dimanche 23 septembre 2012

La maison des enfants, à Buzet (Belgique)



C’est une maison. Dans un village – Près de l’ancienne école communale. A 100 mètres de l’école maternelle. Elle appartient à la commune de Floreffe. C’est une maison avec cave, cuisine, salle à manger, salon, chambres, greniers…comme dans toutes les maisons de BUZET.

par Charles Pepinster, fondateur de la Maison des Enfants.
 
On sent qu’on y habite, dans cette maison (des souvenirs sur la cheminée, une boîte aux lettres pour un vrai facteur…) mais on s’aperçoit vite que ce _sont des enfants qui y vivent pour apprendre : 
dessins aux murs, poèmes en grand, système solaire pendu au plafond, étagères aux crayons, livres, feutres et … tableau noir. Tableau noir juste à- côté de l’évier de la cuisine, en face du frigo. 
Dans la salle à manger, encore un tableau noir. Mais aussi des tables et des chaises en carrés, ainsi que l’un ou l’autre ordinateur près d’une armoire sans vaisselle, occupée par des dictionnaires, ciseaux, cahiers, 
A l’étage, c’est le domaine des livres et des ordinateurs dans deux des anciennes chambres à coucher : bibliothèque centre de documentation, le cœur de l’école primaire. 
Une troisième chambre est destinée aux travaux de groupes, sans surveillance. En autonomie comme disent les enfants.
Plus on monte, plus on va vers la lumière. Deux vastes greniers éclairés par des Vélux comportent des tables et des chaises disposées au gré des activités. 
Dans le plus grand local sous le toit, on peut rassembler, chaque matin, tous les élèves pour organiser les apprentissages de la journée :
- les moments des projets (arboretum, contacts avec une maison de repos…)
- les moments d’expression (théâtre, graphisme, musique…)
- les moments de construction de savoirs savoureux sur des points de programme jugés importants. 
En prolongement du plus petit grenier, il y a un théâtre d’environ 20 m2 : sol en hêtre clair, Vélux, décors, le tout un rien surélevé, où on joue des pièces tous les jours.

Pourquoi une maison ?

Au début du XX ème siècle, toutes les communes ont été obligées d’ouvrir une école communale et de prévoir un logement pour le maître d’école.
 A Buzet, en 1993, j’ai demandé au bourgmestre non pas d’occuper l’ancienne école (d’ailleurs utilisée par un comité de quartier) mais bien la maison, jadis occupée par la famille de l’instituteur.

En effet, je voulais rouvrir une école communale d’Education Nouvelle résolument placée sous le signe de la créativité, la débrouillardise, la solidarité, la responsabilité, l’alliance avec les parents…
Il m’apparaissait que 9 pièces d’une maison étaient plus propices à cette éducation qu’une grande salle rectangulaire trop froide et trop bruyante, pas assez intime pour une bonne concentration des enfants lors de la construction des savoirs.

D’autres raisons de choisir une maison quand on peut !
L’intégration des enfants dans le tissu social local offre des avantages tels que :
- des contacts plus faciles avec des habitants voisins en particulier les personnes âgés souvent isolées,
- des petites entités où les enfants et les parents de ceux-c se connaissent mieux, se parlent davantage,
- des problèmes de circulation plus simples : la ronde des voitures à l’entrée et à la sortie des classes est réduite. Les enfants du quartier marchent désormais davantage,
- les quartiers ne sont plus vidés d’enfants pendant la journée ; leur vivacité rajeunit le quartier ;

Vers l’auto – régulation.

La trentaine d’élèves qui se sont présentés le 1er septembre 1993 avaient l’habitude des locaux scolaires quasi standardisés : des grandes boîtes avec des rangées de bancs, alignées le long de couloirs rectilignes.
Agés de 6 à 12 an, se connaissant à peine, certains d’être intéressés à la confection de l’horaire, de n’être jamais punis, ni récompensés, ni soumis à des examens, jamais dénoncés à leurs parents…
Ces enfants ont mis quelques jours, voire quelques semaines pour certains avant de se poser, de trouver leurs marques, de profiter du jardin, de s’intéresser aux ateliers d’expression, au théâtre et ensuite … à l’écriture, au calcul etc.
On a beaucoup discuté, réfléchi ensemble (adultes, enfants) et, peu à peu, les travaux en autonomie se sont calmés, régulés. La soif d’apprendre a pris le dessus de telle manière que les nouveaux élèves, d’année en année, s’acclimatent vite à vivre dans ce que Maria Montessori appelait déjà la « Casa dei Bambini ».

Perspective d’avenir.

Les visiteurs, dont les parents, se disent tous impressionnés par l’atmosphère détendue qui règne dans la Maison des Enfants. Les écoliers se relaient pour faire visiter la maison, répondant aux questions avec beaucoup d’à-propos.
 Une question revient souvent dans la bouche des visiteurs :
 « Pourquoi ne fait-on pas plus souvent l’école ainsi ? »
 Je me plais à répéter que ce qui se fait à Buzet est tout à fait légal.
J’étais inspecteur pour le ministre de l’éducation dans ce secteur quand le bourgmestre André Bodson m’a demandé les conditions légales pour la réouverture de l’école tellement souhaitée par un comité de village dynamisé par Pierre Manil. 
J’ai proposé de prendre aussitôt ma retraite et de devenir instituteur de classe unique 
J’ai aussi fait remarquer que la loi, lue de manière émancipatrice, permettait :

- d’occuper une maison,
- de ne pas faire de classes d’âges : 1ère, 2ème, 3ème…
- d’organiser des concertations avec les élèves,
- de permettre les travaux en autonomie,
- de laisser les récréations libres,
- de ne jamais punir, ni récompenser,
- d’abolir les devoirs obligatoires et de les remplacer par des devoirs au choix,
- d’éviter tout redoublement,
- de supprimer les examens, les bulletins habituels, classements, donc sans perdre une année tous les 6 ans,
- de terminer l’école primaire par un chef-d’œuvre pédagogique, que j’ai inventé en 1983, et non par de examens cantonaux ou diocésains,
- de faire du théâtre tous les jours,
- d’explorer les champs, les bois, les musées,
- de faire entrer des visiteurs qui font apprendre,
- d’inviter la presse écrite, la télévision,
- de correspondre, d’utiliser l’Internet,
- de vivre 3 jours à l’école (dormir…) au lieu d’aller en classe verte, de neige ou de forêt,
- de bannir le coca-cola et de fabriquer du jus de pommes...

Ce qui montre que dans des villages ou des quartiers de ville, on pourrait investir des maisons de ci de là, de la cave au grenier, avec deux adultes rémunérés.
On pourrait même, dans les agglomérations faire des rues des enfants, sans voitures puisqu’on interdit bien la circulation pour favoriser le commerce.
 Pourquoi encore construire des écoles qui risquent de souffrir des inconvénients de la concentration ?
  

samedi 22 septembre 2012

Joel de Rosnay : “Intégrer la Complexité..."



Joel de Rosnay : “Intégrer la Complexité est la Clé du Progrès”
par Patrice van Eersel, Jean-Louis Servan-Schreiber

Aujourd’hui, notre foi dans le progrès vacille. Une crise qui fait sourire Joël de Rosnay, biologiste de formation, spécialiste des origines du vivant. Parce qu’il n’ignore rien des méandres de la technoscience et de ses innombrables dérivés, il a l’espoir chevillé au corps. Pour Clés, cet infatigable conteur (et surfeur) évoque ce que nous pouvons attendre de la science au xxie siècle.

Extraits...


Clés : Vous aimez vous définir comme un « optipessimiste »…
Joël de Rosnay : J’aime beaucoup cette formule d’Edgar Morin qui se refuse, comme moi, à se laisser enfermer dans un dualisme manichéen stérile. Nous sommes entrés dans l’ère de la complémentarité : non plus « ou/ou », mais « et/et ». Je suis un optimiste inquiet et un pessimiste serein. Mes inquiétudes concernent l’incapacité du monde politique, industriel, parfois aussi philosophique, à intégrer l’accélération générale et à comprendre la nouvelle culture qui en émerge.

En quoi consiste cette nouvelle culture ?
Vaste question que je présentai en trois volets, trois regards. D’abord, nous sommes entrés dans le temps de la complexité – ce qui ne veut pas dire de la complication, au contraire – et des sciences du global. Ensuite, il me semble essentiel d’assimiler à quel point la nouvelle science qu’on appelle l’épigénétique a brisé le « fatalisme génétique » : nous savons désormais que notre destin n’est pas prisonnier de nos gènes et que nous pouvons prendre notre vie en main, même au fond de nos cellules. Enfin, je pense que la génération montante, celle des adolescents, est en train de créer une relation au monde radicalement nouvelle, parce que, malgré ses handicaps, elle intègre justement la complexité. Nous devrions nous en inspirer pour gérer le monde à venir, au lieu de nous méfier, une fois de plus, de la jeunesse.
Commençons donc par la révolution de la complexité.
C’est la grande révolution scientifique de notre temps. Elle touche tous les domaines, mais plus spécialement la biologie, l’écologie et l’économie. Commencée il y a un demi-siècle, elle connaît depuis vingt ans une forte accélération. Désormais, tous les chercheurs, quelle que soit leur discipline, glissent d’une vision analytique et séquentielle vers une vision systémique et intégrative. Depuis Descartes, l’approche synthétique était considérée comme trop englobante, trop contextualisée : elle ne donnait pas prise au raisonnement scientifique.
Seule l’analyse permettait de faire des expériences et d’échafauder des hypothèses. Aujourd’hui, pour les chercheurs de la complexité (qui travaillent notamment au Santa Fe Institute avec des surdoués comme Brian Heather ou Steward Kaufman, ou à l’Université Libre de Bruxelles, dans la suite d’Ilya Prigogine), analyse et synthèse se complètent au sein d’une métadisciplinarité. Celle-ci intègre la théorie du chaos, l’approche fractale, les structures dissipatives, la relativité corrigée, la dynamique des réseaux, la cybernétique, la simulation sur ordinateur, etc. Et des relations poreuses apparaissent entre les disciplines.

Concrètement, dans quels domaines cette révolution se met-elle en œuvre ?
Si j’ai cité en tête la biologie, l’écologie et l’économie, c’est qu’elles font déjà partie de ce que les Américains appellent les « sciences intégratives », qu’hélas notre système d’éducation ignore encore dramatiquement : on peut ainsi apprendre les mathématiques à partir de la biologie, la physique à partir de la cybernétique, ou l’économie à partir de l’écologie... Comme si, de la complexité, émergeait peu à peu une unité de la nature. Le mot est fort, mais on peut l’assumer. Dans les domaines les plus variés, on peut voir en effet des homologies, des résonances, si bien que les différents regards que nous posons sur le monde se rassemblent progressivement autour d’une vision globale. Cette vision unifiée débouche sur une approche neuve de la science.

(…)

Et que répondez-vous à ceux qui haussent les épaules en disant : « La science obéit à des modes et dans quelques années vous affirmerez le contraire de ce que vous nous dites aujourd’hui » ?
Ce sont des ignorants, manipulés par des médias dont les journalistes sont influencés par toutes sortes de lobbies. Je les plains de ne pas savoir se servir des fantastiques outils d’information dont nous disposons désormais. S’informer intelligemment est devenu une responsabilité citoyenne. Cela prendra encore quelques années, mais nous sommes en train de passer de la société de l’information à la société de la recommandation. Les adultes de demain, nos adolescents d’aujourd’hui, savent, eux, trouver leur chemin dans la jungle informative. Venons-en donc au troisième volet de ma présentation : l’émergence d’une nouvelle génération, nos ados, nés quand Internet existait déjà. Ce sont des mutants. Ils en savent plus sur la civilisation numérique que la plupart des ingénieurs ou professeurs de plus de 30 ans. Or on ne leur fait pas confiance – à l’exception de certaines start-up américaines qui embauchent des gamins de 14 ou 15 ans.
Il serait certes ridicule de croire qu’ils savent tout, mais les reproches qui leur sont faits sont inadéquats. On les dit superficiels, incapables de se concentrer, désirant le plaisir immédiat ou rien, ne sachant apprécier que l’ultrarapide, etc. Mais ces défauts peuvent se retourner en qualités. Les mots clés de leur culture sont : spontanéité, temps réel, interactivité, plaisir instantané, solidarité, partage. Ils ont une vision multidimensionnelle de la réalité. La complexité ? Ils jouent avec ! Et de là, peuvent facilement passer à une vision stratégique de la résolution des problèmes.

Univers-Sciences (l’établissement qui regroupe la Cité des sciences et le Palais de la découverte), nous menons des expériences quotidiennes avec eux, avec une devise : « Comprendre, vouloir, aimer, construire ». Comprendre que la science peut être aussi passionnante qu’un jeu vidéo. Vouloir y jouer un rôle plutôt que d’en avoir peur. Aimer la vie et le monde… cet objectif est sans doute le plus dur à atteindre, quand nous passons notre temps à leur dire que l’avenir est affreux, pollué, injuste, terrorisant. Il faut pourtant y parvenir, si nous voulons construire ensemble un monde meilleur.
Aux Etats-Unis, on les appelle volontiers « empty heads », têtes vides, parce que, dit-on, ils ont externalisé leurs processus cognitifs, recherchent une info sur Google plutôt que dans un livre, encore moins dans leur mémoire. S’ils ont besoin d’un avis, ils demandent à vingt-cinq personnes. S’ils ont une opinion à donner, ils la mettent en ligne dans un blog. Ils favorisent ainsi l’émergence d’une intelligence collective dont nous n’avons pas la moindre idée (lire aussi page 96) ! Leurs têtes sont vides de ce qui a encombré celles de leurs ancêtres, mais ils sont loin d’être idiots.
Il semble que l’innovation naisse des zones de déséquilibre. La question est donc de savoir apprendre à surfer sur les vagues de chaos sans se laisser entraîner dedans.
C’est drôle que vous disiez ça, je viens justement d’écrire un article sur le surf que j’ai titré « Déterminisme et liberté ». La vague est un chaos organisé. Si je connais le spot, je suis libre de surfer dessus tant que je veux. 

Source: Revue Clés

vendredi 21 septembre 2012

Des papillons et des jardins dans des livres



Lucien est une chenille, bien à l'étroit dans son petit corps malhabile... Il voudrait tant devenir un papillon ! Mais pour cela, il lui faudra d'abord retrouver le chemin intérieur qui le mènera vers sa propre beauté, tellement bien cachée qu'il l'avait presque oubliée. Soyons attentifs, à l’intérieur un être s’éveille ! Elfi Reboulleau nous raconte avec des mots simples l’histoire éternelle de la quête de soi, merveilleusement illustrée par des tableaux en laine cardée de Célia Portail.

Le peuple des papillons, texte de Elfi Reboulleau, illustrations de Célia Portail. Editions Belle Emeraude. 32 pages. 13€


Partagé entre les forces de la lune et celles du soleil, Amile est un petit garçon qui apprend à guérir. Anne-Marie Vaillant est art-thérapeute. Les images à l’aquarelle de cet album poétique font revivre le jardin secret, caché en chacun de nous et que l’on oublie si souvent, et nous invite à nous reconnecter aux forces de la nature qui sont les vraies forces de guérison...

Amile et le secret du jardin oublié, Texte et Illustrations de Anne-Marie VAILLANT. Editions Belle Emeraude. 40 pages. 13€.

jeudi 20 septembre 2012

L'éducation transdisciplinaire (texte de René Barbier)



Existe-t-il une éducation qui n'hésite plus à répondre aux questions sur le sens de la vie que posent les enfants et les adolescents d'aujourd'hui ? Une telle éducation peut-elle accepter de ne plus répondre par une attitude dogmatique de vérité, mais par un nouveau questionnement typiquement socratique ? C'est l'objet de la sagesse transdisciplinaire contemporaine.


La sagesse transpersonnelle aujourd'hui

L'éducation transdisciplinaire est une approche de la complexité d'un rapport aux savoirs, aux savoirs-faire et aux savoirs-être qui n'exclurait plus les dimensions spirituelles, méditatives de l'être humain, tout en acceptant le regard des disciplines scientifiques comme des réflexions philosophiques et artistiques. Elle s'ouvre sur une interrogation vraiment contemporaine au-delà du "désenchantement du monde" promis par Max Weber et de la "fin du religieux" pensée par Marcel Gauchet. Peut-être fallait-il une désoccultation radicale du religieux pour commencer à vivre, authentiquement, sur le plan d'une spiritualité laïque, une sagesse moderne du monde. Loin d'être une conséquence d'une démocratie désabusée et sérielle d'individus sans appartenance ouvrant sur la folie comme le pense Dany-Robert Dufour, l"époque contemporaine inaugurerait, dans ce cas, une chance inouïe pour l'avenir de l'humanité.
Par "sagesses du monde" j'entends toutes les formes d'intelligibilité et de sensibilité que les êtres humains, au sein des différentes cultures, anciennes et modernes, ont inventées pour symboliser et exprimer, souvent d'une façon mythique et poétique, leurs rapports à la connaissance de l'être-au-monde et à son mystère d'exister.

Le qualificatif de "transpersonnelle" renvoie à une approche de plus en plus vive en ce début du XXIe siècle : l'éducation transpersonnelle. La psychologie transpersonnelle est une orientation de la psychologie et une voie de connaissance de l'être humain qui intègre à la fois les dimensions spirituelle, émotionnelle, corporelle, cognitive et créatrice. Elle tient compte des grands courants de pensées de la psychologie contemporaine tel que la psychanalyse, la bioénergie et l'approche cognitivo-comportementale. Elle accepte aussi plusieurs pratiques spirituelles tel la méditation et la prière comme autant de chemins permettant à l'être humain de transcender ses limites.

La psychologie transpersonnelle propose d'appliquer les dernières découvertes de la physique quantique au développement d'une explication scientifique des différents états de conscience. Ainsi, elle tente de comprendre ce qu'est l'être humain en relation avec lui-même et l'univers qui l'entoure.

La psychologie transpersonnelle est une approche intégrative et inclusive qui présente une ouverture suffisante pour considérer toutes les voies utiles à la croissance de l'homme.

Ma conception du "transpersonnel" refuse de se figer dans l'orbite de la pure tradition comme d'un post-modernisme psychédélique de type "Nouvel Age". Elle est proche de la transdisciplinarité de Basarab Nicolescu ou du sens de la complexité d'Edgar Morin et soucieuse de réalisme. Dans mon "approche transversale, l'écoute sensible en sciences humaines" (Barbier, anthropos, 1997), je revendique le droit à l'émotion et à l'affectivité, beaucoup plus du côté des "émotions-sentiments" que des "émotions-chocs" comme le propose aujourd'hui le philosophe Michel Lacroix dans son livre sur "la culture de l'émotion" (Flammarion, 2001). Elle signifie que le sens doit être construit par rapport à un tiers inclus qui dépasse toute singularité personnelle, quoi qu'il l'intègre totalement. Le transpersonnel ne se réduit à aucun dogme, aucune religion, aucun rituel mais il les considère tous avec attention bienveillante et vigilance active. Il sait que tout symbole, tout mythe, porte les germes d'une autreté (Krishnamurti), d'un regard, à la fois ancré et dégagé, sur le monde, inexprimable en dernière instance.

Le transpersonnel nous conduit tout naturellement vers une "poésie verticale" dont parle Roberto Juarroz, ou vers les aphorismes d'Antonio Porchia (Voix), dans le meilleur des cas. Mais également le transpersonnel connaît la force de l'illusion possible enracinée dans la croyance. Il sait nommer le faux mystique, l'idéologue de tous les registres, qui traque le savoir critique pour assurer impunément son autorité illégitime. "Les chercheurs de Dieux. Délivrez-nous des dieux vivants, des pères du peuple et du besoin de croire" proclamait, il y a plus de vingt ans, le poète Claude ROY (Paris, Gallimard 1981). Sa prière nous servira d'avertissement salutaire dans tous les domaines de la vie humaine.

Mais cette prise de position ne nous fera pas tomber, pour autant, dans les nouvelles formes de l'Inquisition soi-disant républicaine qui, dans les discours et les commissions parlementaires, stigmatisent toutes orientations spirituelles non conformistes. Peut-on, en effet, en arriver à penser que les écoles Steiner réputées pour leur qualité pédagogique depuis des lustres ou encore la thérapie ethnopsychiatrique de Tobie Nathan, reflètent des tendances sectaires, comme le proclame le dernier rapport parlementaire sur les sectes sous l'égide d'Alain Vivien (2002) ?

Le transpersonnel nous oblige à travailler sur ce qu'on appelle "la foi". Il reconnaît que la foi ne saurait être approchée uniquement sous l'angle de l'idéologie comme le font les sciences de l'homme et de la société, de la sociologie à la psychnalyse. Certes, il y a dans la foi une part de conditionnements sociaux, psychologiques, culturels, que la science peut tenter de comprendre. Mais il existe également une part inconnue, irréductible à tout savoir, qui anime totalement son élan et qui est vécue d'une façon absolument singulière. Le point de vue de Sirius propre aux sciences sociales ne peut rien en dire de pertinent. Seule l'approche phénoménologique peut avoir des chances de l'éclairer. L'art et la poésie savent parfois fournir une trace lumineuse de son apport. Cette part inconnue anime ce que Raimon Panikkar nomme l'esprit du moine dans son livre sur "l'éloge du simple" et que les phénoménologues des religions qualifient de "sanctum". Mircea Eliade parle de "sacré" pour définir ce qui fait partie de la structure de la conscience et non, simplement, un élément conjoncturel et historique de l'évolution de cette conscience.

La difficulté avec cette part inconnue - ce Chaos, Abîme, Sans-Fond - à la racine de la philosophie de Cornelius Castoriadis, c'est qu'elle est habituellement reprise d'une façon coutumière par les grandes religions. Celles-ci l'inscrivent dans des dogmes intangibles, des rituels incontournables. Elles la figent dans une structure immobile mais rassurante.
Peut-on se dégager des rituels ? Peut-on vivre le sacré sans avoir besoin de grands prêtres, de gourous aux regards flamboyants, d'initiations interminables, d'extases extraordinaires ? C'est l'enjeu de la spiritualité laïque et libertaire de notre temps. Nous allons alors vers une éthique de la perdition dont nous entretient Edgar Morin dans "la terre-patrie", une éthique personnelle qui dépasse toute morale sociale pour l'affiner et la rendre plus efficace. Cette démarche n'est pas sans tragique : une morale du desespoir et de la béatitude à la manière d'André Comte-Sponville réfléchissant sur la sagesse non dualiste de Swami Prajnanpad. Dans ce processus d'approfondissement intérieur, de prise de conscience de l'avénement du phénomène vie, la philosophie devient vraiment un art de vivre comme l'annonce Pierre Hadot, avec les philosophes de l'antiquité grecque.

J'ai beaucoup de respect pour les chamanes Kogis, ces indiens de la Sierra Nevada, du nord de la Colombie. Ils tentent de sauvegarder une culture de haute spiritualité écologique datant de l'ère pré-colombienne. Ils nous interrogent sur les "trous" que nous faisons dans la terre (les tunnels) pour aller toujours plus vite. Mais pourquoi voulez-vous aller plus vite et pour aller où, nous disent-ils ? Pourtant faut-il comme dans leur intitiation traditionnelle devoir passer dix huit ans dans l'obscurité la plus totale pour connaître la réalité intrinsèque de notre monde intérieur ? Quel prix faut-il payer symboliquement pour accéder à la sagesse transpersonnelle qui nous conduit à la pleine conscience de l'unité du vivant, de tout le vivant. Eric Julien qui relate son expérience bouleversante avec les indiens Kogis dans "le chemin des neuf mondes", a entrepris la seule oeuvre que nous puissions accomplir pour ces cultures "autres" qui ont quelque chose d'essentiel à nous dire : racheter les terres ancestrales qui ont été spoliées et les redonner à la communauté indienne pour qu'elle puisse accomplir son destin.

Les sages de tous les pays ont, sans cesse, posé la question du sens. De ce côté, Michel Lacroix se trompe en pensant qu'il y a un paradoxe à vouloir accroître sans cesse, d'un côté le culte du moi et de la réussite sociale, et de l'autre le détachement et l'abolition de l'ego. En vérité, les chercheurs de vérité authentiques n'arrêtent pas de creuser les illusions du moi social au profit de l'éveil de l'intelligence, c'est à dire la pleine réalisation de leur être-au-monde par la voie négative. Leur finalité est précise et leur attention totale. Ils ne sont aucunement dans un paradoxe. C'est pourquoi on ne peut mettre Krishnamurti dans le même sac que tous les adeptes inconstants du New Age, comme le fait Michel Lacroix et d'autres sociologues des religions. A ma connaissance Krishnamurti n'a jamais connu l'angoisse paradoxale décrite par Michel Lacroix. Celle-ci est réservée à ceux qui n'ont pas su faire un choix de vie. lls veulent le beurre et l'argent du beurre, le pouvoir du social et le non-attachement à tout pouvoir qui résulte de la connaissance intime de la réalité ultime.

S'il est vrai, comme le pensent Gilles Deleuze et Félix Guattari que "les philosophes ont entériné la mort du sage" après les pré-socratiques, ils n'ont pas perdu l'aiguillon du questionnement ontologique dans leur quête permanente de la sagesse. Au-delà des grands systèmes philosophiques de plus en plus incertains aujourd'hui, l'homme cherche un homme, comme Diogène dans la cité. Il semble le rencontrer dans des espaces sociaux inhabituels et non académiques, au sein des ces associations humanitaires qui augmentent de jour en jour et dans les expériences de bénévolat. Sur ce point un philosophe comme Luc Ferry, parlant de "l'homme-Dieu et du Sens de la vie", ou un sociologue comme l'Américain Jeremy Rifkin qui analyse "la fin du travail", paraissent se tenir sur une position analogue.

Nous avons à notre disposition une richesse incommensurable pour réfléchir et pour méditer silencieusement : les textes venus du fond des âges écrits ou prononcés par des personnes ayant transcendé le règne de l'égo. Contrairement à d'autres époques, nous trouvons dans les librairies, en livres de poche, la quintescence de la sagesse de l'humanité. Paradoxalement il semble que cette richesse ne passe pas dans nos collèges, nos lycées et nos universités. La sub-culture adolescente cherche des valeurs et trouve les soirées "rave" où la musique "techno" sert répétitivement de rituel de transe. Si la parole devient inexistante, le corps danse frénétiquement au coeur d'une solitude gigantesque et collective. Les jeunes y trouvent leur compte et prétendent comparer leurs réunions extatiques aux rituels africains. Ils oublient simplement que dans les pays de tradition les rituels en question sont portés par une mythologie ancestrale qui soude la communauté depuis des générations. Les "Maîtres-fous" africains de Jean Rouch eux-mêmes, dans leur amalgame défensif de la tradition et du colonialisme moderne, inventent des rituels qui incluent encore l'histoire de leur peuple. Nos enfants, eux, sont de plus en plus sans histoire, sans parole et sans espoir. Il ne leur reste que la violence ou l'apathie.

Pourrons-nous retrouver le sens de la parole et la transmettre à nos enfants dans cette tragique post-modernité culturelle ? Saurons-nous aller puiser dans ce fond commun mondial de la sagesse humaine, religieuse ou laïque, pour retrouver le fil du sens ?
Sa première perspective est de jeter les bases d'un métissage axiologique universel à partir de l'histoire humaine de la pensée et de la méditation, quelles que soient les cultures.

La vie intérieure

Aujourd'hui les valeurs sont en question mais la question de la valeur en sort peut-être fortifiée. L'Éducation se nourrit de valeurs. Elles sont "le contraire de l'indifférence" comme l'écrit le philosophe Olivier Reboul. Elles constituent l'essentiel de ce qui fait sens pour un être humain. C'est la raison pour laquelle le sens ne peut se réduire à l'analyse habituelle en termes sémantique, syntaxique ou pragmatique. Le sens, tissé de valeurs, dépasse toutes les catégories des sciences du langage et même des sciences de l'homme. Il est porté par une expérience singulière enracinée dans un tremblement de l'être qui, souvent, échappe à l'interprétation d'un "autre".

J'enseigne depuis plus de trente ans dans l'enseignement supérieur. J'ai souvent été interpellé, durant mon existence universitaire, par la demande des jeunes et moins jeunes étudiants, concernant les dimensions multiples de cette vie intérieure. J'ai essayé d'y répondre, tant bien que mal, au sein des enseignements que je me suis autorisé à proposer, notamment une approche expérientielle de la philosophie de Krishnamurti depuis une quinzaine d'années. Peu à peu j'ai développé une approche spécifique en sciences humaines, conjuguant aussi bien les disciplines variées que le regard philosophique, la sensibilité esthétique et poétique ou le questionnement ontologique issu des cultures du monde. J'ai nommé cette perspective critique et compréhensive "l'approche transversale". Les différentes interrogations des étudiants et les résultats de mes recherches impliquées sur le terrain m'ont conduit à parler d'"écoute sensible en sciences de l'homme et de la société".
C'est avec ce type d'approche que je veux comprendre aujourd'hui les rapports entre la vie intérieure et l'éducation.

La vie intérieure pose la question permanente : qui suis-je ? Un approfondissement de cette interrogation débouche sur une totale conversion du regard sur soi-même et sur le monde. Les thérapeutes comme les sages orientaux le savent bien. Il s'agit d'une question explosive lorsqu'elle est menée à son terme. "Je est un autre" répond Rimbaud avant de quitter la poésie pour devenir trafiquant d'armes.

Pour les bouddhistes, comme pour les lacaniens, le "je" est un leurre, une illusion d'optique, que la méditation ou l'analyse vont dénouer. Les structuralistes et les partisans de la "mort de l'homme" ne s'intéressent au sujet que pour mieux mettre en lumière son imbrication et sa consistance éphémère dans le jeu structuré des relations sociales. Les existentialistes, les personnalistes, les phénoménologues, les freudiens nord-américains, les interactionnistes, les ethnométhodologues, ne veulent pas abandonner l'importance du "moi" dans l'interprétation du monde et dans l'action sur celui-ci. Dans cette lutte pour l'explication de l'être-au-monde, le sujet, après une période de déclin, revient à la mode en sciences humaines, non sans une interrogation permanente sur "le désenchantement du monde" et une sortie de la société hors toute religion (Marcel Gauchet). On parle du "retour du sujet" (Alain Touraine) en même temps que du "retour du religieux", de la "plénitude de l'univers" (David Bohm) ou du réenchantement du monde par une "nouvelle alliance" et une métamorphose de la science (Ilya Prigogine et Isabelle Stengers).

La bataille fait rage entre les différents courants qui veulent s'approprier la présence ou l'absence du sujet. L'homme, dans tout cela, l'homme de la rue, n'y retrouve pas ses petits et regarde, ahuri, la mitraille des concepts et les exclusions théoriques.
Personne ne sort plus heureux et plus conscient de cette mise en scène de la vie intellectuelle. Les questions cruciales demeurent inchangées :
- Qu'en est-il de la naissance, du développement humain, du travail digne de ce nom, de la souffrance, de la peur, de la liberté, de l'amour, de la vieillesse, de la mort  ?
- Pourquoi sommes-nous sur cette terre, dans quel dessein, avec quelle finalité ?
- Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
- Qu'appelle-t-on "conscience" ? est-ce la "conscience de" quelque chose ou l'être-conscience qui dépasse la singularité biologique et mentale pour devenir transpersonnel ?
- Qu'est-ce que l'"engagement", la responsabilité, l'éthique, dans cette époque de l'extrême barbarie qui a inventé le "génocide" à répétition, la Shoah et la "purification ethnique" ?
- Que pouvons-nous faire, individuellement et collectivement, pour construire ensemble une autre civilisation digne de l'être humain ?
- Sommes-nous condamnés à subir la "géopolitique du chaos" (Ignacio Ramonet), le laminoir de la mondialisation "communicante" avec son cortège d'exclusions et de pollutions ? Les citoyens peuvent-ils être autre chose que des petits robots à voter sous les grandes machineries des producteurs de mirages ?

La vie intérieure est un "travail d'exister" comme dit Max Pagès. Elle articule paradoxalement un sens secret de la totalité et une saisie immédiate de la fragmentation. Le sentiment de la totalité la dirige vers les voies de la Connaissance de soi et du monde nouménal. L'appréhension de la parcellisation l'oblige à vivre dans le miroitement des savoirs dont certains éclairs fulgurants soulèvent cependant des zones d'ombre imprévisibles.

L'éducation est au carrefour, à l'interface des savoirs en actes et de la Connaissance intime. L'éducation est le processus qui exprime la dynamique de la vie intérieure en contact avec le monde extérieur. Elle ne saurait être définie par des "disciplines" scientifiques ou des catégories de pensée instituées. Elle est de l'ordre du devenir improbable pour chaque personne. Elle n'existe pas a priori, mais se fonde dans son mouvement même. Elle n'a pas de but, ni de projet autre que dans l'instant de la réflexion. Chez elle l'existence ne précède pas l'essence et l'essence, l'existence. Être, c'est s'éduquer, toujours avec l'autre, et, par là même fonder ce que nous sommes dans le cours de ce qui advient. Essence et existence coïncident dans l'éducation. La vie intérieure met en acte l'éducation singulière. Elle avance et éclaircit le monde des formes, mentales, culturelles, sociales, matérielles, (l'existentialité de chaque être, comme de chaque groupe) pour, en fin de compte, faire vivre intuitivement ce par quoi ce monde des formes est totalement relié au sein d'une unipluralité indéfinissable. La "reliance" (Marcel Bolle de Bal) ainsi vécue est nommée amour ou compassion, suivant les cultures.

Un éducateur est toujours un être relié. Pour le moins cherche-t-il à l'être. Mais paradoxalement une quête de la reliance est une impasse. La reliance est une donnée immédiate de la conscience sans objet.

Cette reliance conduit le chercheur de sens en éducation vers une nécessaire transdisciplinarité. Basarab Nicolescu définit la transdisciplinarité comme une nouvelle approche scientifique, culturelle, spirituelle et sociale, qui concerne ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les disciplines et au-delà de toute discipline.

Pour ma part, je conçois cette transdisciplinarité comme proprement révolutionnaire sur le plan épistémologique, notamment par l'interférence dialogique entre les domaines des savoirs pluriels sur l'homme et le monde, et de la Connaissance expérientielle de soi ouverte au Sans-Fond de l'être-au-monde que Cornelius Castoriadis nommait également "l'Abîme, Le Chaos". Cette véritable "approche transversale" met en synergie la science, l"art et la poésie, la philosophie et la spiritualité de tous les temps et de toutes les cultures. Elle constitue un nouvel humanisme universel au-delà de toute pensée réductionniste et nationaliste.

mercredi 19 septembre 2012

Colore la ville, les arbres...

Et si on colorait la ville, les lieux, les arbres? Et si on colorait la vie? 

Quelques photos glanées sur facebook (page d'origine, streetcolorart), sources d'une magnifique inspiration. Cela donne envie de se (re)mettre au crochet ou au tricot. Une belle activité pour soi, pour les enfants, qui recentre et permet également de faire l'expérience de la couleur. Peut-être l'occasion de créer du lien avec une personne âgée? Et aussi, si l'on utilise des fibres naturelles, sans dommage pour la nature ou la ville.

Quand est-ce qu'on commence? 








mardi 18 septembre 2012

Photographie, première approche


Me voyant régulièrement prendre des photographies, mon fils de 2 ans a évidemment été très vite intéressé par ce drôle d'appareil. J'avoue avoir attendu avant d'oser le lui confier, parce que je suis attachée à mon appareil, j'avais peur qu'il le casse.

Finalement, devant son insistance, je me suis dit que je pourrais l'accompagner. Je lui ai donc expliqué très simplement et clairement le fonctionnement, et l'ai posé dans ses mains, pour lui montrer la bonne manière de le tenir (pas évident dans les petites mains!), où il faut regarder, et le bouton qui déclenche la prise de photographie.

Avec l'appareil, il s'est rendu à sa table des saisons, pour la  mitrailler. Evidemment, parfois, ça ne donne vraiment rien! Mais quelques photos ne sont pas trop mal! 

Tout cela me fait dire qu'il n'y a pas d'âge pour apprendre quelque chose. Nos enfants savent très bien nous faire comprendre leur envie. A nous d'y répondre du mieux possible.






lundi 17 septembre 2012

Peinture libre et joyeuse


Libre de faire ce qu'il veut en peignant, l'enfant s'en donne à coeur joie. Il joue. Il s'amuse avec la peinture, tente mille expériences, sans forcément avoir la finalité de "peindre". 

Il prend trois pinceaux à la fois, les trempe, joue avec l'eau... mélange les couleurs, renverse les pots, verse la peinture sur la feuille, jette ses pinceaux, en reprend un, le mouille, fait goutter l'eau, retourne les pots de peinture... En goûte aussi, et s'en met sur le visage.

Il n'y a pas de "beau", de "laid", de "il faut faire comme ceci". Il y a juste à accompagner silencieusement, et à accueillir le cadeau de ce moment... 

Sans attente, sans jugement, l'enfant est libre.

Il s'exprime, extériorise, et fait l'expérience de la couleur aussi. Certaines peintures sont dominées par le rose, d'autres par le bleu, certains explosent de toutes les couleurs. 
Explosion de Joie!