses compétences ne dépend pas de nous. Et que c’est à la condition d’avoir été pleinement acteur de ces acquisitions qu’elles se révèlent durables. Un enfant, poussé par sa curiosité et son enthousiasme, peut tout apprendre. Je dis bien tout apprendre. S’il a besoin d’aide, il l’exprimera. Mais le laisser suivre le fil de ses passions est, me semble t’il, la façon la plus saine et la plus intelligente d’envisager l’éducation. De cette façon, l’enfant ne subit aucun conditionnement, aucun échec, aucune compétition, aucun enjeu, si ce n’est celui d’apprendre, pour le plaisir d’apprendre et de mettre en pratique. Alors, il y mettra tout son cœur et tout son sérieux. L’éducation, qui est synonyme de vivre, revient alors à apprendre joyeusement, passionnément, pour toute la vie, s’adaptant, et servant à révéler les merveilles dont chaque enfant, dans son unicité, est porteur.

Pourquoi notre enfant devrait-il nous croire sur parole, obéir à un programme prédéfini qui ne l’intéresse pas, rentrer dans le moule et la compétition ? Nous ne savons pertinemment, tout cela, et même avec les meilleures intentions du monde, ne va servir qu’à freiner sa quête, éteindre sa curiosité, et finalement bloquer un processus naturel.

Pourtant, nous avons tous des automatismes, soyons-en conscients. Mais nos enfants ne sont pas nos choses. Profondément, ils sont la manifestation de la Vie et de l’Amour, ils ne nous appartiennent pas, nous ne sommes que leur protecteur temporaire. Et sur un autre plan, ce sont souvent eux qui se révèlent être nos plus grands guides dans la vie. Ils nous amènent, avec beaucoup d’amour, à donner le meilleur de nous-mêmes. Parce que c’est ce que nous souhaitons leur offrir. Et à cet instant, ils nous font comprendre que ce cadeau ne leur était pas destiné, mais que c’était le notre.

La réponse à tous ces questionnements réside dans la confiance. Lorsque j’ai confiance en mon enfant, je lui offre la possibilité d’une part de vivre ses expériences, et d’autre part de gagner en confiance en lui. Habitué à vivre une certaine liberté, il sait que celle-ci signifie aussi responsabilité. Ecouté et respecté, il n’aura pas besoin a priori de tester nos limites (ou les siennes).

Si je fais confiance à mon enfant, j’apprends aussi à me faire confiance, et à avoir confiance en ma sagesse de parent. Bien sûr, il est normal d’avoir peur, d’être inquiet pour son enfant, mais il faut combler ces inquiétudes par de la confiance.

Et de la joie aussi : joie de vivre, joie d’expérimenter cette vie, joie d’apprendre, joie de créer une relation saine et authentique.

jeudi 14 mars 2013

D’une expérience d’apprentissage libre - témoignage



D’une expérience d’apprentissage libre et des réflexions qu’elle m’a amené à construire: Le témoignage d’un déscolarisant

Alors que la grande majorité des occidentaux sont scolarisés dès leur plus jeune âge, j’ai vécu les seize premières années de ma vie en dehors de l’institution scolaire. J’ai ensuite rejoint le lycée où j’ai passé trois ans. Je crois ainsi avoir vécu une expérience intéressante que je me propose de partager avec vous. Je voudrais tout d’abord témoigner de mon parcours, puis vous faire part de quelques réflexions sur l’école et la déscolarisation que j’ai eu l’occasion de construire progressivement au cours de ces dernières années.

Mon parcours
Jusqu’à l’âge de 16 ans, j’ai vécu ce que j’appellerai un apprentissage libre (« unschooling » en anglais) : je n’ai suivi aucun cours, ni en classe, ni par correspondance. Bien que peu connue, cette pratique est tout à fait légale en France, où, si l’instruction est obligatoire, l’école ne l’est pas (loi du 28 mars 1882 modifiée et ordonnance n° 59-45 du 6 janvier 1959 relative à l’obligation scolaire). Mes parents ont simplement déclaré à l’Inspection Académique que j’étais « instruit dans la famille ». Un inspecteur venait alors plus ou moins régulièrement vérifier que je possédais des connaissances acceptables. Lorsque j’ai vécu cette expérience, il était censé me visiter durant les années de CP, de sixième et de troisième. Depuis peu, il est supposé effectuer ses contrôles chaque année. Cependant, ses visites se font plutôt selon son bon plaisir, lorsqu’il en prend le temps.

Au début, ce choix de ne pas me scolariser fut celui de mes parents, et en particulier de ma mère, titulaire d’une licence d’allemand qui a beaucoup lu et réfléchi sur l’éducation, notamment lors d’une année de fac de psychologie au cours de laquelle elle avait suivi des cours de sciences de l’éducation et de psychologie de l’enfant et avait travaillé sur Pour une société sans école d’Ivan Illich. Lors de ma naissance, elle s’intéressait à la pensée de Maria Montessori selon laquelle les enfants sont capables de faire comprendre à leurs parents ce dont ils ont besoin. Or mes parents n’avaient pas ressenti de ma part de signes montrant que je souhaitais aller à l’école. L’expérience de professeur de français de mon père, maître ès lettres modernes a dû aussi contribuer à ce choix : il a en effet démissionné de son poste lorsqu’il s’est rendu compte que ses élèves n’avaient aucune envie d’apprendre : il ne considérait pas que son rôle était de les forcer à s’intéresser à quelque chose qui ne les intéressait pas. Cependant, mes parents me demandaient chaque année si je désirais aller à l’école.

J’étais ainsi « instruit dans la famille » et je ne subissais aucune contrainte quant à l’instruction. Je veux dire par là que l’on me m’imposait ni matière à travailler, ni horaires durant lesquels travailler. C’était donc ma curiosité naturelle qui me poussait à m’intéresser aux choses. Enfant, je me suis ainsi passionné pour les trains : je lisais des revues sur ce sujet, dessinais des trains et calculais leur échelle... Mes passions étaient les moteurs d’un processus d’apprentissage dont j’étais maître.

C’est dans ce contexte qu’à l’âge de dix ans environ, j’ai décidé de rédiger un journal à l’attention des autres jeunes qui ne fréquentaient pas l’école, mais aussi de ma famille et de nos amis. C’est principalement à travers cette activité que j’ai travaillé ce que l’on a coutume d’appeler le français, mais aussi la plupart des autres disciplines scolaires comme l’histoire, la géographie, la biologie ou encore la physique. En effet, au fur et à mesure que je grandissais, mon journal évoluait avec moi, et je suis passé progressivement du récit de mes journées et de la description de l’univers imaginaire que j’avais inventé avec mes frères et ma sœur à la rédaction d’un journal plus scientifique. Ainsi, vers douze ans, j’ai parlé de la l’invention des nombres. Plus tard, je me suis intéressé à des thèmes comme l’Arménie et la Chine, l’histoire de la tomate, la migration des oiseaux ou encore, à quinze ans, l’astrophysique.

Le traitement d’un tel thème me prenait environ deux mois, à raison de trois à quatre heures de travail par jour. Je faisais tout d’abord des recherches documentaires, principalement à la médiathèque de ma ville. Je lisais ensuite trois à cinq petits livres ou articles d’encyclopédie sur le thème que j’avais choisi tout en prenant des notes. Je rédigeais alors des articles de vulgarisation sur différents points à l’intérieur de ce thème. Prenons l’exemple du numéro sur l’astrophysique. J’avais alors traité de l’Histoire de la découverte de la théorie du Big Bang, de l’Histoire de l’univers selon le modèle standard, de la composition de la matière, de la question de l’infini dans l’univers et enfin de l’énigme de la nuit noire (puisqu’il y a un nombre très important d’étoiles, la nuit devrait être aussi claire que le jour) pour un total de quatorze pages. Ma dernière tâche était la recherche d’illustrations, principalement dans des encyclopédies électroniques et sur Internet, puis la mise en page et enfin la relecture.

Parallèlement, vers l’âge de douze ans, j’ai aussi décidé de faire régulièrement des mathématiques, que je travaillais à partir d’un livre scolaire avec ma mère et mon frère cadet d’un an et demi, puis de l’anglais. Ainsi, à l’âge du collège, voici globalement à quoi pouvait ressembler pour moi une journée ordinaire :
2/4 9 h lever 10 h
11 h 30 travail sur mon journal
11 h 30 - 12 h 30 mathématiques
14 h - 17 h balade en vélo à travers ma région avec mon frère, bibliothèque, sorties ou visites diverses
17 h 30 - 18 h 30 parfois un peu d’anglais
18 h 30 - 20 h 30 travail sur mon journal

Ainsi, je « travaillais » globalement cinq heures par jour. Mais je tiens à souligner que c’est moi qui décidais de mes occupations. Ce qui semble s’apparenter à du travail scolaire n’était en général pas pour moi une contrainte (sauf quand j’étais en retard pour mon journal et que j’avais décidé de le finir rapidement, mais ça faisait partie du jeu...) et que lorsque je voulais partir quelque part ou que nous visitions d’autres familles qui pratiquaient l’instruction dans la famille, je pouvais très bien décider de ne rien faire de tout cela.

Voilà pour le côté « scolaire » de ma vie hors du circuit éducatif ordinaire. Qu’en est-il sur le plan relationnel ?
Lorsque j’étais enfant, je fréquentais comme tout le monde les autres enfants de mon quartier au bac à sable ou au terrain de jeu, tandis qu’avec mes deux petits frères et me petite sœur tous trois instruits « à la maison », j’avais toujours des compagnons de jeux, de balade, de bricolage ou de travail. J’ai ensuite fréquenté beaucoup d’adultes, mais aussi d’autres déscolarisants alsaciens - nous devions être une demi-douzaine de familles à nous voir très régulièrement. Je ne me sentais donc pas en manque de fréquentations.
Cependant, lorsque j’ai atteint l’âge de l’adolescence, j’ai ressenti que la plupart de mes fréquentations étaient moins âgées que moi : à l’âge du collège, les autres jeunes de ma ville passaient de plus en plus de temps au sein de leur établissement, si bien que j’ai fini par ne plus les voir alors que les autres déscolarisants alsaciens étaient presque tous plus jeunes que moi. Je me suis alors inscrit dans un mouvement de jeunesse pour l’initiation à l’environnement, où j’ai pu me faire quelques copains, puis au club de canoë-kayak.

Cependant, là encore je ne voyais tous ces gens que le week-end. Dès lors, au début de l’adolescence, je manquais de vrais amis de mon âge avec qui « sortir » et discuter de tous les problèmes existentiels qui se posent à un jeune à cette période. Je suis ainsi devenu un solitaire dans la Nature.
C’est pourquoi, à l’âge de 14 ans, j’ai décidé de rentrer au lycée. J’ai donc pris une année pour préparer l’examen qui permet aux jeunes qui ne suivent pas les programmes de l’éducation nationale (par exemple ceux scolarisés dans des établissements privés hors contrat) de rentrer au lycée. J’ai aussi profité de cette année pour voyager - afin de voir du pays, mais aussi de nouvelles têtes. J’ai notamment passé quelques semaines en Angleterre, où j’ai contribué à l’organisation d’un festival de musique.

J’ai obtenu mon examen - premier contact avec l’enseignement académique - avec des notes assez originales (8 en maths et 18 en français, alors que j’étais persuadé d’être bon en maths, mais beaucoup moins en français, puisque si je savais écrire, je ne maîtrisais pas le vocabulaire de l’analyse grammaticale !) qui ne m’ont malheureusement pas permis de rentrer au lycée agricole où mon intérêt pour la nature et l’environnement m’avait attiré. En effet, il s’agit d’un lycée spécialisé, qui peut donc refuser des élèves. A l’entretien d’entrée, je crois que la conjugaison de ma note en mathématiques avec le récit de mon parcours peu ordinaire a profondément refroidi l’équipe pédagogique plutôt conformiste du lycée agricole.

Je suis donc rentré en seconde dans mon lycée de secteur. Cette année fut pour moi celle des nouvelles expériences, entre bons résultats scolaires et temps d’adaptation dans mes rapports avec les autres lycéens : si j’avais des amis, je ne me sentais malgré tout pas intégré.
L’année suivante, j’ai à nouveau postulé au lycée agricole, où je souhaitais entrer en première scientifique pour préparer un baccalauréat spécialité biologie écologie, qui diffère de la spécialité sciences et vie de la terre de l’éducation nationale par le fait que la géologie y est remplacée par de l’écologie (branche des sciences de la vie qui étudie les relations des différents êtres vivants entre eux et avec leur milieu). Étant donné mes bons résultats en seconde, le lycée agricole a été plus ou moins obligé de m’accepter. J’ai ainsi passé deux ans très agréables en internat. Si la mentalité de l’administration restait très conservatrice, j’ai pu trouver une formation qui me passionnait dans un petit lycée où tout le monde se connaissait et où je me suis épanoui. J’ai obtenu le bac cette année avec mention très bien et je me suis inscrit en Licence de Biologie des Organismes et des Écosystèmes.

Cependant, si à mon entrée dans le système scolaire ma motivation naturelle m’a permis d’obtenir de bons résultats scolaires, cette motivation n’a cessé de baisser au fil des années de contraintes et de travail obligatoire à temps plein imposé par l’institution scolaire.

Quelques réflexions
Mon expérience m’a donc amené à quelques réflexions sur le système scolaire que j’aimerais partager. Il m’apparaît deux idées importantes.
Dans le contexte de notre société actuelle, la préservation de relations sociales suffisantes au plein développement du jeune lors de l’adolescence en dehors du système scolaire, pendant la période du collège et du lycée me semble un sujet très important à considérer. Cependant, il me semble que ce système scolaire est tout à fait inadapté à notre nature 3/4 humaine. S’il enseigne des connaissances, il détruit dans le même temps de nombreuses qualités que possédaient l’enfant ou le jeune. Est-il alors intéressant d’entrer à l’école à partir d’un certain âge ? Quelles autres solutions envisager ?

Dans le contexte actuel, la déscolarisation me semble rendre difficile la préservation des relations sociales nécessaires au plein développement du jeune au moment de l’adolescence. Certes, j’ai toujours fréquenté de nombreuses personnes, mais il s’agissait en général soit d’adultes, soit de jeunes moins âgées que moi. En effet, à partir d’un certain âge, les jeunes passent le plus clair de leur temps dans leur établissement scolaire : c’est là qu’ils tissent des liens d’amitié, puis d’amour... D’autre part, les autres déscolarisants de mon âge étaient rares et habitaient souvent loin. Dès lors, en tant que déscolarisant, j’ai vécu une période de flottement durant laquelle je n’avais pas d’amis avec lesquels « sortir » et discuter de tous les problèmes existentiels que l’on se pose à cette période de la vie. Certes, il est probable que la plupart des jeunes se sentent perdus à un moment de leur vie. Mais il me semble tout de même que vers la période de la fin du collège, si j’ai vécu des expériences enrichissantes par d’autres côtés, le fait d’être coupé de la majorité des jeunes de mon âge m’a fait rater une étape importante : j’avais besoin d’être dans le monde des jeunes, et c’est pourquoi j’ai décidé d’entrer au lycée.
La déscolarisation pose donc le problème de la vie entre jeunes à l’adolescence. Mais l’école pose d’autres problèmes. Le système scolaire me semble inhiber, voir détruire de nombreuses qualités inhérentes à l’Homme et qui ne s’expriment en général dans notre société que chez l’enfant : il me semble qu’il menace la curiosité naturelle de l’Homme comme sa créativité et son originalité. Il me paraît tendre au contraire vers l’uniformisation.

Notre système éducatif me paraît tout d’abord menacer l’envie d’apprendre que l’absence de cours académique préserve. Ainsi, lors de mon expérience de l’apprentissage libre, c’est à dire en l’absence de contrainte, ma curiosité naturelle m’a poussé à m’intéresser à de nombreux sujets différents. J’ai ainsi lu des livres ou des revues scientifiques qui m’ont permis d’acquérir de moi-même les connaissances qui sont imposées à d’autres. J’ai même pu aller plus loin et m’intéresser à l’astrophysique à un niveau qui n’est pas traité au lycée à travers des livres comme ceux d’Hubert Reeves. Ma curiosité et mon envie d’apprendre m’ont poussé à me donner des obligations, comme la rédaction de ma revue à intervalles réguliers ou la pratique quotidienne des mathématiques, objectifs qui m’ont poussé à organiser mes journées.
Au contraire, le système scolaire impose à l’élève de nombreuses contraintes. Tout d’abord, le savoir lui est imposé : il est tenu de s’intéresser à la physique de 8 h à 10 h, puis à l’histoire de 10 à 12, etc. De plus, les heures de cours me semblent trop nombreuses : on requiert l’attention de l’élève environ huit heures par jour, sans compter les devoirs, alors qu’à la maison je ne travaillais que cinq à six heures dans une journée en évoluant autant sinon plus qu’un élève scolarisé. Apprendre devient alors une contrainte dont on cherche naturellement à se libérer. La curiosité naturelle disparaît, et le désir d’apprendre se transforme en corvée des devoirs.

C’est mon expérience personnelle qui est à l’origine de ces conceptions. Il me semble en effet que c’est mon envie d’apprendre, préservée par la non-scolarisation qui m’a permis d’avoir de bons résultats au lycée, alors que pour la plus grande partie de mes camarades scolarisés depuis la primaire, apprendre était déjà devenu une corvée. De même, je pense avoir personnellement vécu cette démotivation progressive. En première, je travaillais mes cours car ils m’intéressaient. J’étais naturellement motivé pour des révisions qui étaient pour moi agréables. En terminale si j’étais toujours intéressé, apprendre devenait une contrainte, d’autant plus qu’il y avait un objectif imposé à la fin de l’année : le bac. Il m’arrivait plus souvent qu’auparavant de me dire « je n’ai pas envie de travailler, mais je dois le faire ». Ainsi, au bout de trois ans de cours au lycée, j’ai ressenti une certaine perte de motivation, qui s’est encore accentuée à la fac. Dès lors, il me semble que les personnes scolarisées depuis leur enfance, en particulier les plus fragiles, peuvent avoir perdu toute envie naturelle d’apprendre. Elles doivent se forcer pour tenter de comprendre ce que l’on se croit tenu de leur enseigner, et finalement se résigner à tenter d’apprendre sans y parvenir pour finalement être amenées à redoubler.

J’ai ainsi acquis la conviction que notre système éducatif inhibe la curiosité naturelle de l’Homme
De plus, il me semble que l’institution scolaire inhibe aussi la créativité qui fait de chacun de nous des êtres différents et donc intéressants. En poussant à la recherche d’un résultat immédiat, sanctionné par la note, elle forme à la productivité. Elle s’oppose dès lors aux arts, à la philosophie et en général à toutes les activités qui ne sont pas directement utiles, c’est à dire qui ne servent qu’à satisfaire le bonheur intérieur de l’individu. Il me semble ainsi particulièrement stupide - bien que ce soit justifié par la volonté d’initier le plus grand nombre à cette discipline passionnante - de pratiquer la philosophie, qui demande une réflexion personnelle poussée dans un cadre scolaire. Demander aux élèves de réfléchir à un sujet qui ne les préoccupe pas forcément durant un laps de temps prédéfini me semble aux antipodes d’une réelle démarche philosophique. Cet exemple montre bien à mes yeux que le système scolaire n’enseigne qu’une productivité qui s’oppose à une réelle réflexion. Dès lors, il est facile de se laisser entraîner dans le superficiel et de ne plus penser profondément par soi-même. Il me semble ainsi que la préservation d’une certaine indépendance d’esprit et d’une certaine marginalité demande dans le système scolaire une grande 4/4 force de volonté - force que je ne crois pas que j’aurais eu. D’autre part, les personnes les plus sensibles pourraient ne pas être en mesure de s’adapter à un système totalement opposé à leur nature profonde et subir ainsi l’échec scolaire. Notre système tend donc à l’uniformisation et me semble plus en mesure d’abrutir des individus qui deviennent ainsi de bons consommateurs que de contribuer à créer une société riche de ses différences
Ainsi, les méthodes éducatives académiques me semblent inhiber à la fois la volonté d’apprendre, la sensibilité et la créativité de l’individu : en tentant d’en développer d’autres, elles tendent à détruire certaines qualités inhérentes à l’Homme et me semblent donc loin d’un idéal éducatif.
Si le système scolaire me semble très imparfait, il me semble qu’à partir d’un certain âge, il est enrichissant de sortir du contexte familial qui devient pesant à la longue pour vivre pleinement avec d’autres jeunes.

Une solution envisageable est d’entrer à l’école. La question qui se pose alors est celle de l’âge où l’entrée dans le système est la moins préjudiciable pour l’enfant. Il me semble en effet bénéfique de vivre hors du contexte scolaire pour forger sa personnalité et devenir ainsi moins perméable à un système destructeur, d’autant plus que c’est seulement lorsqu’ils vieillissent que les jeunes se cantonnent à leur établissement ; à l’âge du primaire, je ne crois pas avoir manqué de copains. Ayant vécu une période de flottement à la fin du collège, j’ai tendance à penser qu’il peut être intéressant pour un jeune déscolarisant de rentrer au collège. Cependant, de l’avis de plusieurs personnes qui ont toujours été scolarisées, le collège est l’un des moments les plus difficiles pour résister à la pression du système scolaire, notamment vis à vis de la curiosité naturelle, car il ne demande à l’élève qu’un apprentissage par cœur, tandis que sous le regard des autres, les jeunes encore immatures qui le peuplent ont tendance à succomber à toutes les modes sans y consentir profondément.
Cependant, plus qu’une simple adaptation au système scolaire, il me semblerait intéressant de créer une communauté éducatives où des jeunes déscolarisants se regrouperaient pour passer une partie de leur vie et vivre des expériences éducatives ensemble, sans professeurs ni cours. Certes, cela nécessiterait de trouver des façons de s’ouvrir sur l’extérieur pour ne pas créer un ghetto alternatif, mais pourquoi ne pas imaginer, par exemple, de monter des projets communs avec des lycées ?

Conclusion
Le système scolaire me semble critiquable à la fois du point de vue de l’apprentissage, puisqu’il transforme la curiosité naturelle en corvée d’apprendre, et du point de vue du développement de l’individu, puisqu’il inhibe sa créativité et son individualité au profit de la productivité. Cependant, il se trouve que c’est le système actuellement en vigueur dans notre société et qu’il draine tous les jeunes. Dès lors, dans notre monde actuel, il me semble nécessaire de réfléchir à la façon de préserver les relations sociales nécessaires à son plein épanouissement. Cela peut passer par la scolarisation, mais il me semble plus intéressant d’envisager un regroupement entre jeunes déscolarisants qui souhaitent vivre ensemble des expériences différentes sans se couper du monde
Enfin, ne pourrais-t-on pas imaginer un système éducatif dans lequel l’enseignement serait proposé sans aucune obligation. Chacun, suivant ses désirs, sa volonté et ses projets suivrait ceux qu’il souhaite, poussé par une curiosité naturelle qui pourrait pleinement s’exprimer. S’il doit justifier de ses connaissances, rien n’empêcherait le jeune de passer des certificats lorsqu’il se sentirait prêt, tandis que, le système étant généralisé, le problème de la préservation les relations sociales au sein d’un système marginal serait résolu de lui-même.

© Kjö Hansi Glaz, 2005 - 2006 Copyleft : reproduction totale et/ou partielle vivement conseillés.

vendredi 8 mars 2013

L'éducation, hors des sentiers scolaires (video)


L'école est l'institution centrale du système éducatif et le lieu d'instruction par excellence. Mais peut-on apprendre en dehors des salles de classes? Portraits de ces apprenants non scolarisés, qui ont fait le choix de s'instruire ailleurs et autrement.

*Allemagne : plan de sortie du système éducatif*

Dale J. Stephens a quitté l'école vers l'âge de 11 ans. Fort d'une série d'expériences diverses, il crée à 20 ans le mouvement social Uncollege.
L'idée fondatrice : le diplôme n'est pas l'unique clé de la réussite.

A Berlin, un projet similaire a vu le jour. Intitulé Playducation, il propose des méthodes d'éducation alternatives.

Apprentissage autonome et partagé



« L'enfant est un apprenant permanent. Laissé libre, dès sa naissance il emmagasine des informations sur le monde qui l'entoure et les trie. C'est ainsi qu'il apprend à reconnaître les personnes de son entourage, puis à décoder leur humeur et leurs messages, à affiner peu à peu ses moyens de communiquer avec elles. Un enfant libre maîtrise totalement son processus d'apprentissage. Il va refuser l'aide ou l'information qui ne lui est pas utile sur le moment, faire un nombre important d'essais et d'erreurs jusqu'à parvenir à ses fins, créer ses propres situations d'apprentissage, poser des questions extrêmement précises dans l'attente de réponses tout aussi précises. S'il obtient les réponses qu'il cherche, il va apprendre efficacement et durablement dans tous les domaines qui l'intéressent. »


Hackschooling Makes Me Happy (video)


When 13 year-old Logan LaPlante grows up, he wants to be happy and healthy. He discusses how hacking his education is helping him achieve this goal.

lundi 1 octobre 2012

Instruction à la maison : "Une critique sous-jacente de l’Éducation nationale"



Classes surchargées, rythmes scolaires controversés, enfants inadaptés au système établi, menace de déscolarisation... Voilà quelques jours à peine qu'a débuté la nouvelle année scolaire et déjà, les polémiques s'enchainent ; le changement tant attendu tarderait à venir. Nombre de parents se prennent ainsi à rêver d'une autre voie pour l'éducation de leurs enfants. Pourtant, c'est bien connu, l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans. "L'école" ? Pas vraiment...

La fameuse loi L 131-2 du Code de l'éducation parle plutôt "d'instruction obligatoire". En réalité, les parents ont le choix dans le mode d'instruction de leurs enfants : à l'école publique, au sein d'un établissement privé sous contrat avec l’État, dans un établissement privé non reconnu ou simplement à la maison, "dans la famille". Sans pour autant pratiquer l'école buissonnière, l'enfant peut donc tout à fait quitter les bancs de l'école pour ceux - plus confortables - du salon familial.

Scolarité et instruction, deux faux synonymes donc. Or leur définition législative reste ambigüe ; en 1999, une circulaire ministérielle demandant de "renforcer le contrôle de l'obligation scolaire" afin d'éviter les dérives sectaires, ouvrait le débat sur la question des limites du droit à l'enseignement (Lire ici Prevensectes.com). Jusqu'en décembre 2011, où une nouvelle circulaire a enfin défini précisément l'encadrement de "l'instruction dans la famille" (Lire ici Éducation.gouv.fr).

Si dans les pays anglo-saxons, ce phénomène baptisé "homeschooling" a pris une grande importance - pratiqué par plus 1,5 millions d'enfants aux USA, soit 2,9% des étudiants américains (Lire ici Education statistics), son usage reste très confidentiel en France. Sur près de 12 millions d'étudiants - dont 7 millions d'écoliers -, 30.000 suivent une éducation à distance - dont 27.000 au Centre national d'éducation à distance (Cned) ou dans des cours privés. Au final, ils sont "seulement" 3.000 élèves à pratiquer l'instruction en famille, soit moins de 0,03 % des étudiants français.

Alors que samedi 15 septembre 2012 a lieu la Journée internationale pour la liberté de l'instruction (Jipli), une poignée d'associations sont engagées toute l'année dans la défense de cette pratique : Libres d'apprendre et d'instruire autrement (LAIA), Les enfants d'abord ou encore Choisir d'instruire son enfant (Cise). En Bourgogne, s'est mis en place un réseau informel d'une trentaine de familles pratiquant les cours à la maison : le "Nonsco21". Pour fêter cette Jipli 2012, les familles se réuniront ainsi au parc de la Colombière, à Dijon (Voir ci-dessous les infos pratiques).

L'occasion pour les 65 enfants de 2 à 17 ans non scolarisés d'y retrouver leurs "camarades", mais aussi d'accueillir et d'informer d'éventuelles familles désireuses d'en savoir plus sur ce mode d'instruction. Pour les accompagner, Ysabel Aubé, animatrice de Nonsco21, qui prend elle-même en charge l'enseignement de ses deux filles de 9 et 10 ans. Très impliquée en faveur de l'école à domicile, elle ne se considère pourtant "ni revendicatrice, ni militante". Samedi 15 septembre, elle ne "sortira pas les banderoles". Son simple souhait : accompagner les familles dans leur choix, même dans leur processus de rescolarisation...

Ysabel Aubé, bonjour. Quelles raisons peuvent pousser certaines familles à choisir un autre mode d'enseignement que celui de l'école publique pour leurs enfants ? 



"Les causes sont vraiment plurifactorielles, même si majoritairement, ce choix fait suite à un échec scolaire que les enfants ont mal vécu. Chaque famille a son cas qui lui est propre. L'idée globale, c'est le bien-être des enfants. Certains subissent à l'école des agressions, sont victimes de phobie scolaire, ou au contraire s'y ennuient car sont surdoués.

D'autres parents font ce choix par philosophie de vie ou envie de liberté. Ils peuvent considérer par exemple suranné ou obsolète de mettre vingt-cinq enfants dans une même classe pour apprendre le même programme scolaire, et dénoncer un système scolaire très figé qui ne répond pas à la demande individuelle de chaque enfant. Pour d'autres familles encore, l'école est synonyme de contraintes, pour des raisons professionnelles, parce qu'elles voyagent beaucoup ou simplement parce qu'elles vivent en milieu rural. Avec le regroupement des écoles, la scolarité impose parfois beaucoup de transports. 


Quoi qu'il en soit, il y a toujours une critique sous-jacente de l’Éducation nationale. Je pense encore à des familles sans aucun a priori qui ont des enfants avec des problèmes de dyslexie ou de handicap comme l'autisme, et qui se retrouvent face à un système qui ne peut pas accueillir leurs enfants. Au bout d'un moment, ils sont obligés de les déscolariser car ils ne trouvent pas de place dans les établissements spécialisés.



L'instruction en famille ne risque-t-elle pas de rendre l'enfant asocial ?



Il faut d'abord distinguer socialisation et sociabilité. En réalité, ce n'est pas la socialisation forcée de l'école qui fait qu'on a plus d'amis, qu'on est plus sociable. Des milliers de gens peuvent témoigner de leur expérience atroce de l'école. Certains ont quitté l'école sans avoir aucun ami ! Il est vrai qu'un enfant qui a toujours été à l'école dès le départ crée des liens sociaux autour de lui. Dans les milieux ruraux, c'est très difficile de créer des liens si on appartient pas à des structures. 


Avant tout, il faut que l'enfant soit bien. Il n'y a pas de hiérarchie entre l'école et la maison ; l'important, c'est ce qu'il désire lui, qu'il soit le plus armé pour sa vie sociale à lui. Bien que mes enfants soient à la maison, nous faisons beaucoup de rencontres et de sorties ! Ils sont rassurés, sereins et font preuve d'une adaptabilité formidable. Y compris dans le cadre d'une réinsertion dans le milieu scolaire, même si parfois, il leur faut travailler un peu plus que les autres. Ils ont une meilleure autonomie et une meilleure détermination reconnues.



Qu'est-ce qui pourrait pousser un enfant à reprendre le chemin de l'école ? 



Se faire des amis. Trois de mes grands enfants ont préféré faire une pause durant leur parcours scolaire, mais y sont retournés. L'école était pour eux un lieu de rencontre, d'échange... D'autres enfants intègrent le système éducatif car ils ont dans la tête d'apprendre un travail réglementé, comme architecte ou médecin. L'école a ses codes ; ils peuvent donc réintégrer l'école souvent en seconde – pour passer le bac et se préparer aux grandes écoles. 



Comment l’État peut vérifier peut vérifier la qualité de l'instruction que l'enfant reçoit à la maison ?


L'instruction en famille est soumise, non pas à autorisation, mais simplement à déclaration à la mairie et à l'inspecteur d'académie. Par la suite, la mairie vient tous les deux ans vérifier, par une impression globale, si l'enfant peut recevoir une instruction correcte. De son côté, l'inspection vient elle aussi contrôler une fois par an le suivi de l'instruction des enfants. 

L'instruction en famille n'est pas soumise aux programmes scolaires, mais les enfants doivent recevoir les enseignements cités dans le socle commun de connaissances et de compétences. Seulement, nous n'avons pas à respecter les paliers du socle commun (CM1, sixième ...). L'inspecteur vérifie simplement si l'enfant progresse d'année en année. 

Cependant, les façons d'instruire les enfants peuvent s'avérer très diverses : certains parents les font asseoir comme à l'école de 9h à 12h, puis de 14h à 17h, alors que d'autres familles sont beaucoup plus libres. Le travail de l'inspecteur est donc assez délicat, surtout que la plupart ne savent même pas que nous ne sommes pas soumis au programme scolaire ! Toute la difficulté est de leur expliquer que l'enfant n'a peut-être pas forcément encore, dans un domaine spécifique, le niveau scolaire en rapport avec son âge, mais qu'il peut tout à fait le rattraper et le dépasser plus tard !

Niveaux d'étude variables, manque de temps... Ce mode d'apprentissage est-il vraiment accessible à tous les parents ?



Il existe pourtant beaucoup de parents seuls ou isolés qui pratiquent l'éducation à la maison ! Et ce, principalement en raison de la démocratisation du télétravail. Je connais également des cas de parents qui travaillent tous deux à mi-temps et organisent leur semaine autour de l'éducation des enfants. Mais c'est évident que le cas le plus fréquent, c'est celui d'une maman qui ne travaille pas et s'occupe des enfants à la maison, pendant que le papa travaille.

Concernant le niveau des parents, légalement, il n'y a aucun niveau d'études requis. J'ai constaté que des parents n'ayant pas un niveau d'études élevé et qui ont pourtant fait le choix de l'instruction en famille, réapprennent quasiment tout avec leurs enfants, car ils relisent tous les cours ! J'ai en mémoire par exemple le cas d'une mère qui ne maîtrisait pas la langue française et qui, simplement en enseignant à ses enfants, a réappris toutes les bases de la grammaire. En quelques années, elle s'est mise à écrire parfaitement ! 

Par ailleurs, il est possible de demander de l'aide à n'importe qui susceptible d'éclairer l'enfant dans un domaine spécifique, que ce soit grâce à des proches ou en souscrivant à des cours particuliers payants.

Quels sont les cas d'échec parmi les expériences d'instruction à la maison ? 



Oui c'est vrai, il y a beaucoup d'échecs. Mais ils sont surtout dû à la déscolarisation : l'enfant, habitué au fait qu'on lui dicte tout à l'école, se retrouve du jour au lendemain autonome à la maison. Il faut que la famille se restructure autour de ce nouveau quotidien, que l'enfant s'adapte, et c'est parfois dur. D'autres jeunes, à l'inverse, n'ont pas forcément choisi de rester à la maison car il ont dû quitter l'école pour des raisons d'inadaptation médicale par exemple. Ils se sentent écartés de force. 

Le succès de l'expérience se joue toujours dans l'année scolaire, voire dans les six premiers mois. On voit beaucoup de parents qui rescolarisent leur enfant au plus tard au mois de janvier. Dans tous les cas, la période où l'enfant est resté à la maison a permis aux parents de réfléchir à l'enseignement, à l'apprentissage, de faire des recherches pour accompagner au mieux leur fils ou leur fille.
Quand l'enfant est rescolarisé, ce n'est jamais dans les conditions dans lesquelles il avait quitté l'école avant. Le fait de l'avoir gardé à la maison est très contrariant pour le directeur d'une école ; celui-ci va faire un effort et tout faire pour l'accueillir de nouveau dans de meilleures conditions. En règle générale, pour toutes ces raisons, la réintégration dans le système scolaire se passe bien."


Source: blog Mediapart dijonscope, 15 septembre 2012.

mardi 25 septembre 2012

L’instruction à domicile : la famille meilleure que l’école ?



Par Delphine Gazzabin
Éloge sans partage de l’instruction assurée par les parents, en regard d’une école vue comme source d’angoisse et de démotivation. Des propos qui appellent, pour le moins, de sérieuses discussions sociologiques !

On estime à 40 000 en France le nombre d’enfants qui reçoivent leur instruction en famille (IEF), un chiffre en constante augmentation. Il s‘agit de familles n’ayant jamais scolarisé leurs enfants ou les ayant retirés de l’école. Ils suivent des cours par correspondance (par le CNED ou des cours privés), ou bien des pédagogies particulières (Montessori, Freinet, Steiner...). D’autres « homeschoolers » se servent de divers supports piochés ça et là, manuels scolaires, cahiers de devoirs, logiciels d’apprentissages... Enfin, pour les « unschoolers », l’apprentissage est « libre et autogéré » [1] : on laisse au vécu quotidien le soin de faire acquérir à l’enfant par lui-même diverses connaissances.

Nous sommes tous des IEF

Notons d’abord que chaque famille, y compris celle d’enfants scolarisés traditionnellement, pratique l’IEF sans même en avoir conscience. La « culture familiale » est le départ de l’instruction en famille. L’enfant apprend par imitation et les parents ne doutent pas de leurs capacités à transmettre le langage, la marche, le jeu et les normes rituelles de leurs familles.
À chaque geste, les conseils se prodiguent, chacun devant faire le bon choix pour ne pas devenir un « mauvais parent »... Chacun peut raconter comment il a acquis tel ou tel savoir-faire auprès d’un parent ou d’un autre membre de sa famille ou d’un voisin. Apprendre à cuisiner ou faire du vélo, apprendre à jardiner ou bricoler, apprendre à naviguer sur internet ou utiliser une clef USB... C’est de l’instruction en famille et chacun est certain de sa compétence, tant que l’école ne s’empare pas du sujet. La curiosité de l’enfant, la passion de l’adulte, la nécessité des circonstances sont le terreau le plus propice aux passations de savoir -faire et savoir-être.
Pas de sentence, de points, de compétition, juste le temps, l’envie et la présence.

L’apprentissage idéal

Si le schéma d’instruction en famille semble loin de pouvoir aborder le contenu des programmes scolaires dans l’ordre établi par le protocole de l’éducation nationale, il donne en revanche tout son sens à l’apprentissage. L’enfant sait pourquoi il se questionne, il attend la réponse pour combler un besoin : la contrainte extérieure est remplacée par la motivation intrinsèque, l’enfant est au coeur de l’apprentissage.
Fréquemment l’apprentissage est autonome et indépendant. Les parents découvrent au gré des circonstances et dialogues, les connaissances que l’enfant s’est approprié par lui-même.
Le raisonnement de l’enfant lui est propre et son apprentissage arborescent crée des connexions et des liens entre des faits, des apprentissages, que nous classifions d’ordinaire dans des matières biens distinctes. L’instruction en famille ne catégorise pas les connaissances, c’est l’enfant qui assemble et recoupe ses apprentissages lui-même en fonction de ses intérêts et de ses raisonnements. On entend parler d’apprentissages transversaux : l’IEF pratique cela quotidiennement. Cuisiner revient à faire de la chimie mais aussi des maths et de la biologie à la fois !
Dans l’IEF, il n’y a pas de jugement posé sur l’activité de l’enfant, jeu ou travail. Pour un enfant de deux ans, monter une pyramide de cubes est une activité sérieuse. De même à dix ans monter un systéme hydraulique dans le ruisseau avec un moulin et un barrage est une activité sérieuse. Selon le regard que l’on pose et l’attitude adoptée l’activité devient le support d’un échange de connaissance et la source d’une recherche non plus seulement « un jeu d’enfant ». L’enfant découvre par lui-même des lois physiques, il les expérimente, se questionne, rencontre des difficultés et l’adulte peut lui proposer de chercher avec lui des solutions, des réponses : visiter un vrai moulin, regarder un reportage sur les barrages en construction, parler avec une personne travaillant dans le domaine, faire une recherche internet, aller trouver un livre en bibliothéque....de là on peut aborder les grands ouvrages hydrauliques dans le monde (un peu de géographie), l’évolution des techniques (l’histoire des progrès techniques), les problèmes liés au manque d’eau ou aux crues (histoire des peuples, actualités récentes).

Parents pédagogues

L’adulte est attentif à l’enfant, il est à son écoute, prend le temps d’être avec lui et lui propose des apprentissages qui l’intéressent particulièrement. Il perçoit jusqu’où l’enfant est capable d’aller dans l’approfondissement du sujet sans perdre son attention.
Par exemple, une grossesse dans la famille ou un deuil permet d’aborder les sujets éthiques, et la biologie a un rythme et un degré bien différents de ceux imposés par les programmes. Les circonstances de vie quotidienne sont sources de questionnement pour l’enfant et donc relié directement à son affect pas seulement sa curiosité intellectuelle.
Les relations parents/enfants et les relations de fratries permettent l’apprentissage de la gestion des conflits avec une approche constructive. En IEF on ne peut pas « couper les ponts » en changeant d’école, ou de banc, on ne peut pas se permettre de s’enfoncer dans une dispute, la résolution des conflits s’impose par le dialogue, la négociation, l’écoute, le respect. Les relations affectives et les liens familiaux exigent la résolution de conflit pour que chacun et tous soient heureux de vivre ensemble. La solidarité et la complémentarité se développent, la concurrence, la compétition s’estompent.

Être curieux pour rendre curieux

Ce type d’Instruction parie sur la capacité de l’adulte à revoir son schéma d’apprentissage et son rapport à l’enfant : apprendre à faire confiance à l’enfant et à soi-même pour avancer à un rythme qui est variable dans le temps et sans matière vraiment très distincte. Chercher les supports, les sorties qui apporteront des éléments de réponses à l’enfant. S’investir personnel en temps, énergie, et finances.
L’adulte se voit poussé à reprendre une attitude curieuse et à ouvrir ses horizons, chercher des réponses aux questions que l’enfant lui pose, avouer son ignorance et repartir sur les sentiers de l’instruction !

Contrôle social

Pour les parents, il faut gérer la pression due au contrôle social et pédagogique, où l’adulte (et l’enfant) aura affaire à des personnes ayant une opinion sur l’IEF parfois négative.
Affronter ces inspections et faire comprendre le fonctionnement de l’enfant, et de la famille, apporter des preuves de l’instruction donnée alors que l’écrit n’a pas une place prépondérante dans l’IEF et qu’il n’y a pas de contrôle sur table à présenter, relève d’un défi parfois très complexe.
Pour être précis et complet il faudrait noter minute par minute les questions de l’enfant, les échanges verbaux.
L’adulte s’astreint donc à garder des traces, des livres empruntés, des outils pédagogiques utilisés, des photos des activités, les billets des sorties, des dessins, de quelques écrits ou collages. Des traces peu représentatives du contenu réel de ce que l’enfant a abordé. Et évidemment, cette complexité se renforce avec le nombre d’enfants instruits en famille.

Quel bilan ?

Des études menées par Shyers [2] et Thomas Smedley [3] sur des groupes d’enfants scolarisé et d’autres enseignés à la maison, concluent que « les enfants enseignés à la maison sont bien équilibrés socialement et les enfants de l ’école traditionnelle peuvent ne pas l’être. » (Shyers)
Une famille dans laquelle les deux parents travaillent voit leur enfant passer 70 % de son temps d’éveil en présence d’autres personnes et ce dès l’âge de 3 mois (nourrice, crèche, école, colonie, centre aéré, garderie, cantine).
Il paraît difficile, alors de parler de vécu de la parentalité et de lui associer un rôle prépondérant dans l’évolution de l’enfant au vu du peu de temps qu’elle a pour se vivre. Continuer de considérer la famille comme l’instance de socialisation primaire, dans une configuration pareille, devient à mon sens, discutable.
Le choix de confier son enfant à d’autres influe sur le fonctionnement familial, comme le souligne Philippe Perrenoud [4] : la scolarité pèse lourd sur la vie des familles : « dans notre société, le destin d’une famille est pour une part lié à la scolarité de ses enfants ; dès la naissance, parfois avant, l’école pointe son nez à l’horizon familial et devient pour, dix, quinze, vingt ans, quarante semaines par an, cinq à six jours par semaine, une composante de la vie quotidienne ; pendant que les enfants progressent dans le cursus, la famille s’organise en partie, bon gré, mal gré, en fonction des horaires, des échéances et des exigences fixées par l’école, des dépenses et du travail qu’elle exige, des jugements qu’elle porte, des décisions qu’elle prend, des tensions et des espoirs qu’elle fait naître chez l’enfant et ses proches. »

A moins que...

Une alternative est possible : certains systèmes éducatifs se sont approprié le fonctionnement de l’apprentissage libre et auto-géré, du respect des rythmes et de l’individualité propre à chaque enfant.
« Une récente étude place l’Australie en troisième position pour les résultats scolaires, [...]
Les méthodes d’enseignement diffèrent de celles de France en ce sens que l’enfant est incité à découvrir les règles plutôt que de les apprendre par coeur et les appliquer.
Il n’y a pas non plus de niveau type pour une classe. Chacun apprend à son rythme et celui qui est en avance se verra encouragé alors que celui qui ne suit pas ne sera pas brimé. Les classes peuvent avoir donc des bons comme des mauvais et chacun avancera à son rythme. Ce qui semble donner aux Australiens le goût de la recherche et des capacités accrues à se débrouiller seul en étant pratiques et pragmatiques. » [5]
On ne peut pas instruire sans éduquer ni éduquer sans instruire.
La réussite de l’IEF peut inciter l’école à changer de fonctionnement, et peut inciter les parents à se questionner sur leur parentalité.

Controverses

On nous demande parfois si nous n’ignorons pas que la séparation parents-enfants (avec la maternelle, l’école primaire, les voyages scolaires...) est nécessaire selon les psychologues.
Je crois qu’il est bon de recontextualiser le discours des psychologues. Vivre ensemble ne signifie pas vie en co-dépendance totale, ni ne pas savoir vivre sans l’autre. La question de la séparation n’est pas absente de l’IEF, elle se pose en d’autres termes : celle de la volonté et de l’acceptation de l’enfant et surtout de la gestion affective de celle-ci.
Les diverses cultures qui nous environnent nous proposent des schémas familiaux de proximité ou séparation bien différents de ce que nous vivons. Chez les Japonais les adolescents dorment encore avec leurs parents... c’est culturel....et ce n’est pas perçu comme malsain ou fusionnel.
Que dire des crises de larmes de maternelle, des angoisses des enfants, leurs résignations, les pleurs cachés des parents devant cette souffrance ?
Tout comme un jour l’enfant lâche la main pour marcher seul, un jour il se sent prêt pour aller dormir ailleurs, puis ensuite partir quelques jours... c’est son histoire, ses besoins, son ressenti, son rythme d’évolution qui le laisse libre de rester ou de partir, ce ne sont pas des contraintes d’âge.... Ni de discours psychologiques.... Les adolescents vivent cette période de manière différente, bien moins en rébellion et plus en proximité avec leurs familles.... Le cocon familial est un lieu protecteur et lieu ressource, que l’on quitte quand on se sent prêt et qui ne nous pousse pas dehors trop tôt !
Les familles sont rarement opposées au système envers et contre tout. Si l’enfant retourne à l’école ceci n’est pas un échec pour l’IEF. Des circonstances de vie peuvent y contraindre, ou des choix de l’enfant pour vivre cette expérience...

Delphine Gazzabin, mère instruisant en famille.

[1] Alan Thomas et Roland Meighan « learning illimited apprentissage auto-géré et instruction à la maison, perspective européenne » sous la direction de Leslsie Barson, educational heretic press, 2006. Voir sur le site LEDA : http://www.lesenfantsdabord.org/ind....
[2] Extraits de Homescholling today vol 3 N°3, mai/juin 1994 S.Squared publications.
[3] Descritpion de cette étude à l’adresse internet : http://wwwhslda.ca/frsocial.asp ; socialization of homeschooled children.
[4] Voir le texte sur le site : http://www.unige.ch/fapse/SSE/teach....
[5] Voir le site canadien http://www.immigrer-contact.com/bes....

jeudi 6 septembre 2012

La rentrée chez soi: retranscription et conclusion


Aujourd'hui à 10h, avec André Stern, Claudia Renau (Association Les Enfants D'Abord). Cette semaine, certains élèves ne sont pas sortis de chez eux pour aller à l'école, puisque leur école, elle est à domicile. Qui sont ces écoliers solitaires ? Pourquoi leurs parents ont-ils fait ce choix ?  

Cela concerne 40.000 enfants en France, et environ 1 million et demi aux USA.

André Stern : il faut faire la différence entre unchooling et homeschooling ; a lui-même vécu le un-schooling, c’est à dire aucun apprentissage introduit, donc pas d’ « école à la maison ». Il se définit comme un enfant de 41 ans, parce qu’il n’a pas fini d’apprendre. L’état d’enthousiasme que connaît l’enfant libre lui donne des ailes.
Il dit être dans le « grand bain social », fréquentant des gens de tous les âges, d’expériences différentes ; cette diversité est enrichissement. Sans concurrence, tous sont partenaires, ensemble pour atteindre des buts plus élevés. Il a donc du mal à faire la distinction entre ses passions et la notion de métier, parce qu’il ne vit que ses passions. Il définit alors son « métier » comme un métier mobile, qui évolue au fil des passions, des rencontres et de l’enthousiasme.
Un enfant de 2 ou 3 ans vit une poussée d’enthousiasme toutes les 3 minutes ; un adulte une à deux fois par an.

Claudia Renau : En fait, l’instruction en famille, c’est du « vivre ensemble » ; la motivation première est de ne pas voler le plaisir jubilatoire des enfants qui apprennent et comprennent par eux-mêmes, au fil de leurs découvertes. A l’école, le risque est grand de perdre ce plaisir. En réalité, Claudia et sa famille ne font ni l’école, ni la maison : elle accompagne beaucoup ses enfants à leurs activités, ils ne sont pas beaucoup à la maison.
A la question de l’animateur concernant l’exemple de l’apprentissage de la lecture, elle lui explique que ses enfants ont appris en le pratiquent 10 à 15 min. par jour – s’aidant parfois de supports, comme l’ouvrage Apprendre à lire en famille (Ed. de l'Instant présent) ; cela leur laisse donc plus de temps pour les jeux et les activités.
En ce qui concerne les moyens financiers, il est vrai que lorsque les enfants sont en bas-âge, l’un des parents doit ne pas travailler. Mais lorsqu’ils grandissent, il est tout  fait possible de reprendre une activité, comme un mi-temps par exemple. Ceci dit, les revenus sont peut-être moindres, mais  les dépenses aussi !

Reportage d’Antoine Ly, auprès d’une famille non-sco, dont la maman souhaite rester anonyme : les enfants sont en activité sportive ce jour-là. La mère témoigne du mal-être de son fils à l’école, qu’elle a réellement compris lorsqu’elle a décidé de l’en ôter. A ce moment, l’enfant s’est épanouie, éveillé… Lors de l’activité sportive, escalader des arbres, le rythme de chaque enfant est respecté, sans compétition, sans jugement.
Le petit garçon parle : il est content d’être libre d’apprendre ce qu’il souhaite, et ses copains ne lui manquent par parce qu’il retrouve d’autres enfants pendant les activités.
Finalement, l’école, c’est la vie ! dit le reporter. Alors que l’école éteint la curiosité naturelle de l’enfant, lorsqu’ils sortent du système, il peut suivre son enthousiasme, et va plus loin dans ses découvertes.
A la question « n’est ce pas égoïste de garder ses enfants avec soi ? » la mère répond : « Mais n’est ce pas égoïste justement de laisser ses enfants dans un lieu inconnu pendant des heures, des mois, des année ? »

André Stern : Rien ne lui a été enseigné par ses parents, tout son cheminement est une histoire d’enthousiasme. S’il n’a aucune raison d’apprendre quelque chose, il ne se l’inflige pas. Il n’a pas peur de ses lacunes, il les voit comme des espaces libres pour de nouvelles connaissances. A la question des diplômes, il ajoute que la qualification n’a aucun rapport avec les compétences.

Brigitte Prot (psychopédagogue) : Un enfant s’enthousiasme en apprenant dans plusieurs lieux, mais l’école n’est pas un lieu comme les autres, c’est un lieu où l'enfant vit un passage, quittant la sphère familiale pour découvrir l’altérité, apprendre des et par les autres. Surtout pour cette génération interconnectée. La première motivation de l’école est de rencontrer les autres. La question ne se pose pas au sens de la socialisation (au sens simpliste), mais au sens de l’altérité comme passage vers une sphère différente de la famille. Question aussi de la connaissance reconnue officiellement, par les diplômes par exemple.
Pour elle, l’exemple d’André Stern vaut par la singularité d’un parcours, qui correspond à une personne, qui a pu se développer de cette façon là, avec l’enthousiasme. Mais pour l’ensemble des enfants, surtout la question du collectif. Brigitte Prot participe à la concertation / refonte de l’école.

Cas d’un enfant non-scolarisé qui connaît des problèmes de comportement Brigitte Prot : un risque important en ce qui concerne l’école à la maison, c’est de ne pas  sortir de chez soi. Sortir de chez soi, c’est aller rencontrer l’autre, et les adultes (donc un regard qui n’est pas lié aux relations affectives). L’école représente l’ouverture vers autre chose ; sachant toutefois que l’école a des progrès à faire en la matière.

Claudia Renau : il existe beaucoup d’échanges entre les familles, pour justement ne pas prendre ce risque : des rencontres, avec les associations aussi, et même pour les enfants qui vivent à la campagne. A Paris, 450 familles avec environ 800 enfants non-sco ; d’échanges, d’organisation, des parents proposant leurs passions, compétences, enthousiasme.
Le fait de vivre avec ses enfants demande un travail sur soi, pour ne pas être dans la comparaison, pour créer une bonne ambiance à la maison. Mais les enfants ne sont pas toujours avec les parents, il y a les activités extérieures, les grands-parents etc. les parents ne sont pas les seuls adultes.

Témoignage de Valérie, 6 enfants : deux de ses filles sont entrées au collège après un parcours de vie non-sco, pour avoir le brevet, Valérie a remarqué qu’elles étaient bien en avance sur le programme tout en ayant travaillé seulement 2 h / jour. Pourquoi les enfants passent 8 h par jour à l’école, avec en plus des devoirs à la maison ?

Brigitte Prot : encore une fois, refondons l’école car évidemment, l’école d’aujourd’hui ne répond pas aux enjeux actuels, pour cette génération particulièrement. Cette maman, bravo, on applaudit ; mais se pose tout de même la question du lycée pour la suite, vont-elles intégrer le lycée ou continuer à la maison. Travail important au sein de l’école concernant la question des rythmes.

André Stern : Ce n’est pas une question d’argent, l’enthousiasme est bon marché, voire gratuit. Les enfants ne reprennent pas à leur compte les connaissances de leurs parents, ils vont à la recherche de leur propre culture. Les parents n’observent pas assez leurs enfants, ils ne leur font pas assez confiance. Ses propres parents étaient motivés par la curiosité et l’enthousiasme, ils ont observés leurs enfants tellement occupés, qu’ils n’avaient plus envie d’intervenir dans ce qu’ils vivaient. Ils se demandaient quel serait le prochain pas naturel dans le développement de l’enfant. Tout cela est à la portée de chacun, et ne demande pas de connaissances particulières ou d’argent. Il faut juste respecter l’enfant.

Dimension juridique, intervention de Cédric Plantavin, avocat spécialisé dans le droit de la famille : le droit prévoit une instruction obligatoire jusqu’à 16 ans, à l’école ou la maison. Il travaille avec des familles pratiquant la non-scolarisation, dont les problèmes sont assez récents (le livre d’André Stern montre qu’il n’y avait pas de contrôles à l’époque), mais depuis une dizaine d’années, le code prévoit un contrôle de l’instruction par l’Education Nationale, 1 ou 2 fois par an pour vérifier l’enseignement donné par les parents. On a souvent parlé du problème des sectes, mais cela a été réglé en 2007 par la Miviludes ; la loi interdit aux familles de se réunir pour enseigner ensemble, ce qui est souvent le principe même des sectes.
Des familles refusent de se soumettre aux tests, qui ne sont d’ailleurs pas légaux. Ces familles ont décidé de laisser évoluer les enfants au gré de leurs envies et passions, rejetant idée de concurrence, d’autorité, des notes. Les inspecteurs ne regardent pas la manière dont se déroule l’instruction en famille et décident de faire des tests pour comparer avec les enfants du même âge à l’école. Les familles préfèrent que l’on voie la façon dont l’enfant apprend ; il s’agit d’une différence philosophique. Mais cela conduit à des mises en demeure, devant le juge pour enfants, etc.

Claudia Renau : recommande de consulter le site Hors des murs. A la question de l’animateur, elle répond qu’elle n’a pas d’avis sur ce que doivent faire ses enfants plus tard, l’avenir leur dira.

André Stern : Il ne scolarisera pas et n’enverra pas ses enfants à l’école. Ils auront le même cadre, mais ne feront pas comme lui, car chacun est différent.

Conclusion personnelle: 
Sujet assez bien traité, bien que de manière très rapide. Mais c'est déjà un pas que l'on parle d'école à la maison, en cette rentrée. J'ai particulièrement apprécié les interventions d'André Stern, porteuses de sens, d'évidence, et tellement vivantes! Fidèles à son livre. Le témoignage de Claudia était intéressant également. Je suis plus mitigée quant à l'apport de Brigitte Prot, dont on sentait bien le conditionnement lié à l'Education Nationale, ramenant toujours à la suprématie de celle-ci. 

Pourtant, l'institution n'est pas l'unique voie d'apprentissage - surtout dans le monde actuel, qui offre tant d'opportunités. Il existe tant de lieux, de manières, et tant de moments dans sa vie pour apprendre. Aujourd'hui un nombre croissant de parents décident de faire usage d'un droit - celui d'accompagner leur enfant autrement - par choix personnel, mais aussi évidemment devant la faillite de l'école. Les professionnels l'attestent eux-mêmes, et c'est également pour cette raison qu'on prévoit une nouvelle réforme en profondeur avec la concertation actuelle. C'est une bonne chose, évidemment, mais sans diaboliser l'Education Nationale, on peut choisir une autre voie, en toute responsabilité.