Pourquoi les fessées, les gifles
et même des coups apparemment anodins
comme les tapes sur les mains d’un bébé
sont-elles dangereuses ?
Elles lui enseignent la violence,
par l’exemple qu’elles en donnent.
Elles détruisent la certitude
sans faille d’être aimé dont le bébé a besoin.
Elles créent une angoisse : celle
de l´attente de la prochaine rupture.
Elles sont porteuses d’un
mensonge : elles prétendent être éducatives alors qu’en réalité elles servent
aux parents à se débarrasser de leur colère et que, s’ils frappent, c’est parce
qu’ils ont été frappés enfants.
Elles incitent à la colère et à
un désir de vengeance qui restent refoulés et qui s’exprimeront plus tard.
Elles programment l’enfant à accepter
des arguments illogiques (je te fais mal pour ton bien) et les impriment dans
son corps.
Elles détruisent la sensibilité
et la compassion envers les autres et envers soi-même, et limitent ainsi les
capacités de connaissance.
Quelles leçons le bébé retient-il
des fessées et autres coups ?
Que l’enfant ne mérite pas le
respect.
Que l’on peut apprendre le bien
au moyen d’une punition (ce qui est faux, en réalité, les punitions n’apprennent
à l’enfant qu’à vouloir lui-même punir).
Qu’il ne faut pas sentir la
souffrance, qu’il faut l’ignorer, ce qui est dangereux pour le système
immunitaire.
Que la violence fait partie de
l’amour (leçon qui incite à la perversion).
Que la négation des émotions est
salutaire (mais c’est le corps qui paie le prix pour cette erreur, souvent
beaucoup plus tard).
Qu’il ne faut pas se défendre
avant l’âge adulte.
C’est le corps qui garde en
mémoire toutes les traces nocives des supposées «bonnes fessées».
Comment se libère-t-on de la
colère refoulée ?
Dans l’enfance et l´adolescence :
On se moque des plus faibles.
On frappe ses copains et copines.
On humilie les filles.
On agresse les enseignants.
On vit les émotions interdites
devant la télé ou les jeux vidéo en s’identifiant aux héros violents. (Les
enfants jamais battus s’intéressent moins aux films cruels et ne produiront pas
de films atroces, une fois devenus adultes).
A l’âge adulte :
On perpétue soi-même la fessée,
apparemment comme un moyen éducatif efficace, sans se rendre compte qu’en
vérité on se venge de sa propre souffrance sur la prochaine génération.
On refuse (ou on n’est pas
capable) de comprendre les relations entre la violence subie jadis et celle
répétée activement aujourd’hui. On entretient ainsi l’ignorance de la société.
On s’engage dans les activités
qui exigent de la violence.
On se laisse influencer
facilement par les discours des politiciens qui désignent des boucs émissaires
à la violence qu’on a emmagasinée et dont on peut se débarrasser enfin sans
être puni : races « impures », ethnies à « nettoyer », minorités sociales méprisées.
Parce qu’on a obéi à la violence
enfant, on est prêt à obéir à n’importe quelle autorité qui rappelle l’autorité
des parents, comme les Allemands ont obéi à Hitler, les Russes à Staline, les
Serbes à Milosevic.
Inversement, on peut prendre
conscience du refoulement, essayer de comprendre comment la violence se
transmet de parents à l’enfant et cesser de frapper les enfants quel que soit
leur âge. On peut le faire (beaucoup y ont réussi) aussitôt qu’on a compris que
les seules vraies raisons de donner des coups «éducatifs» se cachent dans
l’histoire refoulée des parents.
Alice Miller
(Chacun est libre de diffuser ce
texte, sous condition de ne rien y changer.)
Tract issu d’un document proposé
par La Maison de l’Enfance, à l’occasion de la journée de la non violence
éducative le 30 avril. Le document est disponible via le
site de Catherine Dumonteil-Kremer.
Autres ressources proposées par
le tract :